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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

03 Oct

Oz : quand le Purgatoire vous ouvre ses portes

Publié par André COTE  - Catégories :  #Oz, #HBO, #Homicide, #Law and Order : Special Victims Unit, #Tom Fontana, #prison

 

 

La télévision américaine n'a pas attendu les années 2000 pour faire reculer les limites de la censure. À peine une décennie auparavant, les plans de nu dans New York Police Blues faisaient jaser, il en est de même pour les effets sanglants de X-Files et de Urgences, sans oublier Friends où la sexualité est un thème récurrent. Tout ça sur des chaînes nationales. Du côté du câble, les choses évoluaient aussi et les True Blood et autres Californication n'étaient même pas encore en germe que la provocation contre la censure était déjà un argument de vente.  

 

En effet, en 1997, la chaîne HBO frappa un grand coup avec une œuvre qui s'imposa très vite comme un monument. C'est bien simple, rarement à la télévision (et encore moins au cinéma), on vit une fiction décrivant une peinture de la société avec si peu de concession. Du moins, si l'on considère que le respect d'une dramaturgie et des règles de la narration peut être considérer comme une concession, celle d'être lisible par le plus grand nombre. Cette œuvre s'appelle Oz, et autant le dire tout de suite, la référence au magicien contient une sacrée dose d'ironie. 

 

 

 

Ne vous attendez pas à la sempiternelle histoire d'une jeune fille naïve qui se retrouve à suivre un chemin de briques jaunes dans un pays imaginaire. Ici, nous suivons un avocat, Tobias Beecher incarné par Lee Tergesen, condamné à 15 ans dans une prison de haute sécurité, Oswald, que l'on surnomme Oz. Le genre d'endroit où il est plus facile de sortir les pieds devant sur un brancard que debout en un seul morceau. Là, il va côtoyer les criminels les plus endurcis, des aryens aux homosexuels, en passant par les musulmans et autres mafieux.  

 

Ce synopsis, on le doit à Tom Fontana, l'homme derrière les actuels Borgia que l'on peut voir sur la chaîne cryptée Canal + et dont le palmarès est des plus impressionnants. Effectivement, dès les années 80, on peut voir le monsieur à l’œuvre dans Saint Elsewhere, une série médicale qui préfigure Urgences et dont la distribution compte énormément d'acteurs devenus des visages incontournables du grand et du petit écran : Denzel Washington, David Morse, Mark Harmon (futur Gibbs de NCIS) ou encore Helen Hunt. Dix ans après, il revient sur la même chaîne, NBC, à l'époque des Friends et de Urgences justement et nous offre une série télé policière presque expérimentale, Homicide. C'est bien simple, en la voyant aujourd'hui, on pourrait croire qu'elle était plus volontiers destinée à une chaîne du câble comme FX ou Showtime : on y voit une utilisation de la caméra à l'épaule plus poussée que dans The Shield, une lumière crue, des effets de montage et sonore immersives. Là encore, une œuvre marquante dont l'influence se fait encore ressentir de nos jours, même si elle ne rencontre pas le succès public à l'époque.  

 

C'est d'ailleurs au détour d'un épisode que naîtra la série qui nous concerne : une enquête mène les inspecteurs de Homicide dans une prison. A l'issue de ce segment germe dans l'esprit de Tom Fontana ce qui allait devenir Oz. A la différence de Saint Elsewhere et de Homicide, celle-ci va être diffusée sur la chaîne câblé, HBO, à peine quelques années avant Les Sopranos ou Six Feet Under. Pour l'anecdote qui tend à prouver son degré d'implication, on souligne que les images du bras que l'on voit se faire tatouer durant le générique n'est autre que celui de Fontana.  

 

 

 

Cependant, il est important de préciser que la violence implicite (même les scènes de dialogue sont tendus) et explicite (les passages à tabac et autres meurtres sont nombreux) n'ont rien de gratuit. Cet aspect est une condition sine qua none pour crédibiliser une ambiance de purgatoire, elle permet également de visualiser les étapes de l'évolution des personnages. Une fois incarcérés, les détenus semblent coupés du monde, ou plus exactement bannis, et Oz devient le lieu de leur chemin de croix. De ce fait, il est primordial de ressentir cette cassure et d'assister (donc de voir) les épreuves qu'ils traversent pour accéder au pardon.  

