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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

26 Jun

Millennium : quand vient la nuit.

Publié par André COTE  - Catégories :  #Frank Black, #Chris Carter, #Fin du Monde, #Millennium, #Lance Henriksen, #Serial Killer, #Fox, #X-Files, #Profiler

 

 

Alors que le thème de la fin du monde est dans l'air du temps, il est peut-être bon de rappeler que la crainte de cette menace est loin d'être récente. Durant les seventies, la production cinématographique exprimait déjà cette indicible peur à travers des longs-métrages tels que La Grande Menace de Jack Gold (où un medium prétend pouvoir détruire, ni plus ni moins, que le monde entier) ou La Dernière Vague de Peter Weir qui décrivait le parcours d'un avocat commis d'office prenant conscience de l'arrivée prochaine de l'Apocalypse. Sans oublier l'effervescence des films catastrophes, dans ces derniers, nous pouvons voir des individus luttaient pour leur vie contre des éléments extérieurs. Que ce soit dans La Tour Infernale, Airport ou encore Tremblement de Terre, chacun d'eux met en scène des individus ordinaires, d'une part, confrontés à des événements extraordinaires, mais surtout, qui les obligent à remettre en question le système dans lequel ils évoluent et, une fois ce bilan établi, prendre un nouveau départ.
 

 

 


Ainsi, non, cette peur de fin du monde n'est en aucun cas une innovation, d'autant plus que la thématique fut abordée il y a à peine une décennie avec les longs-métrages tels que La fin des temps (difficile de faire plus explicite) de Peter Hyams où un inspecteur de police devait empêcher l'Apocalypse en protégeant un témoin (l'inspecteur en question étant interprété par Arnold Schwarzenegger, je vous laisse le soin d'analyser la symbolique du marketing "Terminator versus Le Diable") ou le regain d'intérêt des films à tendance religieuse, comme Stigmata, dont le scénario (un prêtre doit prouver un cas de possession) a des airs de déjà-vu avec L'Exorciste.  


De cette manière, lorsque Chris Carter (à l'époque au somment de sa gloire avec X-Files, la fameuse série avec Mulder et Scully) créé Millennium, il est bien conscient de marcher sur des sentiers battus. En revanche, ce qui était moins répandu dans cette thématique, correspond à une idée d'acceptation, de fatalité. Contrairement à X-Files (ou Aux Frontières du Réel, mais qui se souvient encore de son titre français) ou des autres œuvres abordant le même temps, Millennium ne décrit pas les combats d'un homme seul contre tous et qui tente d'ouvrir les yeux à un entourage incrédule. Non, le récit est celui de Frank Black (incarné par Lance Henriksen, connu des fantasticophiles pour être l'androïde de Aliens, le retour), un ancien profiler qui a pris sa retraite pour s'occuper de sa famille et tente de vivre loin des tourments de la vie urbaine. Conscient de ses capacités, il rejoint un groupe d'agent à la retraite, appelé Millennium, qui apporte, en tant que conseiller, une aide ponctuelle à la Police.

 

 

 

 

Frank Black navigue donc entre deux eaux : avec son allure de civil, il détone par rapport aux autres flics en uniforme, assumant pleinement sa vie de famille, mais il garde tout de même certains tics de ses années d'expérience, comme sa faculté d'analyse ou ses méthodes de travail. Néanmoins, on le voit plus volontiers s'occuper des tâches ménagères en discutant avec sa femme et sa fille que de se balader au sein des bureaux de son ancien poste de police. Son domicile est d'ailleurs perçu comme une sorte de cocon que Black veut à l'abri du monde extérieur comme le prouve la timidité de Peter Watts (Terry O'Quinn, bien avant qu'il ne devienne le John Locke de Lost), son collègue dans le groupe. Par crainte de rompre la quiétude de l'endroit, il préfère attendre dans la voiture l'arrivée de Frank pour ne pas déranger la tranquillité du cadre. De ce fait, si dans les autres séries policières, la famille du personnage principal est perçu comme des pièces ajoutées simplement destinés à donner un passif et un semblant d'humanité, ici, elle illustre bel et bien une facette du héros.  

 

On peut déjà y voir une raison de l'échec de Millennium. Sans doute « conditionné » par l'impact de X-Files, le public n'était sans doute pas prêt à ce que Chris Carter le prenne à rebrousse-poil. Ceci dit, la démarche marketing doit y être pour beaucoup dans cette désillusion : mise en avant de la qualité de la photographie et de la mise en scène (à l'instar de la précédente série de Chris Carter), occupant la case horaire du Vendredi Soir laissée vacante par les aventures de Mulder et Scully (ces derniers se voyant attribuer une autre case afin de toucher un public plus large) et une campagne publicitaire digne d'un long-métrage. L'attente était mal placée puisque peu de choses laissaient présager de l'approche psychologique de la nouvelle série. Frank Black fut rapidement appréhendé comme un personnage sans saveur, puisqu'il se résignait trop facilement dans son simple désir de comprendre les criminels.  

