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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

18 Sep

New York : Cour de Justice ou le danger de la surexploitation

Publié par André COTE  - Catégories :  #procedural show, #cop show, #New York Cours de Justice, #Dick Wolf, #Trial by Jury, #NBC, #Law and Order

 

 

Il y a des moments où il est préférable de laisser un filon s'épanouir de lui-même au lieu de l'exploiter jusqu'au trognon. Le risque de tuer la poule aux œufs d'or est toujours présent, telle une épée de Damoclès et cela amène souvent des dommages collatéraux. Ça, le producteur Dick Wolf en a fait l'amère expérience au début des années 2000.  

 

 

Pour comprendre sa situation, il faut nous replonger au début des années 1990. Notre producteur (déjà plus de dix ans de carrière quand même, avec Deux Flics à Miami à son palmarès) tente alors d'imposer à la chaîne NBC une série au concept un peu passe-partout : Law and Order, qui se verra traduite par New York District sur FR3 et 13e Rue, puis par New York Police Judiciaire sur TF1. Le synopsis est simple : un meurtre, une enquête puis le procès. Chaque épisode dure 40 minutes et est composé de deux parties (l'enquête et le procès, c'est bon vous suivez ?) pour montrer que, comme le dit le panneau d'introduction, « la justice américaine est composée de deux groupes distinctes mais d'égales importances : la police qui enquête sur les crimes et le procureur qui poursuit les criminels ». Et, dès le départ, on s'aperçoit que l'accent est mis avant tout sur l'efficacité de la narration et le traitement pertinent des thématiques. L'intimité des personnages (famille, petites amies, etc.) est reléguée, elle, à une scène, voire une ligne de dialogue par épisode.
 

Ce canevas des plus limités permet pourtant à la série de durer 20 ans. Lorsque l'on sait que la plupart des productions télévisuelles s'essouffle au bout de 3, cela force le respect. Cette situation a été possible grâce un casting interchangeable puisque chaque saison voit l'arrivée d'une tête nouvelle remplaçant un départ. Enfin, preuve que la réelle star est bien le style de la série, donc ses histoires et sa narration, un acteur qui se croyait la vedette, Chris North pour ne pas le nommer (bien avant qu'il ne devienne le Mr. Big de Sex and the City) quitte Law and Order à la fin de la 5e saison, sans que la série n'en souffre.  

 

 

Néanmoins, il aura fallu attendre une décennie pour que Law and Order commence à connaître plusieurs déclinaisons et devienne une franchise télévisuelle. À sa 10e saison, on voit débarquer Law and Order : Special Victims Unit, ou New York Unité Spéciale en VF, qui s'intéresse aux victimes de viols et autres crimes sexuels. Deux ans après, c'est au tour de l'inspecteur Goren de Law and Order : Criminal Intent, ou en français New York Section Criminelle. En trois productions, la franchise démontre une écriture rigoureuse qui permet à chacune de ses séries dérivées (ou spin-off) de trouver son public. En d'autres termes, l'appellation « Law and Order » devient un label de qualité.  


Cependant, avec Criminal Intent, on sent poindre quelques signes d'essoufflement. Ainsi, ce qui faisait la force de la franchise était de démontrer le mécanisme du système judiciaire (les inspecteurs ne font qu'exécuter la loi et cherchent les moyens légaux qui pourraient leur servir) or Goren est décrit comme un inspecteur se jouant des règles pour arriver à ses fins. C'est une des raisons pour laquelle, si la série d'origine et Unité Spéciale rallient tous les suffrages, la Section Criminelle récoltent plusieurs critiques mitigées à son encontre.  

 

 

C'est dans ce contexte que débarque la troisième spin-off, Law and Order : Trial by Jury, ou New York : Cour de Justice en version française. Nous sommes en 2004, la série-mère en est à sa 15e saison et les deux autres sont maintenant bien installés sur les écrans. Or, au vu des premiers épisodes, on se dit que Dick Wolf aurait peut-être dû attendre, au moins, la fin de Law and Order premier du nom pour lancer la nouvelle incarnation, tant cette dernière peine à se démarquer de sa grande sœur.  

