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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

18 Dec

Skyfall : Permis renouvelé

Publié par André COTE  - Catégories :  #James Bond, #espionnage, #Daniel Craig, #Skyfall, #Sam Mendès, #MGM, #Sony



Avec 50 ans au compteur et une vingtaine de films, il semblait impossible pour une franchise avec un si lourd passif de surprendre. Pourtant, en confiant les rênes à Sam Mendès, la production MGM va faire le meilleur des choix.

Tout d'abord, si il y a bien une chose que l'on peut dire au sujet de la série des James Bond, c'est qu'elle occupe une place à part dans l'Histoire du Cinéma. Rare sont les personnages emblématiques qui traversent le temps avec une telle aisance, même si le chemin n'a pas été sans embûche. Par exemple, le principe du changement d'acteur a nécessité un petit temps d'adaptation : si on en dénombre 5 à avoir incarné l'agent secret, il a fallu attendre l'arrivée du 3e visage, Roger Moore, pour que l'on accepte l'idée d'un James Bond interprété par un autre acteur que Sean Connery. Qui se souvient de George Lazenby dans le pourtant excellent Au Service Secret de sa Majesté ?


Une telle persévérance a fini par payer puisque, dorénavant, il est de coutume de se poser la question « Qui va interpréter Bond dans le prochain ? » Le souci est surtout dans ses moments décisifs où chacun des acteurs tentent d'imposer sa marque, et c'est cette marque qui pose le plus de problème, plus que le changement de visage à proprement parler. Par exemple, l'insuccès de la période Timothy Dalton (4e visage) a plutôt été causé par la rupture trop brusque avec la période Roger Moore. L'ère Dalton se voulait plus sec et réaliste tandis que celle de Moore étaient plus fantaisiste, on imagine aisément le public un peu déconcerté par un tel bouleversement.

Étrangement, l'arrivée de Daniel Craig se situe dans une mouvance semblable. L'acteur succède à Pierce Brosnan dont les opus contiennent une touche de fantaisie propre à la période Moore. De cette manière, avec Craig, on revient au ton d'un thriller brut de décoffrage, dans la lignée d'un Dalton. Une nouvelle direction que certains rapprochent d'une influence de la saga des Jason Bourne. Dorénavant, James Bond, avec Craig, est rude, brutal et sec. Un réel homme de terrain à l'aise dans le close-combat, un super-espion que le côté chien fou ne rend que plus charismatique.



Alors que l'on s'attendait à un échec, le James Bond nouvelle génération de Casino Royale relance la franchise. Pourtant, Skyfall, 3e film avec Craig, a failli ne pas voir le jour. Non pas que les deux précédents ont été des déceptions au Box-Office (bien au contraire, la saga ne s'est jamais aussi bien portée), c'est la santé financière de MGM qui s'est révélée si alarmante que plusieurs projets ont été mis en stand-by durant plusieurs mois. Au passage, c'est cette situation qui a conduit le réalisateur Guillermo Del Toro a quitté le projet The Hobbit pour être remplacé par Peter Jackson.

C'est l'arrivée de Sam Mendès qui a commencé à rassurer. Réalisateur de American Beauty et des Sentiers de la Perdition, Mendès a déjà prouvé son savoir-faire. Sur Skyfall, on le perçoit grâce à une ambiance où l'on retrouve la patte du cinéaste. Le premier plan sonne même comme une note d'intention, on voit Bond apparaître en silhouette au fond d'un couloir, s'approchant de la caméra pour qu'un filet de lumière dévoile son visage. Une manière d'introduire Bond (la musique retentit à ce moment) avant d'identifier l'acteur. Mendès avait fait de même dans Les Sentiers de la perdition (il est donc bel et bien aux commandes) alors que le plan renvoie également au générique de Casino Royale avec un jeu identique sur la silhouette de l'espion.

