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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

31 Jul

John Carter : épisode 1 ?

Publié par André COTE  - Catégories :  #Disney, #épopée, #Taylor Kitsch, #Andew Stanton, #space opera, #John Carter, #Edgar Rice Burroughs, #Science-Fiction

 

 

Jean Gabin disait : « Pour faire un bon film, il faut trois choses : une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire ». Maintenant, le souci devient : comment convaincre les gens d'aller voir un bon film ? Une bonne histoire, ça ne suffit pas toujours. Dans ce nouveau millénaire, il faut compter avec des bandes-annonces et des affiches, en somme un visuel. Normalement, c'est là qu'intervient, ce qu'on appelle en langage commercial, le service marketing.  

 

 

 

 

Le problème pour John Carter, c'est que les gens dans ce service ne se sont pas montrés capable de le présenter convenablement. Résultat : à une semaine de la sortie du film dans les salles de ciné, le public n'ayant pas une grande culture littéraire tendance Science-Fiction (soit la majorité des gens) n'avait aucune idée du sujet du long-métrage réalisé par Andrew Stanton.  

 

Ainsi, pour le commun des mortels, John Carter est une vaine tentative de la part de Disney pour surfer sur le succès de Avatar, en racontant une histoire similaire. Juste pour information, le soit-disant pitch/plagiat du film de Stanton date de 1912 et c'est un inconnu du nom de Edgar Rice Burroughs (créateur d'un autre personnage de la littérature lui aussi passé totalement dans l'oubli puisqu'il s'agit de Tarzan) qui a écrit un ensemble de romans et nouvelles que l'on regroupe sous le nom de Cycle de Mars. De son côté, James Cameron a toujours revendiqué l'influence des écrits de Burroughs pour son scénario de Avatar. Était-ce très compliqué ou dangereux de mettre en avant une référence littéraire si illustre ? Un petit panneau du style « par Edgar Rice Burroughs, le créateur de Tarzan » n'était pas possible ? Ou alors, le service marketing considère que, pour le grand public, la littérature ne se résume qu'à Twilight et Harry Potter ?

 

 

 

 

Pensez juste à ce petit détail lorsque vous entendez quelqu'un dire « John Carter ? C'est pas un mauvais plagiat d'Avatar ce machin ? » Non, attends deux secondes, faut que je t'expliques deux ou trois trucs.  


Cependant, on peut comprendre que, après tout, le nom de Burroughs ne soit pas populaire (il est vrai que, blague à part, qui connaît le nom de l'auteur?) et la dernière apparition de Tarzan date de 1997 (Tarzan et la Cité Perdue qui a des allures de téléfilm fauché), sans compter que les univers des deux personnages n'ont strictement rien en commun. Dès lors, c'est sans doute le danger de mettre le public sur une fausse piste qui a pu conduire à éviter toute allusion sur ses origines. Un autre cas étrange aussi, celui du passif du cinéaste, Andrew Stanton apparaît aux yeux des publicitaires comme un boulet pour la carrière du long-métrage. Réalisateur du Monde de Nemo et de Wall-E, John Carter est son premier film avec des acteurs. Curieusement, son seul nom ne semble pas suffire pour inciter les gens à remplir les salles, alors qu'il a démontré ses compétences pour raconter une histoire avec des images en mouvement... donc, faire du cinéma.  

 

 

 

 

De plus, un dernier point reste à éclaircir. La tendance générale dans environ 95 % des bandes-annonces est, littéralement, de raconter le film dans son intégralité. Je ne vous parle pas des adaptations littéraires et de bandes dessinées qui vous dévoile deux ou trois plans des scènes importantes, dans le but est de rassurer les fans de la présence de ses passages dans le métrage (je le conçois, ça, ça relève plutôt de la mauvaise excuse). Non non, je vous parle bien de l'évocation d'une structure narrative et des péripéties, à tel point qu'une bande annonce de 2 minutes a des allures de simple « résumé ». De cette manière, il faudra m'expliquer pourquoi, celle de John Carter ne présente en rien les enjeux du récit ? Dans les premières images qui ont été dévoilées, nous ne voyons seulement qu'un homme musclé combattant des créatures extra-terrestres (vu la morphologie des créatures en question, c'est ce que l'on peut déduire) dans un désert, il y a aussi une princesse et une cité. Donc, en toute logique, on peut penser à une sorte de barbare devenant le héros d'un peuple réduit à l'esclavage.  

