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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

16 Aug

Sons of Anarchy : l'équipée sauvage

Publié par COTE André  - Catégories :  #FX, #Kurt Sutter, #The Shield, #Ron Perlman, #Charlie Hunnam, #biker

 

 

 

Autant il est difficile pour une série télé de s'installer lorsqu'une autre a déjà marqué les esprits auparavant, autant il peut être ingénieux d'appliquer les mêmes mécaniques narratives à une nouvelle production. Évidemment, il est délicat pour un scénariste de gérer le savoir-faire acquis auparavant, en d'autres termes son expérience. Il y a toujours la crainte de produire une resucée d'un succès antérieur. Avec Sons of Anarchy, Kurt Sutter a, semble-t-il, trouvé une parade en appliquant sur un postulat a priori inédit des ressorts scénaristiques qui ont fait leurs preuves.

 

 

 

 

En effet, les fans de The Shield de Shawn Ryan, ont dû le remarquer, il y a de nombreux clins d’œil et similitudes entre la série de Ryan et celle de Sutter. The Shield est une série policière, diffusée sur la chaîne FX. On y voit un inspecteur de police, Vic Mackey (Michael Chicklish) à la tête de la « Brigade de Choc », la Strike Team en VO, de Los Angeles. Souvent sur le terrain au contact des gangs, il cède à la tentation et entraîne son équipe dans divers trafics. Au début, on pourrait croire que Mackey est le badguy que son supérieur, le capitaine Aceveda, doit éliminer comme une mauvaise herbe, mais très vite, on se rend vite compte que Mackey assume un statut d'anti-héros, celui qui s'extirpe de situations de plus en plus douteuses. Tout ceci dans une ambiance shakespearienne puisque les saisons sont rythmées par les conflits parmi les membres de la Strike Team, décrits en vrai frère d'armes et dont la loyauté est mise à rude épreuve.

 

En revanche, dans Sons of Anarchy, nous avons affaire à un club de motards résidant une petite ville américaine, Charming. La Police paraît dépassée à tel point que les habitants préfèrent se tourner vers le club, craint mais admiré pour son code de l'honneur, pour réparer les injustices. A la tête des Sons, on trouve Clay Morrow, joué par Ron Perlman (un immense acteur, dont le visage vous est sûrement familier : Blade 2, Le Nom de la Rose, Hellboy), et à ses côtés, Jax Teller, son beau fils, joué par Charlie Hunnam que l'on peut voir dans Pacific Rim. D'ailleurs, à l'instar de The Shield, le premier défaut que l'on repère concerne la focalisation constante sur Morrow et Jax, ce qui renvoie à l'antagonisme de Mackey et Shane dans la production de Ryan. En conséquence, les autres membres comme Alexander « Tig » Tragger, Filip « Chibs » Telford ou encore Juan « Juice » Ortiz ont tendance à être relégué à de la simple figuration, et ceci malgré le charisme de leur interprète Jimmy Flannagan, Kim Coates et Theo Rossi. Dès lors, la première saison pose les liens d'amitiés et d'inimitiés entre eux, ainsi que leurs relations avec les autres gangs de la ville, une atmosphère de fraternité qui rappelle The Shield en somme.

 

 

 

 

 

Ce qui pourrait différencier les deux productions est le rôle des personnages féminins. Malgré les apparences, la personne qui tient le rênes du club n'est pas vraiment Clay Morrow, malgré sa position de Président, mais plutôt Gemma Teller, la mère de Jax, incarnée par Katey Sagal, celle qui était la maman dans Mariés, 2 enfants, et qui a donc bien changé depuis. Gemma est pour beaucoup dans les décisions finales prises par Morrow, et il en est de même pour Jax et sa « régulière », Tara Knowles. À travers elles, d'ailleurs, on relève une autre thématique qui tend à rendre la série touchante, la notion d'héritage. En effet, d'un côté, on voit Morrow et Gemma hantés par de vieux démons parce que Jax s'affirme comme le digne fils de son père disparu, d'un autre, le club est perçu comme une affaire de famille (les vieux membres ont des auras de patriarche) et chaque mères et « petites amies » craignent les lendemains à cause des situations de plus en plus tendues.

 

Mais, encore une fois à l'instar de The Shield, la fraternité au sein du club se retrouve mise à mal. Lors de la sortie de prison de Ope, le meilleur ami de Jax, Morrow s'interroge sur sa loyauté et sur la possibilité que ce membre du club ait collaboré avec les Fédéraux, ceux-ci traînant en ville prêt à leur tomber dessus. Les autres membres ont bon avoir accorder une confiance totale à Opé (au point d'avoir voté pour qu'il n'y ait aucun geste malveillant à son égard), Morrow se prépare tout de même à commettre l'irréparable. Parallèlement à ce fil rouge, Jax, lui, découvre des éléments nouveaux sur les circonstances mystérieuses de la disparition de son père, ce qui détériore ses relations avec Gemma et Morrow. De cette manière, c'est ce climat qui fait la force de Sons of Anarchy.

 

 

 

En revanche, tout les renvois à la série de Shawn Ryan ne sont pas pertinents et résonnent même en astuces grossières. Si il paraît naturel que Vic Mackey voit débarquer des tierces-personnes (agents des services internes, avocats,...) l'empêchant de mener tranquillement ses trafics, il paraît artificiel de voir arriver du côté des Sons de nouveaux gangs ou chefs de la police dès les débuts de saison, annonçant d'emblée les menaces que le club va devoir affronter tout au long des nouveaux épisodes. Dans le premier cas, l'obstacle est une conséquence du fil rouge (il ne serait pas crédible que les méthodes de Mackey n'attirent pas l'attention), et dans l'autre, il apparaît comme un stratagème pour tirer à la ligne et remplir la commande de la saison supplémentaire.

 

En fait, dès la seconde cuvée, l'intensité de l'intrigue principale tourne court. Bon nombre de rebondissements et de retournements de situation s'avèrent des prétextes pour que les scénaristes puissent conserver le statut quo de Sons of Anarchy. Si certaines péripéties sont particulièrement jouissifs (Jax s'affirme de plus en plus en solide leader), d'autres se révèlent particulièrement frustrantes, voire énervante, en cassant le nœud dramatique du story-arc développé jusque là. Certains twists semblent sortir tout droit de Scooby-Doo, c'est pour dire. Un fait d'autant plus dommageable que Kurt Sutter excelle dans le versant psychologique, celui-ci étant malmené par quelques contretemps qui débarquent comme un cheveu sur la soupe : untel qui se fait enlever, un coup monté qui sort dont on ne sait où ou même une volte-face un peu dur à avaler.

 

 

 

 

Hormis ses bémols, il faut bien reconnaître que Sons of Anarchy fait assurément partie des meilleures séries du moment. Malgré le caractère bancal de ses story-arc, il n'en demeure pas moins que la série de Kurt Sutter fait preuve d'un savoir-faire la hissant dans le haut du panier du tout-venant. Si son écriture trahit des facilités qui l'empêche de se montrer à la hauteur du chef d’œuvre ultime qu'est The Shield, il n'en demeure moins qu'elle développe des qualités de mise en scène et rectifie le tir au fil des saisons (la 5e est presque un sans faute), de manière à devenir un bon substitut aux aventures de Mackey.

 

Photo Credit : FX

 

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