 

En cela, la série ne se résume pas à une simple chronique de la vie des prisonniers mais atteint une portée lyrique en décrivant ni plus ni moins que la déchéance de notre civilisation. L'objectif paraît pesant et pourtant, il est atteint d'une manière presque naturelle, ceci en grande partie grâce à des intermèdes au cours de récit. En effet, un des prisonniers se voit attribuer le rôle du narrateur et commente les événements pour leur donner une portée universelle. Une manière de dire « Vous nous prenez pour des animaux ? Pourtant, dans le monde extérieur, il se passe la même chose, à des niveaux différents certes, mais les enjeux sont identiques. » C'est cette mise en perspective qui confère à Oz tout son impact émotionnel.  

 

 

 

Cependant, la notion d'espoir n'est pas totalement absente, d'où mon utilisation du mot Purgatoire (lieu de passage où l'on expie ses fautes) et non d'Enfer, d'où on est censé ne pas revenir. L'espoir apparaît comme une petite lueur qui se gagne à la force du poignet, comme une denrée rare en ces lieux. D'ailleurs, la section de EmCity qui sert de cadre à la série (un des quartiers de la prison de Oswald) n'est ni plus ni moins que la création de Tim Mc Manus (interprété par Terry Kinney) pour favoriser la réinsertion des criminels. Une manière pour lui de prouver à l'administration pénitentiaire que personne n'est irrécupérable. 

 

De ce fait, c'est dans cette section que se retrouve Tobias Beecher contraint de fréquenter son compagnon de cellule, l'aryen Vernon Schillinger (J.K. Simmons), ainsi que l'irlandais O'Reilly (Dean Winters), ou encore l' handicapé dans un fauteuil roulant Augustus Hill (Harold Perrineau Jr.). C'est parmi eux que Beecher va apprendre ce qu'est la cohabitation à la dure dans un environnement où les prisonniers sont mêmes privés de toute intimité : les parois de leur cellule sont en plexiglas, donc transparents, ils sont ainsi constamment observés.  

 

De plus, la série ne va pas se contenter du seul récit de l'avocat. Plusieurs destins s'entremêlent comme le parcours du leader religieux Kareem Saïd (Eamonn Walker), les manigances de O'Reilly pour qu'il puisse s'occuper de son frère handicapé mental ou encore les efforts du père Mukada (B.D. Wong) pour apaiser les esprits. En tout, c'est une quinzaine de protagonistes que l'on peut considérer en tant que personnages principaux. 

 

 

 

 

Un autre point qui prouve le caractère marquant de Oz réside dans le vivier de talents qui ont éclos par la suite. Je mentionnais précédemment Homicide où l'on y voit plusieurs acteurs apparaître (Christopher Meloni, ou Željko Ivanek par exemple) il est important de parler des passerelles que Homicide a connu avec une autre série policière, Law and Order (traduit en New York District ou New York Police Judiciaire suivant les chaînes). En effet, les deux (Homicide et Law and Order) ont vu des enquêtes où les personnages se sont croisés, et il va être presque naturel que quelques uns du casting de New York Unité Spéciale (série dérivée de Law and Order) proviennent de Oz et de Homicide : Christopher Meloni devient l'inspecteur Stabler, Dean Winters est de la partie lors la première saison, sans compter J.K. Simmons qui avait déjà intégré l'univers de Law and Order avec son rôle chaleureux du psychiatre Emil Skoda, bien avant d'être le Jameson de la trilogie Spider-Man.    

 

Autrement dit, si vous faîtes partie d'un public averti habitué aux images fortes et aux scènes dures, Oz peut vous rassasier. Dans le cas contraire, préparez-vous à la vision d'un vrai tord-boyaux dont vous aurez du mal à vous en relevez.

 

Photo Credit : HBO

 

 

 

Oz : quand le Purgatoire vous ouvre ses portes
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Cixi 04/10/2012 08:56

J'ai vu les premiers épisodes et j'ai laissé tomber... faut que je m'y remette, il m'avait bien plu ce début.
Merci pour cet article qui m'apprend beaucoup de chose que je ne connaissais pas :)

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