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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

09 Jan

N.I.H. Alertes médicales : les Experts version SAMU

Publié par André COTE  - Catégories :  #N.I.H., #forensic show, #Medical Investigation, #Neal McDonough, #C.S.I., #NBC, #Alertes Médicales, #Kelli Williams

 
 
 
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le succès des Experts a littéralement créé un genre en soi. On l'appelle le « forensic show », que l'on peut traduire par « série avec des légistes ». Issu de cette vague, on trouve N.I.H. Alertes Médicales, avec ses spécialistes en médecine. Bien que n'ayant pas survécu au-delà de 20 épisodes, ce « forensic show » ne démérite pas face à d'autres déclinaisons du genre qui ont, elles, rencontré le succès. Du moins, si on écarte un quelconque soin dans la vraisemblance, puisque celle qui nous occupe tire beaucoup sur la corde afin de donner plus d'efficacité à sa narration.

Mais d'abord, interrogeons-nous sur le séisme Les Experts, ou C.S.I., soit Crime Scene Investigation. Quand la série produite par Jerry Bruckheimer commence sa diffusion en 2000, personne ne mise un kopeck dessus. Il faut dire que le concept n'a pas grand chose d'attractif : une série policière du point de vue des scientifiques, autrement dit, ceux qui passent leur temps à examiner les preuves. Un postulat qui oblitère toute dimension de spectaculaire (difficile de caser des fusillades et autres course-poursuite dans ce contexte) et de glamour (encore que, les têtes d'affiches sont loin d'être des laiderons). Cependant, il faut bien comprendre que CSI n'impose pas une nouvelle structure, elle ne fait que renouveler une forme de récit, celle de la detective story à la Sherlock Holmes, car les méthodes de Grissom, le chef des experts, y renvoient.
 
 
 
De cette manière, lorsque la chaîne NBC lance Medical Investigation, nul doute qu'il s'agit d'une tentative pour surfer sur le succès de CSI. Après tout, la première série dérivée, Les Experts-Miami, est un si grand succès qu'une seconde est déjà dans les tuyaux : Les Experts-Manhattan pour ceux qui ont du mal à suivre. Sans compter que CBS a même réussi son coup avec un autre cop show, vendu comme une sorte de copie des Experts : NCIS avec ses enquêteurs de l'Armée.

Toutefois, si NCIS est étiqueté « sous-CSI » par le marketing, un petit coup d’œil suffit pour se rendre compte que nous sommes plus proche de la série « grand public » que du « cop show » : le cabotinage des acteurs (savoureux, il faut le reconnaître) est mis en avant au détriment des enquêtes, les recherches proprement dites sont traités par dessus la jambe (les scènes en question s'avèrent des prétextes pour laisser libre court à la fantaisie des personnages) et les intrigues sont un brin répétitives car les thématiques sortent rarement du cadre du terrorisme et des meurtres, ceci dit, vu la juridiction limitée de nos agents, cela n'est guère étonnant.
 
 
 
Ainsi, il est amusant de constater que la traduction française a opté pour un titre à sigle : N.I.H.. De ce fait, alors que la version originale, Medical Investigation, renvoie plus volontiers à la série qui a inspiré cette mouvance (le I de Investigation), la traduction française a plutôt opté pour s'aligner sur le syndrome de la copie : NCIS ? NIH ? Il est aisé de faire des lapsus durant une conversation. En même temps, il est vrai que Enquêteurs médicaux, traduction littérale du titre original, ça sonne moyen.

Néanmoins, dès le premier épisode, la série trouve son ton, même si elle en assume certains codes. Le générique tout d'abord, parvient à installer un climat d'urgence en quelques secondes, en quelques notes. Les personnages s'approchent en groupe vers la caméra, au ralenti qui plus est, sortant d'un hélicoptère qui vient d'atterrir. Ensuite on voit s'enchaîner des images avec des gyrophares, puis des laboratoires et autres étiquettes « En Quarantaine », pour évoquer les domaines de leurs expertises. Le message est clair : quand la situation est désespérée, c'est vers eux, les spécialistes des épidémies en tout genre qu'il faut se tourner.
 
