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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

04 Sep

Friends : celle où on se marre.

Publié par André COTE  - Catégories :  #Marta Kaufman, #Friends, #David Crane, #sitcom, #NBC

 

 

Alors là, on commence à s'attaquer un vrai morceau de la culture populaire. Friends est ce qu'on appelle une sitcom, c'est à dire une série de « situation comedy », tournée en studio et enregistrée devant un public, comme des sketchs au théâtre. Lorsqu'elle débarque dans notre pays, le genre a plus ou moins été malmené par les productions AB et leur Hélène et les garçons. Forcément, avec de telles références, pour ceux abonnés à la chaîne du câble Canal Jimmy, le choc n'en fut que plus rude.  

 

Cette série, créée par Marta Kauffman et David Crane, va même amener une tranche du public à s'interroger sur la manière de regarder une fiction étrangère. En effet, il y a plus de dix ans, il était inconcevable de diffuser une production télévisuelle dans sa langue d'origine avec des sous-titres français (sauf dans un créneau horaire spécifique, comme très tard en soirée, ou dans le cadre d'une émission thématique tel que Continentales sur FR3), pourtant, c'est une caractéristique qui fera la singularité du câble durant un moment.  

 

 


C'est un peu mon cas, si j'ai découvert les premières saisons en version française, la découverte de ces mêmes épisodes dans leur langue d'origine a été sans appel : je ne concevais plus le visionnage de cette série autrement qu'en VOST. À ma connaissance, Friends fut l'un des premiers cas à poser le problème du doublage... à une heure de grande écoute : les fans ne jure que par la VOST, mais la première approche du public se fait par le biais de la version doublée, donc dénaturée. En comparant les deux, si on ne compte même pas les jeux de mots impossibles à retranscrire fidèlement d'une langue à l'autre (essayez de traduire une blague lorsqu'un mot anglais n'a pas la même polysémie en français), on constate que les doubleurs, même doués, ont du mal à reproduire la manière de parler d'un acteur alors que c'est justement grâce à la locution du comédien que certaines répliques font mouche et, outrage ultime, dans la version française les rires sont remplacés. À l'origine, ils proviennent du public et sont enregistrés durant le tournage, tandis que dans notre pays, ce sont des effets rajoutés en post-prod, dans la logique d'une production AB. De cette manière, pour certains, Friends prenait des allures de « sitcom » française à la sauce ricaine.  

 

Malgré ça, on ne peut nier que les premiers épisodes sont d'une efficacité redoutable. Les personnages sont posés en quelques minutes (une bande de copains qui se retrouvent pour discuter dans le bar du coin) et il y en est de même pour les intrigues qui vont nourrir les prochaines saisons. La première scène nous présente Chandler le cynique, Ross le timide, Monica sa sœur un peu maniaque de l'ordre, Joey le bourreau des cœurs et Phoebe la délurée. L'histoire est lancée pour de bon lorsque débarque Rachel, une fille à papa en pleine crise de conscience, qui s'est échappée de son mariage pour éviter une vie programmée et sans saveur. En tant qu'ancienne amie de Monica du temps du lycée, elle va s'intégrer rapidement au groupe. À ce récit, on voit se greffer celui de la quête de Ross pour conquérir le cœur de Rachel, dans la logique du timide amoureux de la belle.  

 

 


Ce qui séduit avant tout, c'est la proximité des personnages avec le téléspectateur. Le groupe est composé de personnalités suffisamment différentes pour que chacun trouve son point d'ancrage. Pourtant, ces derniers sont tous décrits avec leurs névroses, ce qui facilite, paradoxalement, l'identification, tels des miroirs déformants, et non des modèles à suivre. Chacun d'eux a encore du mal à concilier vie professionnelle et personnelle : Ross a beau travaillé dans un musée, il semble redevenir l'adolescent timide qu'il était au lycée au contact de Rachel ; celle-ci réalise petit à petit à quel point elle s'est fait aider par ses parents lorsqu'elle tente d'être indépendante ; Chandler se rend compte que son cynisme l'empêche d'apprécier pleinement son existence et même Joey, un acteur toujours à la recherche d'un rôle, réagit encore comme un adolescent attardé. Tout ceci alors que l'âge moyen dans la bande est dans la fourchette de 20-25 ans.  

