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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

01 Jan

Boardwalk Empire : Dans l'ombre de Tony

Publié par André COTE  - Catégories :  #Les Sopranos, #HBO, #Prohibition, #gangster, #Martin Scorsese, #Terence Winter, #Steve Buscemi, #Boardwalk Empire

 

Pendant de longues années, les productions télévisuelles ont été victimes du préjugé qu'elles ne pouvaient pas offrir des œuvres mémorables, ou du moins qui arrivaient à la cheville des long-métrages au cinéma. En un peu plus d'une décennie, ce jugement hâtif s'est étiolé. Il faut dire qu'avec l'émergence des chaînes câblées, le public français a pu découvrir une pléthore de productions qui ont donné tort à ce cliché. Certaines séries ont même marqué les esprits au point d'avoir acquis un statut de classique qui dépasse leur cadre télévisuel.

 

 

Parmi celles-ci, on compte Les Sopranos, créée par David Chase, pour la chaîne HBO de 1999 à 2007. On y voit un père de famille, Tony de son prénom, qui est parrain d'une mafia. Le ton oscille entre situation humoristique (Tony a du mal à se faire respecter dans son foyer, il suit une thérapie en allant voir une psy à cause d'une crise cardiaque,...) et récit dramatique puisque l'on voit des passages à tabac et autres règlements de compte. Pour beaucoup, cette série fut comme une révélation, puisque c'était la première fois pour eux qu'une fiction télévisuelle avait un casting de « gueules » (ils ont tous fait des films de gangster, quelques-uns sont même apparus chez ceux de Martin Scorsese, ça, c'est de la référence en béton), un visuel soigné dans ses cadrages et sa lumière, sans compter un rythme qui n'a pas peur de donner la part belle aux acteurs en ralentissant l'action.

 

 

 

 

Par conséquent, lorsque le projet Boardwalk Empire a été annoncé, il était aisé d'y voir là une tentative de la chaîne pour trouver une œuvre d'une qualité semblable à la création de Chase. En effet, adapté d'un roman, Boardwalk Empire a comme point commun avec Les Sopranos de parler du grand banditisme, la différence étant de se situer au début de la Prohibition et non à notre époque. La présence, derrière la caméra, de Martin Scorsese lui-même lors du premier épisode amènera quelques amalgames puisque plusieurs papiers affirmeront que se serait lui qui dirigerait la série entière. Il a beau être crédité en tant que producteur, le vrai responsable, ou showrunner comme on dit dans le jardon, est Terence Winter, un des scénaristes des Sopranos.

 

 
Ainsi, entre la chaîne et ce scénariste, tout concourt à voir en Boardwalk Empire une œuvre où plane constamment l'ombre de la série de David Chase. Au niveau esthétique tout d'abord, puisque les cadrages (contre-plongées, plan d'ensemble,... ) et le rythme lent renvoient fortement à la fiction avec Tony Soprano. La présence de Steve Buscemi en vedette y est aussi pour quelque chose dans cette réminiscence : l'acteur, familier des films des frères Coens (Fargo, The Big Lebowski), a eut un rôle marquant dans l'univers des Sopranos. Le tout est de savoir si la mayonnaise allait prendre une nouvelle fois.

 

 

 

C'est un peu là que ça se gâte, car si la création de Terence Winter dégage un capital sympathie en raison des moyens affichés (on sent une ambition derrière chaque plan et la volonté de donner un spectacle de qualité), il y a tout de même quelques différences avec le modèle qui risquent de diviser une partie du public. Du côté des similitudes, on ressent un énorme travail de la part du dialoguiste, une caractéristique propre au film de gangster, puisque les répliques sont souvent à double sens. Le téléspectateurs est donc contraint d'être attentif pour discerner le fil rouge de chaque histoire et de comprendre l'influence des mots prononcés, qu'ils soient révélateurs de la psychologie des personnage ou qu'ils aient un impact sur l'action. Ici, une parole a priori banale peut avoir de grandes conséquences, même si la sobriété de la mise en scène n'est pas suffisamment explicite : à peine un plan bien appuyé, mais pas de petite musique dramatique pour signaler l'importance de la réplique.