 
Ainsi, Skyfall a l'allure d'un dernier chapitre d'une trilogie intronisant Craig en Bond. Celle-ci relate les origines de l'agent Bond, transposées à notre époque, comme une actualisation. À ne pas confondre avec une préquelle qui se déroulerait avant les premières missions de la période Connery, dans les années 60. Ici, Mendès utilise une imagerie autant classique que moderne. Classique parce que nous voyons Craig dans des situations familières : il se rend dans des casinos et séduit les demoiselles. Moderne, parce que nous le voyons s'interroger sur sa propre fonction, ce qu'aucun opus n'avait traiter jusqu'ici.

Aussi, si le prologue est bien dans la lignée de Casino Royale (une course-poursuite haletante), sitôt le générique passé, Mendès met le public devant une situation encore inconnue : Bond, laissé pour mort, doit repasser des tests pour revenir en service actif. En cela, il peut être surprenant pour beaucoup de spectateurs qu'un James Bond côtoie le cinéma intimiste (l'action est étonnamment réduite, au profit de la psychologie), une dimension peu visitée dans la saga, sauf peut-être dans l'impopulaire Au service secret de sa majesté. Ici, lorsque Bond remet en question de ses propres capacités, ses doutes grandissent jusqu'à lui faire prendre conscience de sa propre importance. Une situation qui explique l'arrogance qui va le caractériser.


Dès lors, le cheminement du personnage correspond à un retour aux sources, autant dans le récit (à cet égard, le dernier acte est riche en révélation) qu'au niveau visuel. Mendès inscrit son long-métrage dans une ambiance de film d'espionnage de la Guerre Froide, ce qui pourrait être anachronique si plusieurs éléments ne nous rappelaient pas l'époque dans lequel nous évoluons : M doit se justifier puisqu'elle ne peut plus se permettre d'agir dans l'ombre « comme avant », Q est un jeune geek et l'ennemi se sert d'Internet pour divulguer des informations top secrètes. Une manière pour Mendès de revenir à une atmosphère proche de la période Connery. Le James Bond de Craig évoquant déjà celui de Dalton, la dimension intimiste et romantique renvoyant, elle, à celle de Lazenby, on semble retrouver trois aspects du personnage que Craig réunit pour s'en affranchir et en créer un qui lui soit propre : plus convaincant en homme de terrain que Dalton, Craig apporte un regard de tueur avec un charisme de brute, loin de déplaire à la gent féminine.

D'ailleurs, c'est un détail que beaucoup ignore, puisque la série des James Bond au ciné a marqué les esprits au point d'éclipser les œuvres d'origines écrites par Ian Fleming. Il est bon de rappeler qu'au départ, l'auteur a conçu l'agent secret comme un pur fantasme, l'agent 007 représentant tout ce que lui-même ne pouvait être. C'est pourquoi l'agent secret est un fumeur invétéré (signe de virilité à l'époque), buveur et misogyne. Àvec son allure patibulaire, Craig s'avère plus proche du James Bond littéraire que Moore ou Brosnan.



Enfin, il y a quelque chose qui me chiffonne au sujet du badguy, Raoul Silva. Incarné par Javier Bardem, il m'évoque, dans son aspect, bien des ennemis de la période Moore. Son look rappelle même celui de Christopher Walken de Dangereusement Vôtre. Cependant, le lien qu'il révèle avec l'agent fait de lui une sorte de double maléfique qui le rapproche de la période Brosnan : dans GoldenEye, 006 est un alter ego qui s'était perdu du mauvais côté ; et dans Demain ne meurt jamais, Elliot Carver est l'actuel boyfriend d'une des ex de Bond. Autrement dit, les relations entre les personnages touchaient notre héros d'une manière plus personnelle que la simple mission à exécuter.

