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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

28 Nov

Code Quantum : Bon voyage Sam !

Publié par André COTE  - Catégories :  #voyage dans le temps, #Dean Stockwell, #Code Quantum, #Scott Bakula, #Quantum Leap, #NBC, #Sam Beckett, #Science-Fiction, #Donald P. Bellisario

 
 
Imaginez, vous vous réveillez un beau matin dans un endroit qui vous est totalement inconnu. Et pourtant, la présence de votre femme à vos côtés vous indique qu'il s'agit bel et bien de votre foyer. Enfin, "de votre femme", à l'entendre elle est votre épouse, mais vous ne pensez pas la connaître. Et ne parlons même pas des enfants. Jusque là, tout indique que vous êtes simplement victime d'une grosse gueule de bois. Mais tout se complique lorsque vous découvrez votre reflet dans le miroir. Oui, même le visage qui devrait être le vôtre vous est étranger.
 
 
 
Jusque là, le postulat a tout du récit dramatique, voire légèrement fantastique. L'histoire que nous suivons peut être simplement celle d'un amnésique dont nous partageons les pensées via la voix off et qui cherche à reprendre ses marques. Le plan aérien à travers les nuages qui a précédé son réveil peut simplement nous suggérer une explication singulière quant à sa situation, comme si l'existence d'une force surnaturelle avait un rapport avec tout ça. Hormis ce détail, rien ne nous laisse présager de la véritable nature des circonstances. En effet, le ton du récit reste du domaine de l'intimisme avec un arrière-plan historique puisque notre personnage-narrateur se révèle être un pilote d'essai d'avion super-sonique vivant en 1956.

C'est l'apparition d'un nouveau personnage qui va nous mettre la puce à l'oreille. Nanti d'un cigare au bec, cet individu est le seul à lui porter de l'attention, avec des clins d’œil et des sourires au coin, regardant ce qui se passe autour de lui comme un simple touriste. C'est cet énergumène (que personne d'autre ne voit apparemment) qui lui révèle la véritable nature de la situation : notre amnésique est un brillant scientifique qui vient du futur, son nom est Sam Beckett et il a inventé une machine à voyager dans le temps pour un projet dénommé « Code Quantum », d'où le titre de la série, qui est en VO Quantum Leap
 
 
 
Quant à sa situation de pilote d'essai, elle résulte juste des circonstances qui rend ce voyage possible. Ainsi, l'homme au cigare, qui se présente en tant que Albert, dit « Al »,  membre du projet en question, lui explique que la machine que Sam a créé ne fait voyager que l'esprit et non le corps. De cette manière, l'esprit d'un voyageur remplace pendant un moment celui d'un individu à une époque. En l'occurrence ici, Sam (que le spectateur voit, sous les traits de son acteur Scott Bakula) a pris la place de ce pilote d'essai, ce fameux reflet dans le miroir. L'amnésie, elle, constitue un effet secondaire du processus de « saut » (ou « leap » en VO). Le fait que le spectateur voit Sam et non le personnage qu'il remplace, relève d'un lien de connivence entre la fiction et le spectateur. Implicitement, cela suggère simplement que le public regarde les événements à travers les yeux de Beckett.

Histoire de bien achever autant le spectateur que notre personnage principal, Al révèle aussi sa nature d'hologramme ce qui explique que Sam est le seul à le voir. Al est bien un homme venant du futur, mais, contrairement à Sam, lui est en fait une simple projection, il n'est pas physiquement présent à ses côtés.

Cependant, ce n'est pas ce postulat de science-fiction qui va faire la richesse de la série, mais bel et bien les rapports entre les personnages. L'équipe de Sam, composée de Al et du personnel du projet Code Quantum, ne parvient pas à le ramener à son époque, l'explication proviendrait de l'existence d'une force supérieure (d'où le plan aérien du début) désirant se servir du scientifique pour réparer quelques erreurs du passé. Dans le cas de ce pilote d'essai, la mission serait d'éviter qu'il ne périsse au cours d'une mission avant la naissance de son prochain enfant.
 