 

 

 


Paradoxalement, la saison suivante, ce qui fut l'un des facteurs de déception (l'une n'arrive pas à soutenir la comparaison avec l'autre) sera aussi celui du renouvellement artistique de la série. Le succès de X-Files battant son plein, l'idée d'un long-métrage qui verrait les deux agents continuer leur combat sur grand écran se concrétise. Voyant sa charge de travail augmentée de manière exponentielle, Chris Carter préfère laisser les brides de Millennium à deux hommes de confiance, Glen Morgan et James Wong, connus des fans de X-Files pour être les meilleurs scénaristes de leur show favori. Le résultat à l'écran va au-delà de toutes les espérances. Si certains y trouveront à redire sur l'incursion du paranormal et du surnaturel (les démons apparaissent littéralement et ne sont plus des métaphores de la condition humaine au regard de Frank Black) dans un cadre qui se voulait proche du quotidien, on ne peut reprocher à la série cette tentative de briser un moule qui allait la condamner à la redite perpétuelle : la première saison se complaisait trop dans la structure du « le serial-killer de la semaine », la seconde s'ouvre sur des territoires permettant aux enquêtes (ou plutôt, aux « aventures », puisque plusieurs épisodes ne mettent même pas en scène des enquêtes à proprement parler) de Franck Black de prendre un réel envol.  

 

De ce fait, la série gagne en noirceur. Si notre héros gagne en combativité (lui et le groupe Millennium se retrouvent souvent en conflit, donnant des faux-airs de X-Files en raison du fil rouge « Mulder contre la Conspiration »), son visage toujours résigné donne à son combat une allure de « perdu d'avance ». Black gagne enfin ses galons de profiler aux dons mediumniques alors que l'année précédente maintenait un doute à ce sujet : un montage rapide d'images horribles était inséré pour illustrer sa réflexion, mais on ne savait pas s'il s'agissait de la simple imagination du personnage – production de plusieurs années de service – ou la visualisation d'événements grâce à son don. Le constat fait de notre profiler un individu au contact d'un monde qui se cache derrière le nôtre.  

 

 

 

 

Malheureusement, au terme de 23 épisodes magistraux, les choses vont se gâter en coulisse. Précédemment trop occupé pour faire partie du processus créatif, Chris Carter parvient à négocier une saison 3 à Millennium. Or, probablement en voyant que l'audience ne décollait pas durant cette seconde année, les scénaristes envisageaient déjà une annulation et tournèrent un épisode final pouvant servir de conclusion. C'est ainsi que l'ouverture de cette troisième cuvée finit par amoindrir l'impact du dénouement pour permettre l'existence d'une suite aux aventures de Frank Black. Les plus observateurs remarqueront aussi un nivellement par le bas de la mise en scène. Rien de catastrophique, la série reste dans le haut du panier de la production télévisuelle de cette période, on peut seulement repérer ici et là quelques tics de mise en scène provenant simplement du format télévisuel lambda. Sans doute en conséquence des faibles audiences, l'équipe a du subir une baisse drastique de budget.  


Cette ultime saison se suit alors sans passion, l'équipe peinant à retrouver l'enthousiasme des années précédentes. Frank Black se voit affublé d'une co-équipière, l'agent Emma Hollis, sans doute dans un ultime effort pour que Millennium prenne des allures de « X-files bis », mais la greffe a du mal à prendre : l'alchimie Black/Hollis n'évoque en rien celle de Mulder/Scully. Le duo de Millennium s'apparente plutôt à « un agent expérimenté formant une jeune recrue » et non à « deux agents échangeant des points de vue différents ». Le plus gênant est que Black semble s'ennuyer fermement dans les enquêtes, pour reprendre du poil de la bête dès qu'il s'agit d'affronter le groupe Millennium.  

 

 

 

 

Autre détail frustrant, malgré son désir de poursuivre l'aventure, Chris Carter ne parvient pas cette fois à convaincre la chaîne de renouveler la série pour une saison 4. Ironie de la situation, alors que le suspens de la saison précédente a des allures de conclusion définitive et satisfaisante, mais se voit amoindrir par une suite commandée in extremis, la dernière scène de la 3e saison appelle, elle, une année supplémentaire (qui aurait dû voir Millennum passer, en toute logique, le cap du nouveau millénaire) qui ne voit pas le jour.  
 