En somme, il semble que Mendès exécute au sein du même métrage une synthèse de la franchise, ou peut-être ne sont-ils que de simple clins d’œils à l'occasion du 50e anniversaire de la saga. On regrette juste un léger manque de cohérence avec l'absence de certains fils rouges (Qu'est-il arrivé au Quantum ? L'organisation du mal dont on parle dans Casino royale). James Bond, ici, paraît explorer plusieurs facettes de sa personnalité, montrant Craig combattre son premier ennemi d'envergure, achevant de l'imposer une bonne fois pour toute dans la peau de l'agent. On aurait pu penser que la saga était proche de la fin, au contraire, elle pète la forme, s'offrant le luxe de nous livrer son meilleur opus depuis longtemps. Happy Birthday, Mister Bond !

Photo Credits : MGM/Sony
Skyfall : Permis renouvelé
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Anonymous 01/01/2013 14:43

Daniel Greg a donné un nouveau souffle a BOND,ce dernier opus est pour moi le meilleur & vivement le prochain!!!

Nicolas

cinardoz 21/12/2012 02:20

bah disons que ce "plan" d'une histoire complete en plusieurs volets qui se tienne ne m'a jamais paru aussi "evidente" qu'en regardant "skyfall"

apres je ne sais pas ce que feront les producteurs mais en tout cas ,l'orientation des 3 premiers films m'a vraiment fait pensé qu'ils pourraient aller dans cette direction pour la 1ere fois dans la saga

on a toujours pris james bond plus ou moins dans la fleur de l'age mais il n'existait pas de "begins" jusqu'à "casino royal"


par contre, pour le nombre de films restant à daniel craig, il me semble c'est 2 films (à moins que j'ai rien compris !lol) ; lui meme dis que c'est de plus en plus dur avec l'age avançant pour les cascades !

André COTE 21/12/2012 02:04

Les 2 James Bond supplémentaires ont été signés tardivement... et à la base, j'ai cru comprendre que Craig avait signé pour 4 James Bond. Donc, contractuellement, il lui reste encore un à tourner, de ce contrat d'origine. Ça porterait son nombre de film à 6 au final.

Pour le moment, rien n'indique qu'il y a des plans pour les prochains, les producteurs peuvent très bien partir sur la structure de "aucune continuité entre les films" comme ils le faisaient à l'époque de Brosnan.

cinardoz 21/12/2012 01:52

tres bonne critique en effet !



tu dis que "skyfall" est le dernier chapitre d'une trilogie intronisant Craig en Bond & c'est vrai mais moi j'irais plus loin en disant que "skyfall" est le chapitre centrale d'une histoire complete de bond avec Craig en 5 films (on sait que craig a signer pour 2 autres films) un peu comme l'a fait Nolan avec sa trilogie "batman" qui constitue une seule histoire avec un debut, un milieu & une fin

le dyptique "casino/quantum" est l'equivalent de "batman begins" (bond acquiere le statut de "00" & se fait trahir par vesper lynd, ce qui conditionnera son comportement avec les femmes pour la suite), tandis que "skyfall" est a rapprocher de "dark knight" en tant que pivot de la saga (avec sonl mechant charismatique, nemesis du heros & mort d'un alié de longue date, rachel dawes pour batman & "M" pour bond) ; enfin les 2 derniers films avec craig (qui pourraient aussi etre un dyptique) seront proches, je pense, de "dark knight rise" & mettre en scene une certaine "fin" dans l'histoire de ce heros ; ce qui n'empechera pas les producteurs de faire d'autres films par la suite avec un autre acteur

j'aimerai tellement qu'ils procedent ainsi ; en tout cas quand j'ai vu "skyfall" c'est vraiment l'impression que ça m'a fait !

André COTE 21/12/2012 01:34

6 si tu comptes Daniel Craig, en effet. :D

7 ou plus si on comptes le parodique "Casino Royale" où Bond est interprété par David Niven... qui demande au MI-6 de donner l'identité de "James Bond" à tout les agents secrets pour qu'il puisse débusquer celui qui a mis un contrat sur sa tête : sympa le mec, pour se protéger, il met une cible sur les autres. ;-)

Sinon, j'ai arrêté la lecture de bon nombre de magazines cinés, pourquoi ? il y a des arguments qui se retrouvent dans mon analyse ?

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