Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

28 Aug

À la Maison Blanche : la politique, mode d'emploi

Publié par COTE André  - Catégories :  #NBC, #John Wells, #Aaron Sorkin, #The West Wing, #A la Maison Blanche, #screwball comedy, #Martin Sheen, #Allison Janney

 

 

 

Les hautes sphères du pouvoir sont une source d'inspiration pour moult dramaturges. À vrai dire, cette thématique est même intrinsèquement liée à un grand genre littéraire, la tragédie. Ainsi, il est toujours étonnant que peu de fictions dans l'Hexagone ne prennent place à l'Élysée, vu le potentiel d'histoires qu'un tel lieu peut procurer : les conflits d'intérêts, les dilemmes entre aspiration personnelle et servir au mieux sa fonction, ou simplement dans le traitement des sujets délicats sans sombrer dans la caricature rébarbative, voire même condescendante. À l'inverse, de l'autre côté de l'Atlantique, le bâtiment de la Maison Blanche rivalise avec les monuments historiques sur les cartes postales et le Président est un personnage récurrent dans les longs-métrages et les séries télés. À tel point qu'il est de bon ton de fustiger toutes productions où il y figure, et ceci, malgré la logique des événements qui justifie amplement sa présence : à en croire certains, la moindre intervention du Chef de l'État ne peut se faire qu'à travers des prétextes fallacieux proche de la propagande. C'est donc dans ce contexte houleux que la série de Aaron Sorkin, À la Maison Blanche, apporte la preuve que les auteurs américains ne sont pas les derniers à se prêter à l'auto-critique, loin s'en faut.

 

 

 

Lancée durant la saison 1999/2000 sur NBC, À la Maison Blanche (ou The West Wing, en VO, littéralement l'Aile Ouest) se concentre sur l'équipe chargée de la communication du Président des États-Unis, Jed Bartlet, un président fictif, il va sans dire. Le premier épisode est représentatif de l'ensemble du show au niveau de la structure adoptée, puisque Bartlet, incarné par Martin Sheen (Apocalypse Now, La Ballade Sauvage,...), n'apparaît qu'à la toute fin : en clair, ce n'est pas lui la star. Notre regard est focalisé sur son staff, dont les membres sont caractérisés en quelques secondes : le rat de bibliothèque Sam Seaborn (Rob Lowe), le chef de cabinet au faux air de patriarche Leo McGarry (John Spencer), le dynamique Josh Lyman (Bradley Whitford), l'acariâtre Toby Ziegler (Richard Schiff), la coriace C.J. Cregg (Allison Janney),... À peine les premières minutes écoulées, nous voila emportés dans un incroyable souffle avec cette caméra qui virevolte d'une pièce à l'autre pour ne rien rater des discussions, discussions qui se poursuivent dans les couloirs puisque le personnel les continuent en marchant. Ces échanges ressemblent à de vraies parties de ping pong verbales tant les répliques fusent et où chacun doit faire preuve d'un esprit vif pour renvoyer la balle.

 

En fait, dès l'introduction, on peut déjà percevoir le savoir-faire des studios John Wells Productions. À l'époque, cette société était connue pour Urgences, déjà multi-récompensée, et New York 911 n'avait pas débarquée. Le feuilleton hospitalier marque d'ailleurs la rencontre avec moult collaborateurs, en particulier le réalisateur Christopher Chulack que l'on retrouve encore derrière la caméra sur d'autres productions du studio, comme la récente Southland. Cependant, The West Wing est avant tout la création de Aaron Sorkin et elle en porte bien la griffe. Avant cette série, Sorkin a écrit les films Des Hommes d'Honneur avec Tom Cruise et Jack Nicholson ainsi que Le Président et Miss Wade avec Michael Douglas et Annette Benning. Deux longs-métrages où nous sentons un goût prononcé pour les dialogues percutants et la psychologie des personnages, mais, surtout, qui révèlent un aspect constituant une des richesses de la future série avec le Président Bartlet : la tendance à la screwball comedy dans un environnement érudit.

