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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

21 Nov

Jason Bourne : L'héritage ou un passage de témoin laborieux

Publié par André COTE  - Catégories :  #Jason Bourne : L'héritage, #action, #espionnage, #Jeremy Renner, #Tony Gilroy, #Universal, #Jason Bourne Legacy

 
En général, un changement de tête d'affiche n'est pas bon signe. Cela équivaut à une révision à la baisse de l'infrastructure de production, ce qui explique pourquoi on retrouve bon nombre de séquelles dans le rayon des DTV, ceci alors que les précédents volets ont connu un vrai succès populaire. Mais, par la suite, puisque ni la production, ni l'acteur principal n'étaient pas partants pour une suite, il en résulte l'utilisation de différentes astuces pour permettre l'existence d'un long-métrage reprenant le titre du précédent auquel on ajoute un chiffre de plus en plus imposant.

Ces astuces sont nombreuses. Le plus souvent, on apprend l'existence d'un frère (la saga des Kickboxer où Sasha Mitchell succède à Jean-Claude Van Damme à l'affiche) ou simplement d'un ami proche, le seul point commun étant de connaître des aventures similaires au précédent protagoniste principal. Je pense notamment à la série The Substitute, le personnage éponyme des opus 2 et 3, Karl Thomason, joué par Treat Williams (Un cri dans l'Océan), est un mercenaire connaissant Jonathan Schale, interprété par Tom Berenger (Platoon), le héros du premier film. Le plus amusant dans ce dernier cas de figure est la révélation du lien entre les deux protagonistes : une simple référence au personnage de Schale suffit, alors qu'en l'état, la séquelle ressemble à un simple remake avec moins de moyen. 
 
 

Du côté de la franchise Jason Bourne, les événements en coulisse sont un peu plus compliqués. Tout d'abord, les trois premiers avec Matt Damon dans le rôle-titre sont une adaptation d'une trilogie littéraire de Robert Ludlum. Ensuite, vu le succès de la saga, il semblait inévitable qu'un quatrième opus voit le jour. Or, Ludlum n'a pas écrit d'autres aventures à Bourne, cette nouvelle suite aurait donc été la première aventure « inédite » puisque non adaptée des écrits de l'auteur. Cependant, les relations entre le réalisateur, Paul Greengrass (responsable des Bourne 2 et 3), et les producteurs deviennent si houleuses que le retour de Greengrass derrière la caméra paraît de moins en moins envisageable. Par solidarité avec le metteur en scène, la tête d'affiche Matt Damon se retire de l'affaire. Dès lors, pour la production, le problème devient de plus en plus épineux : comment continuer la franchise sans la vedette ?

La solution vient du scénariste, Tony Gilroy, qui trouve une alternative plus ambitieuse qu'il n'y paraît : suivre un autre personnage issu d'un programme similaire à celui de Jason Bourne. Ce qui va permettra à Gilroy d'éviter la répétition avec les opus précédents (et rejoindre le cas d'un The Substitute par exemple) concerne simplement l'angle adopté. La trilogie de Bourne se focalise sur l'aspect intimiste de l'agent spécial amnésique, qui découvrait au fur et à mesure son passé et son potentiel. Au fil du récit, il prenait conscience de sa place dans ce système. Ici, nous avons Aaron Cross, un autre agent lui aussi sujet d'expériences, devenue une cible en raison d'une décision bureaucratique. En effet, les responsables du projet se sont résolus à éliminer toutes les preuves de l'existence du programme. De cette manière, Gilroy, en tant que scénariste, approfondit l'univers de la précédente trilogie en apportant une plus-value : avec Bourne, nous étions dans le contexte d'un film d'action qui dynamise une intrigue d'espionnage, tandis que chez Cross, nous sommes plus proche d'un thriller traversé par quelques scènes d'action.
 
 

C'est d'ailleurs là que le long-métrage devient bancal. Gilroy, qui occupe pour la première fois le poste de réalisateur sur la franchise (auparavant, il n'était que scénariste), peine à retrouver le style des trois précédents. Vu l'angle adopté, il était tout à fait légitime qu'il s'interroge à ce sujet (dois-je m'inscrire dans le style de Greengrass ? Ou aller dans une autre direction ?), puisqu'il s'agit pour Gilroy de répondre à la question suivante : parviendra-t-il à trouver un concept suffisamment attractif pour pallier à l'absence de la tête d'affiche qui figure pourtant dans le titre du métrage ? Le public, en raison du titre, nourrit déjà des attentes, il aurait été commercialement suicidaire pour Gilroy de changer de style de mise en scène, ce qui aurait résonné en une perte de repère supplémentaire pour le spectateur.