 
 
 
La structure des épisodes donne la part belle à la recherche, au point que l'on se croyait presque dans une adaptation de Alerte ! en série télé. Alerte ! est un film de 1995 de Wolgang Petersen avec Dustin Hoffman. On y voit Hoffman dans le rôle d'un Colonel qui cherche à empêcher la propagation sur le sol américain d'une variante du virus Ébola. NIH fait de même et le responsable, le Docteur Stephen Connor, incarné par Neal McDonough (Boomtown, Justified et Captain America : First Avenger), se voit même gratifier de scènes de reconstitution : il visite les lieux où la contamination a commencé et visualise les circonstances qui ont amené à la transmission de la maladie.

En fait, la série est haletante grâce à sa tension permanente et son casting solide. Neal McDonough a un charisme qui lui permettrait de porter la série sur ses seules épaules, mais ce serait omettre la présence de ses partenaires à ses côtés. Eux aussi ont du répondant, que ce soit Kelli Williams en Docteur Durand, parfaite en femme forte affrontant les situations de plus en plus tendues (il faut dire qu'elle a été à bon école en étant l'une des vedettes de The Practice de David E. Kelley), Christopher Gorham réussit le tour de force de ne pas être énervant dans le sempiternel rôle du petit surdoué. Quant à Anna Belknapp, elle est la petite surprise du casting, on aurait cru qu'elle se serait vite effacée dans son rôle d'attachée de presse, mais au contraire, elle se montre très à l'aise et coriace. À vrai dire, seul Troy Winbush, malgré ses efforts, a du mal à exister.
 
 
 
 
L'insuccès de NIH peut sans doute s'expliquer par la tendance à tordre certaines règles de la vraisemblance. Bon passons sur le fait que, dans la réalité, le NIH est juste l'équipe de recherche, qui ne vient jamais sur le terrain. Après tout, tout les « forensic show » commettent ce genre d'erreur, que ce soit Les Experts ou Dexter, on voit les légistes agir comme des enquêteurs et interroger les témoins. On constate surtout certains abus dans les termes scientifiques. Si les événements relatés avaient une quelconque vraisemblance, on pourrait se demander comment cela se fait-il qu'il n'y ait pas d'épidémies dans les grandes villes... toutes les semaines, vu  l'aisance d'un virus à se propager. Le souci est la facilité avec laquelle les scénaristes ont de nous proposer des variantes au virus Ebola chaque semaine. De plus, certains ont même tiqués sur les idéologies des scénarii un peu orientés idéologiquement : l'une des épidémie est causé par du cannabis, une autre à cause d'un artiste mort du Sida...

Dès lors, NIH n'aura vécu que le temps d'une saison, et, comme bien d'autres, est tombé dans l'oubli. Pourtant, elle semble avoir influencé certaines qui ont rencontré le succès par la suite. Je pense par exemple à Esprits Criminels qui reprend plusieurs codes en les adaptant à la sauce « cop show » : vous remplacez l'épidémie par un tueur en série, et vous obtenez le même résultat. Le sentiment de déjà-vu est d'autant plus renforcé par la présence des personnages de l'attachée de presse et du petit génie.

Sans doute victime d'une mode qui tirait à sa fin, NIH n'est pas parvenu à rencontré son public. Trop répétitif malgré une mécanique bien huilée, les ficelles sont de plus en plus flagrantes alors qu'elles sont utilisées à bon escient. Les situations sont si redondantes qu'elles en deviennent prévisibles. La mise en scène reste efficace, mais il ne faut pas en demander plus qu'un divertissement bien rythmé qui arrive à tenir en haleine le temps d'un épisode. En soi, c'est déjà pas si mal.

Photo Credit : NBC
N.I.H. Alertes médicales : les Experts version SAMU
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