 
 
 
De la sorte, en l'espace des 90 minutes de ce premier épisode, on voit se dessiner ce qui va être l'infrastructure de la série à venir. Un contexte que l'introduction du générique nous rappelle à chaque fois, donnant ainsi la possibilité à quiconque de pouvoir jeter un coup d’œil à un épisode sans se sentir largué. Un générique qui parvient d'ailleurs à condenser un aperçu des multitudes facettes du show – humour, aventure, drame, dépaysement, etc... – en quelques secondes tout en filant une pêche d'enfer. Ainsi, nous avons d'un côté Sam Beckett (Scott Bakula, impeccable), en bon samaritain , qui va s'employer à modifier de petits événements (sauver un couple à la dérive, aider un père à retrouver son fils, un fils de renouer avec son père, etc...) en marge des grands moments historique et d'un autre, Al (Dean Stockwell, connu comme enfant-star, il a aussi joué dans le Dune de David Lynch ou encore Le Flic de Beverly Hills 2),  l'hologramme qui lui sert de relais avec son époque et partage avec lui les informations pour mener à bien ses missions. Les deux vont former pendant 5 saisons un vrai duo d'anthologie devenant de plus en plus complice. Leurs rapports vont renvoyer tour à tour à ceux de frères ou d'un père à son fils. C'est même cette alchimie qui permet à Code Quantum de traverser le temps, ce qui est le summum de la classe pour un série parlant de voyage temporel.

L'importance de ses relations entre les personnages est une récurrence des productions de Donald P. Bellisario. Cet homme est le créateur de Code Quantum mais aussi de Magnum, Supercopter, JAG et récemment NCIS. On retrouve dans celles-ci un soin pour les personnages typés et une ambiance bon enfant. Dans Magnum, le détective moustachu se démène quotidiennement avec le majordome Higgins et peut compter sur l'aide de ses potes pour mener ses enquêtes. Du côté de Supercopter, les relations du tandem Stringfellow Hawks et Dominic Santini évoquent celles d'un neveu avec son oncle.
 
 
 
 
Pour Code Quantum, le binôme Sam/Al va permettre à Bellisario, à travers le thème du voyage dans le temps, de côtoyer un autre format jusqu'ici incompatible avec le feuilleton, celui de l'anthologie. La différence entre ces deux formes de récit est simple, dans le feuilleton, on suit une même histoire d'épisode en épisode (Grey's Anatomy, Desperate Housewives, etc...), dans l'anthologie, chaque épisode raconte une histoire close, comme La Quatrième Dimension ou Au-delà du réel. En apparence, tel est le cas pour les aventures de Sam Beckett, celui-ci « saute » d'aventure en aventure chaque semaine. Notre voyageur peut ainsi devenir tour à tour un boxeur, un ado boutonneux, un soldat, un détective privée et même une femme enceinte. Un acteur peut difficile rêver mieux et Bakula s'en donne à cœur joie. Et pourtant, alors que ce dernier offre un vrai festival de performance diverse, la tonalité intimiste permet même aux personnages secondaires de se révéler attachant, même en ne passant que le temps d'un épisode.

Ce format n'empêche nullement à la série de construire plusieurs fils rouge. Le passif des deux personnages s'étoffent, ce qui laisse le champs libre à Bellisario pour traiter d'un autre de ses thèmes de prédilection : la guerre du Viêt-nam. En effet, le grand frère de Sam y est mort et Al est un vétéran. On voit même naître des running-gags avec la mauvaise haleine de Gushie (un informaticien que Al mentionne souvent), la manie de Al à maltraiter sa télécommande sans oublier l'expression favorite de Sam à chaque nouveau saut, « Oh Boy ! », traduit en français par « Oh Bravo ! », devenu le gimmick de Code Quantum.
 
 
 
De cette manière, découvrir cette série de nos jours, c'est se rendre compte à quel point les passions et l'enthousiasme que génèrent les œuvres télévisuelles ne datent pas d'hier. On en était qu'en début des années 90, et déjà, l'envie des téléspectateurs à suivre assidûment une série était palpable : la case horaire poussait le public à l'enregistrer massivement via magnétoscope (eh oui, on ne pouvait pas télécharger à l'époque) et ne la regarder donc pas « en direct lors de sa diffusion ». Des circonstances qui, pour moi (né en France dans les années 80), font de Code Quantum, une production qui préfigure les phénomènes que seront les X-Files et autres Buffy contre les vampires quelques années plus tard. Une œuvre fondatrice pour ma part et donc incontournable.
 
Photo Credit : NBC
Code Quantum : Bon voyage Sam !
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