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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

14 Nov

FlashForward : Le bond en avant n'a pas eu lieu

Publié par André COTE  - Catégories :  #David Goyer, #Lost, #ABC, #FlashForward, #Brannon Braga, #thriller

 
Les séries avec la résolution d'un grand mystère à la clé continuent de se multiplier. Le succès de X-Files a prouvé qu'il existait un public pour ce type de feuilleton, encore faut-il parvenir à le rassasier chaque semaine. Le mode du serial ne peut se permettre de se contenter d'une simple promesse, il faut savoir proposer et offrir son quota d'adrénaline et d'enjeux narratifs pour satisfaire le spectateur et lui donner envie de revenir la semaine suivante.
 
 
 
Pour le public contemporain, le top départ de cette catégorie de fiction a été donné avec la série de Chris Carter, X-Files. Dans celle-ci, si le synopsis se résumait aux simples enquêtes d'un duo d'agent du FBI, le public découvrait tout au long des saisons un fil rouge concernant la révélation d'une conspiration. Celle-ci impliquait un groupe de personnes au sein du gouvernement cherchant à dissimuler l'existence d'un contact avec des extra-terrestres. Aux deux agents de mettre à jour les tenants et aboutissants de ce complot.

Vu le succès remporté par la création de Carter, il était naturel que d'autres tentent l'exercice. Et, incontestablement, celle qui est parvenue à s'imposer au point de devenir le nouveau mètre-étalon en la matière est une des productions de J.J. Abrams, Lost. Dans cette dernière, on y suit un groupe de passagers d'un avion, survivants d'un crash sur une île. Le lieu s'avère une source de mystères en tout genre et la promesse de dévoiler la nature de cette île va tenir en haleine des millions (des milliards?) de téléspectateurs dans le monde.
 
 
C'est dans son sillage que FlashForward, créée par Brannon Braga et David Goyer, va tenter de se faire une place. Les deux hommes ne sont pas des inconnus, l'un a participé aux séries Star Trek et l'autre s'est spécialisé dans les adaptations de comics au cinéma avec la trilogie Blade et les Batman de Nolan. Leur série, lancée alors que celle de Abrams en était à sa dernière saison, présente une situation plus ambitieuse que son aîné : l'enjeu ne concerne pas une poignée de survivants, mais carrément la population mondiale. Cela n'empêche aucunement les scénaristes de reprendre certains codes de la série précédente, mais de manière détournée (avouons-le, on est plus proche du clin d'oeil que du plagiat) afin d'en changer la justification narrative.

En effet, Lost est connu pour l'utilisation abusive de ses flashbacks. Chaque épisode se concentre sur un personnage en particulier, sur un moment-clé de son passé qui révèle pourquoi il était à bord. En d'autres termes, son naufrage représente pour lui une manière de repartir à zéro, l'île le coupant du monde et le contraint à se faire une nouvelle place dans une communauté, celle des survivants qui se construit par la force des choses. L'emploi de ses retours en arrière est un moyen pour les scénaristes de nous faire partager la psychologie des personnages.
 
 
Dans FlashForward, la donne change. Comme son nom l'indique (« FlashForward », soit « éclair vers l'avant »), la série ne concerne pas des souvenirs mais plutôt une vision. Le premier épisode montre un black-out de quelques minutes. La population du monde entier s'évanouit l'espace d'un instant pour avoir un aperçu, en rêve, de ce que chacun devrait vivre ce même jour l'année suivante. En soi, la thématique est des plus intéressantes car elle ambitionne de questionner chaque individu sur la fatalité, puisque le phénomène de cette vision, le FlashForward donc, n'est aucunement remis en question, mais est bel et bien admis dès la seconde moitié de l'épisode : les partisans de la théorie mettant cette vision au niveau d'hallucination vont très vite être minoritaires.

À partir de là, le feuilleton de Braga et de Goyer se doit de se démarquer de son aîné. Et c'est là que le bas blesse. Lost est parvenu à installer très vite une dizaine de personnages forts tandis que ceux de Flashforward peine à trouver leurs marques. L'agent spécial Benfort (Joseph Fiennes) est vite introduit en tant que personnage central, mais on aurait aimé que les scénaristes le délaisse plus souvent au profit de ses collègues, comme l'agent Noh (John Cho), ou encore sa femme. On tombe très vite dans le travers que Lost avait réussi à contourner, en insérant d'autres enjeux annexes, permettant à la série de rebondir aisément en offrant régulièrement des fausses pistes : comment un paraplégique retrouve l'usage de ses jambes ? Que vient faire la mafia dans tout ça ? D'où viennent les pouvoirs du petit garçon ?
 

La série produite par Abrams est simplement parvenue à concilier l'écriture par épisode aux enjeux individuels tout en maintenant une cohérence sur l'ensemble. Ceci permettait à Lost d'aborder plusieurs genres, du thriller à la comédie romantique, en passant par le fantastique. Alors que chez Braga et Goyer, nous nous tournons vers l'agent Benfort et la série se résume très vite à un récit à suspense à rallonge. Ce n'est pas forcément un tort en soi, Lost a ceci de frustrant de ne pas approfondir les pistes évoquées d'un épisode sur l'autre et chaque téléspectateur n'accroche pas forcément à tout les personnages.

Pourtant, on peut sentir que c'est justement vers cette forme que tend les scénaristes vers la première partie de la saison. Plusieurs épisodes sont de simples enquêtes autour des changements de comportement de quelques individus interprétant mal leur vision. Même le malaise de certains va être abordé, ceux n'ayant pas eu de vision. Ce fait (« Pourquoi je n'ai rien eu ? ») est expliqué par leur mort au cours de l'année ou d'être endormis à cette heure-là, ce jour-là. Sans compter les efforts du monde entier pour reprendre ses repères, les conséquences du black-out étant désastreuses pour beaucoup : quelques-uns ont perdu la vie, évanouis au volant ou dans un avion, ce qui nous vont la vue d'un monde apocalyptique lors du réveil. Mais très vite, c'est la recherche de Benfort concernant l'origine du black-out qui prend le dessus. 
 

Cette nouvelle orientation peut sans doute s'expliquer par la diffusion de la dernière saison de Lost en parallèle. FlashForward se mettait sans doute à souffrir de la comparaison, et en réponse à ça, les scénaristes se sont sentis obligés d'accélérer les révélations. Au cours de la deuxième partie de cette unique cuvée, on commence à saisir la nature du black-out.

De cette manière, le feuilleton semble se fourvoyer en privilégiant une écriture se voulant spectaculaire avec des révélations chocs. Le principal souci réside dans la difficulté à maintenir un tout cohérent et à garder lisible l'enjeu des retournements de situation. Contrairement à Lost qui, grâce à une écriture plus poussée vers l'intimiste, est parvenue à une montée en puissance de plus en plus intense au point de rendre accro son public. Les lacunes de l'écriture ont donc eu raison de FlashForward, dont la thématique était sans doute trop ambitieuse.

Credit Photo : ABC
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