 

 
Une fois cette contrainte passée, on peut se laisser emporter par l'ascension de Nucky Thompson (Steve Buscemi donc) dans son trafic illégal d'alcool pendant la Prohibition. A l'instar des Sopranos, les épisodes se focalisent autant sur les affaires criminelles que sur les proches des gangsters. On suit même l'agent spécial qui a fait de sa lutte contre ce trafic une vraie croisade tant il est extrémiste dans ses décisions : il profite d'un baptême au bord d'une rivière pour noyer un de ses partenaires qu'il soupçonnait d'être une taupe. Sur ce point, ceux qui cherchaient une fiction ambitieuse avec Boardwalk Empire seront aux anges. Les scénaristes multiplient les personnages secondaires de différentes classes sociales, ce qui offre à la série plusieurs perspectives : Nucky Thompson gère ses affaires derrière son bureau, ce qui a tendance à le couper du monde de la rue, alors que son protégé, Jimmy Darmody (Michael Pitt, déjà vu dans... Dawson) semble se forcer à le quitter. 

 

 

 

Cependant, ce qui distingue véritablement Boardwalk Empire des Sopranos, c'est sans doute l'enchaînement quasi-naturel des plans. La nouvelle série paraît être handicapée par la volonté des auteurs à vouloir marcher sur les traces de leur aîné, ou du moins, à tenter de reproduire l'aura du modèle. Or, la création de David Chase ne souffrait pas de l'effet « exemple à suivre » et tout dans la production respirait le naturel, que ce soit dans l'interprétation ou le montage. Ici, il semble que les acteurs autour de Buscemi prennent la pose comme si chaque plan était conçu comme une photo.

 

 
En même temps, il faut le reconnaître, cela renforce l'impression d'une production de luxe qui donne un charme à l'entreprise. Par ailleurs, la mise en scène rend justice à une production design somptueuse au point de hisser la série de Terence Winter parmi les meilleures à l'heure actuelle. C'est pourtant cette aptitude à privilégier la forme plutôt que le fond qui peut rebuter le grand public simplement désireux de se divertir le temps d'une petite heure.

 

 

 

Un constant fort dommageable, d'autant plus que le fil rouge que nous propose les saisons offrent des vrais tragédies. Lors du début de la saison 2, une guerre des gangs entre le réseau de Thompson et celui de Chicago est annoncée, Al Capone, déjà introduit l'année précédente, est donc amené à prendre plus d'importance par la suite, et Darmody rejoint l'ennemi, ce qui promet une lutte fratricide des plus intenses. A cet égard, il faut souligner la rareté des scènes d'actions, il y a peu de coup de pistolet ou de morts, mais elles sont marquantes car ont un impact sur la narration.

 

 
En somme, si Boardwalk Empire peut décevoir quelque peu, c'est avant tout à cause du modèle pesant qu'elle a sur ses épaules. Il est difficile de se hisser au niveau des classiques, et il faudra attendre quelques saisons pour savoir si la production de Winter mérite elle aussi ses galons d’œuvres incontournables de la petite lucarne. Néanmoins, il faut aussi se rappeler que Les Sopranos ont duré 6 saisons, ce qui a permis d'explorer plusieurs facettes de ses personnages. Boardwalk Empire vient de finir sa 3e et une 4e vient d'être commandé. Elle s'installe donc, elle aussi, doucement mais sûrement.
 
Photo credits : HBO
Boardwalk Empire : Dans l'ombre de Tony
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Anonymous 01/01/2013 14:39

je suis d'accord avec toi,cette série s’installe & comme le bon vin,elle ce bonifiera avec le temps mais les 3 premières sont génial,vivement la suite

Nicolas

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