 

Or, dès cette première approche, ceux qui ont lu les nouvelles peuvent se rendre compte qu'il y a un aspect qui a totalement été occulté. Un aspect qui concerne ses origines (dévoilées dans le métrage dès l'introduction, donc pourquoi en faire un mystère?) et qui nous aiguille sur la perception du personnage sur le monde. En fait, le film nous présente John Carter en tant que soldat durant la Guerre de Sécession, oui, oui, en Amérique, sur Terre, dans les années 1860 environ. Notre soldat est un déserteur, recherché par l'Armée et c'est au cours d'une tentative d'évasion qu'il tomber sur un moyen de se téléporter dans un environnement familier, mais inconnu, celui de la planète Mars. En toute sincérité, les événements que je relate ne sont pas totalement exacts, Andrew Stanton les raconte d'une manière beaucoup plus rocambolesque et le concept de la téléportation va révéler quelques surprises.  

 

 

 

 

De cette manière, John Carter est donc un simple humain qui fuit une guerre pour se retrouver au beau milieu d'une autre guerre. La question qu'il se pose reste la même « et sa place dans tout ça ? ». Nanti de super-pouvoirs (la faible gravité de Mars lui permet d'effectuer des bonds gigantesques... une idée que l'on retrouve chez Superman – créé en 1932 – dont les vols n'étaient, au départ, que des énormes sauts), il est très vite perçu comme l'être venu sauver les opprimés, un rôle (refrain connu) qu'il met du temps à assumer.  
 

Effectivement, en arrivant sur les écrans en 2012, le film de Andrew Stanton sent le déjà-vu sur bien des aspects. Surtout que le metteur en scène a, semble-t-il, insisté pour conserver bon nombre d'éléments de la nouvelle... des idées concevables pour un récit de Science-Fiction datant du début du siècle dernier : Mars qui s'avère, visuellement, une copie conforme de la Terre avec une atmosphère pratiquement identique ; des décors et des costumes qui frôlent le kitsch (on se croirait dans un Flash Gordon... dont la création est également postérieure au récit de Burroughs) et le sous-titre (abandonné en cours de tournage) de « la princesse de Mars » souligne bien le canevas du sauveur délivrant la demoiselle en détresse.  

 

 

 

 

La dernière appréhension réside maintenant dans la réception du spectateur : soit il se braque et démolit le film (« J'ai déjà vu ça mille fois et c'est moche ! »), soit il lui donne sa chance et se retrouve donc susceptible de se laisser porter par la mise en scène efficace et ambitieuse de Andrew Stanton. Après tout, les scènes d'action sont lisibles (dont certaines sont portées par un vrai souffle épique), les personnages bien définis et on ne s'y perd pas malgré l'impressionnante galerie d'alliés et d'ennemis (dont les principaux, visibles dès la première scène du film, sont pourtant totalement absents de la bande-annonce). On note aussi que, pour une fois, l'intrigue est dense, mais reste limpide, alors qu'il est tout de même question de complots et autres manipulations politiques.  
 

En effet, le parti-pris de Stanton est à double-tranchant, le public de notre époque n'est plus habitué à une histoire mixant Science-Fiction et Fantasy, ou, du moins, à part Star Wars, rares sont les œuvres qui ont réussi à bénéficier de la faveur du public. Dès lors, il se dégage de ce John Carter un charme désuet qui peut aussi lui être bénéfique, puisque rafraîchissant.  

 

 

 

 

Histoire d'enfoncer le clou, John Carter propose en fait ce qu'on attendait tous en 1999 du premier volet de la prélogie Star Wars. Ainsi, ma première pensée en sortant de la salle aura été : « Ah ben, au bout de dix ans, on l'aura enfin eu notre Episode 1. » Malheureusement, vu sa carrière au Box-Office, il est fort possible qu'il n'y ait pas de suites, alors qu'il reste plusieurs aventures de John Carter qui méritent d'être portées à l'écran.

 

Photo Credit : Walt Disney Pictures

John Carter : épisode 1 ?
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