Malgré cela, Chris Carter s'obstine et fait apparaître Frank Black dans un épisode de la saison 7 de X-Files. Dans le but avoué d'apporter une conclusion à Millennium (d'où le titre de l'épisode d'ailleurs), or, l'épisode en question est des plus problématiques : on a du mal à imaginer en quoi l'affaire de zombie qui occupe Mulder et Scully (qui font appel à Frank Black) a un quelconque rapport avec la série de ce dernier, alors qu'elle est censée en être son dénouement. Ce ne sont pas les quelques allusions aux événements qui ont eu lieu dans Millennium (placées là pour présenter le personnage et son univers aux téléspectateurs qui n'avaient pas suivi la fameuse série annulée depuis) qui permettent d'établir un vrai sentiment de continuité.  

 

 

 

 

Depuis l'arrêt de Millennium, bon nombre de fans sont même allés jusqu'à écrire des histoires de leur côté ne prenant pas en compte les événements de la saison 3. Des rumeurs de film autour de Franck Black reviennent à la surface, mais rien de concret, d'autant plus que Chris Carter est déjà bien occupé à tenter de raviver la flamme de X-Files. Ainsi, Millennium apparaît comme une perle noire avant-gardiste qui n'a pas rencontré son public et qui mérite d'être redécouverte, en particulier pour les deux magnifiques premières saisons. Une vraie série-culte, pour le coup.

 

Photo Credit : 20th Century Fox

Millennium : quand vient la nuit.
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cinardoz 16/12/2012 04:05

un grand merci pour cette excellente fiche consacrée à l'une des meilleures series des 90's selon moi

perso, j'ai une passion pour la saison 1 : oui, la "mythologie" est tres peu presente (comme dans la saison 1 d'x-files) & c'est effectivement tres souvent "le serial-killer de la semaine" mais la realisation & la photographie sont prodigieuses ; d'ailleurs le directeur de la photographie de l'episode pilot (celui qui a fixé le "look" de la serie" est Gary Wissner, le decorateur du chef d'oeuvre "Se7en" !

c'est pour ça que, chaque semaine, durant la saison 1, j'avais vraiment l'impression de regarder un "se7en de 42 minutes" & ça c'était extra-ordinaire à la tv de l'epoque

de plus, ce schéma du "serial killer de ma semaine" était parfois dynamité pour mieux surprendre le téléspectateur comme dans l'episode "le pacte" où frank black doit determiner si un homme à tué sa famille ou pas, ou l'episode "un verrou sur le coeur" ou frank est confronté à un notable qui serait pedophile & aurait fait un enfant à sa propre fille !

des sujets profonds & graves sur un grand network qui montrent toute l'etendue des ramifications de "millennium" qui n'est pas qu'une serie sur des "serial killers", c'est aussi une serie humaine & humaniste (malgré son pseudo pessimisme) qui possede une lumiere & une ambiance digne des meilleurs thrillers & en tout cas, bien plus travaillée que celle de sa concurrente directe de l'epoque "profiler" (meme si paradoxalement, les 2 series ne visent pas le meme public)

le fantastique fait aussi son apparition dans cette 1ere saison avec les personnages de lucy butler (qui s'averera etre le demon "antipas") & de l'archange samiel (qui renvoit un demon aux enfers) dans le dyptique "lamentation/les principes de la dominations"

avec la prise en main de la saison 2 par le duo morgan & wong, la mythologie occupe à present les 3/4 du show & les serials killers se font plus discrets tandis que le fantastique & le groupe millennium occupent à present une place de choix, ils sont de tous les episodes ou presque

j'aime cette 2eme saison & certains episodes sont excellents mais la difference avec la saison 1 est trop marquée (tres peu de mythologie puis trop d'un seul coup), surtout au niveau de la photo que je trouve nettement moi travaillé, car, à la difference de la saison 1 & meme si j'ai adoré certains episodes, je n'ai jamais eu la sensation durant cette année d'assisté à un "se7en de 42 minutes", ce qui était pour moi, l'un des principaux attraits de cette serie

j'aime bien la saison 3 parce que je trouve que c'est la seule saison a trouver le parfait equilibre entre "realisme" & "fantastique", & entre "mythologie" & "loners"

bien sûr, je partage ton avis sur la qualité generale de cette saison mais j'apprecie vraiment cet "équilibre" (absent des 2 autres saisons)


Alex et Mirabelle 26/06/2012 07:33

Perso, j'avoue ne pas avoir vu la saison 3 malgré le fait que j'ai beaucoup aimé les 1 et 2... j'ai essayé mais je ne retrouvait pas la même qualité...

Très bon article :)

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