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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

11 Sep

Battleship : Y a-t-il un officier de la Navy pour sauver le monde ?

Publié par André COTE  - Catégories :  #Asylum, #action, #Taylor Kitsch, #Hasbro, #Science-Fiction, #Battleship

 

 

Autant vous le dire tout de suite, je ne considères pas Battleship, de Peter Berg, comme un bon film. Il entre plutôt dans une catégorie particulière pour les cinéphiles, celle dont on a du mal à discerner le caractère volontaire ou involontaire du plaisir qu'il procure. Est-on devant une parodie ? Ou un simple film d'action qui se veut efficace mais sombre dans le ridicule ?  

 

 

En d'autres termes, on sent que l'on est devant une production où quelque chose a foiré lors d'une étape de la fabrication. Mais je serais incapable de savoir si cela s'est produit au moment de l'écriture ou durant le tournage. Le visionnage du film de Peter Berg est donc une expérience intéressante, si toutefois, s'interroger sur les intentions des personnes derrière le divertissement que l'on regarde puisse constituer un intérêt. Ainsi, je ne suis parvenu à aucun moment du métrage à savoir si je riais du film ou avec le film.  


Parmi toutes les questions que je me suis posé, voici un petit florilège. Comment devrais-je réagir devant cette accumulation de stéréotypes sans âmes, est-elle voulue pour donner une dimension parodique au métrage ou est-elle conçue pour créer un semblant de climat épique ? Est-ce que les préoccupations des personnages sont volontairement sans saveur afin de dénoncer une mécanique de l'absurde ? Ou encore, le scénario a-t-il subi plusieurs phases de réécritures qui l'ont vidé de toute ambition ou les auteurs l'ont-ils vraiment bâclé ?  

 

 

Cependant, les scénaristes ne sont sûrement pas les seuls fautifs. Dès la première scène, on sent qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. On y voit le Lieutenant Alex Hopper, incarné par Taylor Kitsch, que l'on devine être le héros du film. Il est dans un bar avec un ami, afin d'illustrer un état d'ébriété et surtout un stade de déchéance : pour fêter son anniversaire, il ne trouve rien de mieux que de mettre une bougie sur un cake. Normalement, à en croire la discussion, le bar en question devrait être situé dans un coin paumé, du genre peu recommandable. Le problème ? Le lieu a l'air d'être assez propre. Bon, l'éclairage est sombre pour donner un aspect insalubre, suggérant que l'on cache ici quelques détritus. Par métaphore, on peut supposer que la mise en scène veut autant parler du laisser-aller des employés sur l'hygiène que de l'état des clients. Or, il est connu que ce type de couleur est souvent choisi dans le milieu de la restauration, afin de créer un sentiment d'intimité. De plus, Taylor lui-même n'est pas convaincant. Pour simuler son état, nous avons juste droit à ses cheveux mi-longs sur son visage, apparemment gras (oui, parce que, évidemment, lorsqu'on est dans un mauvais jour, on ne se lave pas, c'est bien connu) et un pas exagérément lourd pour bien faire comprendre son ivresse.  

 

Là, où le long-métrage commence à dévoiler ses intentions c'est lors de l'arrivée de la top-model, enfin, je veux dire de Brooklyn Decker, dans la rôle de la blonde, que l'on appelle Samantha (mais franchement elle pourrait s'appeler Beverly ou Shannon, on aurait pas vu la différence) qui va taper dans l’œil de notre Hopper. Du moins, vous comprenez que lorsque je dis « top model » pour la désigner, il s'agit bien sûr d'une façon de parler, on se doute bien qu'elle ne pose pas dans les magazines, mais elle semble tellement sortir d'une revue que bon, c'est bien simple, on ne peut concevoir qu'un tel mannequin débarque dans un endroit si peu recommandable (sur le papier, n'est-ce pas, sur le papier). Donc, évidemment, lorsque notre héros va pour l'aborder, il a des allures de gros lourds. Le plus hilarant étant que la scène dure, mais dure (on voit même Hopper s'évertuer à entrer par effraction dans un commerce pour satisfaire une demande de Sam, qui a une envie de cacahuètes), nous laissant à des années-lumières des enjeux que l'on s'attendait d'un film titré « bataille navale », soit dit en passant la traduction littérale de « Battleship », ou « Touché ! Coulé ! » en version française, oui, le jeu de société dont ce film est l'adaptation.