 

 

 

Effectivement, Des Hommes d'Honneurs fait la part belle à l'analyse psychologique ce qui rend le film passionnant. On y voit le procès de soldats ayant respecté des ordres contraire au règlement : une punition a mal tourné et a conduit à la mort d'un des leurs. La thématique tourne autour du caractère informel de l'ordre en question et la légitimité de suivre ce même ordre : la directive qu'ils ont exécuté fait partie des us et coutumes des militaires mais n'est inscrit dans aucun Code. De ce fait, c'est ce genre d'ambiance que l'on retrouve dans The West Wing au détour des multiples débats abordant le bien-fondé des lois à l'étude et où l'on discute des besoins des individus au sein de la communauté, des besoins qui entrent souvent en conflit avec le respect des dogmes et des institutions. Du côté du Président et Miss Wade, nous avons carrément l'impression de voir une comédie romantique des années 30 et 40, le Président en question, incarné par Michael Douglas, rappelle des personnages de Cary Grant (dont le L'impossible Monsieur Bébé est un parfait représentant de la screwball comedy, un genre particulièrement en vogue à l'époque). Le film joue à merveille sur le décalage entre le statut solennel du personnage principal (tout le monde respecte le protocole en vigueur, crédibilisant le long-métrage) et son désir pourtant simple d'avoir une relation sentimentale (il faut voir les membres de son équipe tenter de lui glisser des conseils sur sa vie privée).  

 

De cette manière, il est tout naturel qu'en 7 saisons The West Wing parviennent à brasser une multitude de sujets avec ses deux approches. On oscille constamment entre un ton grave, « institutionnel », et un style plus trivial (dans l'esprit de Le Président et Miss Wade) pour rappeler que les personnages que l'ont voit sont avant tout des individus avec leurs qualités, mais aussi leurs défauts. Ceci est possible grâce les dialogues particulièrement savoureux, dans la droite lignée des comédies avec Cary Grant, parvenant à garder un équilibre constant avec l'emploi d'un langage érudit (les termes de spécialistes sont légions, à l'instar du champs lexical médical dans la bouche des médecins de Urgences) et une approche profane des problèmes soulevés. Pour cela, les auteurs utilisent bon nombre d'astuce pour amener le spectateur à comprendre l'enjeu des discussions : des rendez-vous précédée par de multiple entrevues avec les secrétaires (avec un jeu de comique de répétition) ; sujet du débat répété plusieurs fois mais abordé sous des angles différents pour éviter la redondance... En ce sens, The West Wing a des allures de série pédagogique puisqu'elle aborde tant de thématiques d'ordres civiques à travers le plus grand nombre de points de vue possibles.

 

 

 

En fin de compte, et au grand dam des détracteurs, plus qu'une série sur le Président des États-Unis, À la Maison Blanche parle avant tout des difficultés à gouverner. Les thèmes qu'elle expose porte surtout sur les attentes de tout un peuple alors que ce même peuple comporte tant de couches sociales et tant de mentalités, ne serait-ce, la séparation du pays entre Démocrates et Républicains. Le plus surprenant vient sans doute de la faculté des auteurs à l'auto-critique sur le fonctionnement de leur propre gouvernement. Ainsi, en 7 ans, ils ne se privent pas pour démonter le mécanisme du système législatif et exécutif et en pointer du doigt les lacunes. D'ailleurs, The West wing se permet même le luxe de se montrer avant-gardiste en décrivant, lors de ses deux dernières saisons, la campagne électorale d'un candidat métisse... 3 ans avant l'élection d'Obama. À noter que, pendant la diffusion de la série, la fonction était occupée, dans la réalité, par le Républicain Georges W. Bush, je vous laisse imaginer les petites piques que les auteurs ont dû se permettre vis à vis du gouvernement réel.

 

 

 

La série de Aaron Sorkin fait donc partie des œuvres incontournables de la dernière décennie. Une œuvre qui se veut une synthèse de son sujet permettant à chacun de trouver un point d'accroche : la mise en scène est impressionnante et peut satisfaire un public exigeant, les dialogues et l'enthousiasme des interprètes permettent l'adhésion de ceux ne cherchant qu'un divertissement bon enfant. En somme, The West Wing est la preuve par l'image qu'une production dite de divertissement ne rime pas forcément avec futilité. Loin de là ! Et si certains reprochent encore à la série de mettre en valeur un gouvernement idéalisé, les autres peuvent se contenter d'apprécier à sa juste valeur cette leçon de démocratie que la série nous propose, par fiction interposée.

 

Photo Credits : NBC

À la Maison Blanche : la politique, mode d'emploi
Commenter cet article

tacnet laurent 31/08/2013 04:10

ma série préférée de tout les temps

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.