D'ailleurs, le choix de Jeremy Renner à la place de Matt Damon pour tenir la vedette de Jason Bourne : L'héritage (ou The Bourne Legacy en VO) a de quoi intriguer. L'acteur a été révélé par Démineurs en 2008, mais est depuis habitué à jouer les seconds rôles dans les blockbusters : Mission Impossible 4 et The Avengers. C'est donc la première fois qu'il peut prouver sa capacité à attirer les foules au ciné sur son seul nom. Dans le jargon, on appelle ça « être bankable ». Ici, il se retrouve à la merci d'une inévitable comparaison avec Damon, les deux incarnant un personnage similaire d'agent spécial. Il ne reste plus à Renner qu'à espérer que Gilroy parvienne à mettre ses prouesses en valeur.
 
 

Or, c'est justement ce qui va poser problème. Le souci du metteur en scène réside dans sa difficulté à s'affranchir du visuel que Greengrass a imposé. Gilroy est déjà réalisateur d'un excellent Michael Clayton et faisait preuve d'une élégance dans sa mise en image, plus classique et sobre, aux antipodes de celle de Greengrass. Jason Bourne : L'Héritage, pour lui, l'incite à tendre vers une mise en scène plus expérimentale et il tente bien de faire du Greengrass en plus épurée. Mais, si il paraît abandonner la fluidité qui convenait à merveille à son précédent long-métrage, il ne parvient pas non plus à trouver ses propres marques dans le 4e opus de Bourne. On ne retrouve plus le travail sur le cadre et Gilroy utilise la caméra à l'épaule comme une réminiscence aux expérimentation des précédents volets, mais il ne se sent pas à l'aise avec cette manière de filmer. Le pire provient des scènes d'action difficilement lisibles. Le réalisateur démontre vite ses limites, ce qui en devient gênant. Par exemple, lors de la course-poursuite en moto, on ne parvient pas à comprendre comment Cross fait pour manœuvrer, certains éléments sortant du cadre comme ses bras (on doit se contenter de ses épaules, en amorce dans les plans serrées sur la visage de Renner) ou les distance entre Cross et les autres véhicules ne sont pas perceptibles.

Ainsi, au niveau de la réalisation, ce Jason Bourne s'avère le plus faible de la série. Mais les choses ne sont pas mieux du côté des acteurs. Si Jeremy Renner, avec son allure vif et toujours aux aguets, se révèle plus charismatique que Matt Damon, il est juste handicapé par le manque de caractérisation de son Aaron Cross. La particularité de Jason Bourne était de découvrir sa réelle identité à partir de son instinct et de ses réflexes. Cross, lui, est conscient dés le départ d'être le sujet d'une expérience, son aventure lui permet juste de découvrir l'ampleur du projet. Edward Norton, dans le rôle du responsable Byer, semble s'ennuyer et ne dégage jamais l'aura d'une menace d'envergure (d'après ce qu'on comprend, c'est bien lui qui manipule tout le monde pourtant), de même que Stacy Keach et Scott Glenn qui ont un temps de présence trop court et ne font que blablater dans leur coin sur les choix à faire. Sans compter Rachel Weisz, qui doit se croire encore dans La Momie (la partenaire de Brenda Freiser, c'était elle), puisque son utilité se résume à être la scientifique venant aider le héros, avec une potentielle romance derrière.
 
 
 
De cette manière, ce Jason Bourne : L'Héritage a du mal à trouver une identité entre vraie suite et faux spin-off. Il a beau dénoté d'une volonté pour enrichir la saga, le problème provient de la capacité de Gilroy à ne pas réussir à se montrer convaincant en suivant les traces de Greengrass. Il parvient à peine à rendre justice aux idées survolées par son scénario : les aventures de Bourne sont mentionnées à plusieurs reprises (les événements ayant lieu en parallèle avec les films précédents), ce qui donne une ampleur supplémentaire aux actions de Cross. Gilroy aurait certainement gagné à conserver sa mise en scène de Michael Clayton, quitte à renforcer l'aspect « film dérivé ». Un constat fort dommageable qui amoindrit le propos du métrage, réduit au simple statut d'épisode de transition et non de chapitre essentiel.
 
Photo Crédits : Universal
Jason Bourne : L'héritage ou un passage de témoin laborieux
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