 

L'autre point qui va être crucial pour son succès est la convivialité que ce groupe de potes inspire. Sans doute un reflet de l'ambiance qui régnait au sein même du tournage (les six comédiens sont vraiment devenus amis au point de rester en contact bien après la série), on sent une complicité qui crève l'écran, une alchimie palpable. D'un côté, ceux qui ont suivi les potins sont au courant qu'il est arrivé aux trois garçons de partir en vacances ensemble ou que deux des filles ont aidé la troisième pour un déménagement. De l'autre, il est connu que le groupe a fait bloc lors d'une renégociation de contrat pour que tous aient un cachet équivalent alors que certains venaient de connaître un succès au cinéma.  

 

 

 

De plus, à travers cette bonne humeur communicative, Friends est parvenue à brasser bon nombre de thèmes difficiles. Tout d'abord, l'homosexualité, si la thématique s'est banalisée de nos jours, lors des premières années de la sitcom elle était encore un peu tabou. Et là, nous la voyons en tant que source de gag sans que les homosexuels ne se sentent ridiculisés, ce serait même plutôt au détriment de l'hétérosexuel : le fait que Ross découvre sur le tard les penchants de son ex-femme (qui se révèle lesbienne alors qu'elle est enceinte de lui), participe au côté rêveur du bonhomme, bercé par ses illusions, et crédibilise tout les problèmes qu'il peut avoir avec la gent féminine. Ensuite, la thématique des relations difficiles entre les parents et les enfants est vue sous un angle original. Ici, nos héros sont considérés comme des enfants, ayant du mal à grandir et encore gênés par le poids du regard des parents.  

 

Mais, surtout, ce que la série parvient à faire, c'est d'illustrer en filigrane le proverbe « avant de chercher la paille du voisin, regarde d'abord ta poutre ». Nos six copains sont tous complexés par un trait de caractère et se complaisent dans la critique des autres : le nouveau petit ami du moment est, la plupart du temps, la nouvelle source de gag à ses détriments. Cette tendance les conduit à avoir du mal à intégrer d'autres individus dans la bande et à se vanner entre eux au point de se faire mal mutuellement. Au premier abord, ce constat peut surprendre vu leur lien d'amitié, mais cela reste compréhensible puisque la situation permet une introspection de chacun : ils se renvoient leur complexe en plein figure afin de pouvoir avancer chacun de son côté.  

 

 

 

Ensuite, c'est peut être justement cette possibilité d'amitié entre garçon et fille qui a contribué à la popularité du show. Car, oui, si certains se mettent en couple dans ce groupe, il faut attendre plusieurs saisons pour cela. Le fil rouge du couple Ross/Rachel dure bien les 10 saisons mais Joey collectionne les conquêtes féminines, Chandler rame dans ses flirts et il en est de même pour Monica. Chacun cherche à trouver son bonheur à l'extérieur du groupe, les amis en question servent alors de conseiller pour ce type de relation.  


Évidemment, découvrir la sitcom de nos jours peut faire sourire tant les coupes de cheveux et les vêtements sont aujourd'hui démodés (ça et l'image qui s'usent à force de multidiffusion), mais la mécanique est imparable et si on la découvre en VOST, il est encore très dure de ne pas retenir quelques francs fous rires. D'autant plus que le générique des Rembrandts, qui a permis à toute une génération de vivre la fièvre Friends, ne prend pas une ride et fout encore la pêche. Alors, si vous n'avez pas le morale, je ne serais trop vous recommander de jeter un coup d'œil aux pérégrinations de cette bande de gais lurons. Pour redonner le sourire, c'est radical.

 

Photo Credit : NBC

Friends : celle où on se marre.
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