 

 

 

Une fois passé cette introduction, le générique débute enfin, le fameux titre, Battleship donc, prend toute la place sur l'écran (ce qui a tendance à nous rassurer, « Ouf, on ne s'est pas gourré de salle ») et les noms du casting défilent pendant que la situation et les personnages font leur apparition. Taylor s'avère être un officier de la marine dans l'US Navy qui a des rapports conflictuels avec ses supérieurs (d'où la scène du début, le monsieur a donc du mal à vivre sa situation, la cohérence est sauve), Samantha est devenue sa petite-amie qui (ô surprise) n'est autre que la fille de l'Amiral et, surtout, on voit enfin des portes-avions et autres navires de guerre.  

 

Néanmoins, si la maladresse de l'écriture n'était réduite qu'à ses seules premières minutes, on aurait pu le pardonner, mais hélas (ou heureusement, selon le point de vue), tout le reste est de cet acabit. Aucune interaction avec ses collègues ne sonnent juste, ces derniers semblent là uniquement pour débiter leur dialogue (« Encore en retard », « Ça ne m'étonne pas de lui »), histoire de prétendre qu'il y a un équipage autour du Hopper. D'ailleurs, on ne saura rien des relations entre lui et ses équipiers, au point que l'on se demande si le Taylor a tourné ses scènes avec Rihanna (eh oui, la chanteuse joue un officier de la Navy) ou Alexander Skarsgård, vu qu'il n'existe aucune complicité entre eux, même dans les scènes où on les voit réuni. Dans les plans d'ensemble, on veut bien le concevoir, mais dans les gros plans, on a la fameuse impression qu'il s'agit de plans tournés à l'arrache et intégrés dans le montage final, pour la seule raison d'aider le métrage à parvenir aux deux heures de durée. En ce sens, l'objectif est rempli, mais à quel prix ? Cette tendance ralentit le rythme alerte que le réalisateur tente de donner. Sa démarche est constamment freinée par cette petite attention aux personnages secondaires, alors que ces derniers n'ont aucune incidence sur l'histoire.  

 

 

Pourtant, il suffisait de se focaliser sur la découverte de l'engin inconnu au fond de l'océan, des extra-terrestres qui en sortent et des efforts de Hopper, le mal-aimé, pour sauver ses potes. On aurait gagné facilement une demi-heure. De cette manière, l'intrigue se serait résumé à l'attaque des aliens sur les navires et les villes aux alentours (leurs projectiles ayant une portée de plusieurs kilomètres) sans même avoir à connaître les agissements de Samantha sur l'île à côté. Ah oui, c'est vrai, les scénaristes ont jugé bon de donner des choses à faire à la Samantha, celle-ci sert d'éducatrice spécialisée pour un militaire invalide (je n'exagère même pas, c'est vraiment décrit tel quel dans le film) et, durant leur ballade, ils tombent sur les aliens qui préparent un mauvais coup dans station météo ou quelque chose de ce genre. 

 

C'est à partir de là que les choses se gâtent, car il devient de plus en plus flagrant que le metteur en scène et les scénaristes n'arrivent pas à accorder leur violon. Ils s'emmêlent les pinceaux à tel point que l'on a l'impression de manquer des informations entre deux scènes, voire deux plans : comment le Hopper réussit-il à deviner le rôle de l'île ? Vu la manière dont ses tactiques hasardeuses fonctionnent, le Hopper devrait s'interroger sur la fidélité de sa copine, mais on se contentera de dire qu'il a le cul bordé de nouilles ou encore pourquoi des pistes dans le scénario sont littéralement éjectées à peine abordés, comme cette possibilité que ses aliens ont déjà débarqué des années auparavant... une possibilité qui ne sert au final qu'à donner une réplique (donc un plan) à la Rihanna.  

 

 

Contre toute attente, la vision de Battleship s'avère une curieuse expérience, celle de voir sur grand écran une production fauchée au niveau de l'écriture, mais avec de la thune à mettre à l'image : j'ai souvent pensé à une production Asylum avec de l'argent, mais je ne voudrais pas être calomnieux. Comme si les scénaristes avaient été les seuls à ne pas avoir été payé et que la production avait préféré faire exploser le budget niveau effets spéciaux. Car oui, le film va très vite dès qu'il s'agit d'enchaîner les scènes d'actions et il propose même un déferlement d'effet pyrotechnique impressionnant, mais tout ceci dans des enchaînement sans queue ni tête. Ajoutez à cela, un manque d'empathie total pour les personnages et vous obtenez un métrage qui se rapproche volontiers d'une parodie que du genre qu'il devrait illustrer.

 

Photo Credit : Hasbro

Battleship : Y a-t-il un officier de la Navy pour sauver le monde ?
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Cixi 12/09/2012 14:05

Merci pour la photo d'Alexander :D

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