 

Effectivement, alors que les deux précédentes étaient parvenues à trouver une identité propre malgré le cahier des charges imposant, pour la première fois dans la franchise, on sent une impression de redite. Dans Trial by Jury, nous assistons à une enquête qui se déroule avant et durant le procès, de cette manière, on voit, en parallèle, les recherches de la police et l'affaire qui passe en jugement. Pour résumer, elle se révèle une série judiciaire plus classique que Law and Order. Sans doute une manière pour la franchise de proposer une fiction qui revienne dans un tribunal après deux autres privilégiant les forces de l'ordre.  

 

 

Toutefois, on remarque une tentative pour rafraîchir l'image d'un Law and Order-like. Au casting, on y voit la présence d'une femme en vedette, puisque le rôle du substitut du procureur est tenue par Bebe Neuwirth. À ses côtés, certains reconnaîtront Amy Carlson, de New York 911, qui incarne son assistante. Un duo de femmes pour tenir l'affiche ? Cela change de l'image très masculine de la série-mère. Le dépaysement n'est pas total pour autant parce que, du côté des inspecteurs, on retrouve Jerry Orbach, décédé durant le tournage, qui est pour l'éternité l'inspecteur Lenny Brisco.  

 

En plus, la série est loin d'être inintéressante, bien au contraire, certains épisodes sont même à glacer le sang. J'ai encore en mémoire l'affaire d'une baby-sitter accusée de maltraitance, mais dont le juge rejette des preuves accablantes, tout en respectant la procédure à la lettre, empêchant les avocats de faire appel. Mais l'univers télévisuel auquel New York Cour de Justice appartient occupe déjà 3 soirs par semaine, il devient donc difficile de lui trouver une case horaire et la décision de la mettre le Vendredi Soir n'est pas vraiment la meilleure des options : c'est peu là que l'on relègue les séries en fin de carrière et sur une pente déclinante. De ce fait, on peut considérer que lancer une série dans ce créneau relève un peu du suicide commercial. Dans le cas d'un Law and Order, on pouvait aussi considérer la chose autrement : la preuve ultime du caractère inébranlable de ce label de qualité, autrement dit, qu'une série labellisée Law and Order peut marcher partout, même là.

 

 


Or, maintenant, on peut aussi voir le constat d'une autre manière. Les facteurs qui auraient dû lui garantir un succès immédiat ont pu devenir des handicaps. En effet, en tant que 4e série d'une franchise encore à l'antenne, on sent venir la saturation, surtout du point de vue du public puisqu'avec 4 soirs par semaine, on a l'impression que la chaîne NBC pourrait être rebaptisée Law and Order TV. Il paraît presque naturelle que Trial By Jury rencontre des difficultés à trouver son public, ou du moins, à le voir la délaisser vu qu'elle a enregistré d'excellentes audiences à ses débuts. En outre, comme un effet pervers de vase communicant, c'est aussi la première année où la franchise dans son ensemble va connaître des signes de faiblesse.  
 

Il aurait donc fallu 15 saisons (15 ans) et 3 spin-offs que pour la franchise Law and Order commence à s'essouffler. La faute n'en revient pas spécialement à la petite dernière (qui démontre des qualités d'écritures que beaucoup lui envieraient), mais surtout à une certaine démarche comptable. Celle d'affilier une quelconque production à un succès reconnu afin d'éviter de prendre des risques. D'ailleurs, les multiples cross-overs que la série a connu (les deux précédentes, Unité Spéciale et Section Criminelle donc, ont vu de discrètes tentatives pour lier les intrigues avec des apparitions de personnage et non des récits entrecroisées) apparaissent comme des efforts désespérées pour rallier le public et non répondre à un petit plaisir du public fidèle.  

 

Néanmoins, il serait injuste de porter la responsabilité de la chute de la franchise entièrement sur New York : Cour de Justice. Son arrivée sur les écrans marque juste la saturation du public, mais elle a suffisamment de qualité pour être redécouverte aujourd'hui.

 

Photo Credit : NBC

New York : Cour de Justice ou le danger de la surexploitation
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Anonymous 01/01/2013 13:29

Il est vrais que NEW YORK COURT DE JUSTICE était moyen,par contre NEW YORK DISTRICT, UNITÉ SPÉCIAL,SECTION CRIMINELLE, sont excellente dommage que DISTRICT & SECTION CRIMINELLE ont été arrêté

Nicolas

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