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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

08 Feb

Karen Sisco : la plus jazzy des marshals

Publié par André COTE  - Catégories :  #cop show, #Karen Sisco, #Robert Forster, #ABC, #Out of Sight, #Hors de Portée, #Carla Gugino, #Elmore Leonard

 

 

 

 
 
Si il y a bien une chose qu'un producteur ne peut prévoir, c'est bien la réaction du public. Le cinéma et la télévision, quelque part, c'est comme la cuisine, les ingrédients ont beau être les meilleurs qui soient, il n'est jamais certain que le public réponde présent à l'appel. Celui-ci peut très bien réagir favorablement une première fois et être aux abonnés absents ensuite.

Comment expliquer une telle déconvenue ? Peut-être simplement dans les caractéristiques d'un média qui ne correspondent pas aux attentes du public propre à un autre média justement. En l'occurrence, la série Karen Sisco, créée par Jason Smilovic, diffusée en 2003, est l'adaptation du film Hors d'atteinte (Out of Sight) de Steven Soderbergh sorti en 1998. Et encore, le terme « adaptation » est à prendre avec des pincettes, tant elle prend vite ses distances avec le long-métrage. Le point commun immédiatement identifiable réside dans la présence du personnage féminin éponyme et dont la vie a été réaménagée pour permettre son existence dans le cadre d'un format télévisuel.
 
 
 
 
De ce fait, dans le long-métrage, notre attention était focalisée sur les rapports entre Karen Sisco, marshal fédéral des États-Unis, interprétée par Jennifer Lopez, et du fugitif qu'elle doit capturer, Jack Foley, incarné par George Clooney, qui sortait de Urgences et surtout du bide de Batman et Robin. La série, elle, n'évoque jamais cette love-story (le personnage de Jack Foley n'est même pas mentionné pour tout dire) et présente Sisco en agent tenace enchaînant les missions. Dans le rôle éponyme, on retrouve Carla Gugino à la place de Lopez. L'air de rien, Gugino est peut-être la meilleure surprise de l'entreprise. En femme forte, sensuelle et coriace, elle se montre plus convaincante que l'actrice qui la précède. À l'époque, Carla Gugino était populaire grâce à la sitcom Spin City où elle jouait la petite amie de Michael J. Fox, certains ont pu la remarquer dans Snake Eyes de Brian de Palma et même la trilogie Spy Kids, sans compter sa participation à Chicago Hope de David E. Kelley. Depuis, on a pu la voir aussi bien au ciné, dans Sin City et Watchmen, ou dans les séries télés comme dans Californication et Politic Animals.

Dans Karen Sisco et contrairement au film de Soderbergh donc, l'accent est mis sur le travail de Sisco et ses relations avec son entourage. Comme le titre l'indique, c'est l'actrice qui porte la série sur ses épaules, mais pour se faire, elle peut compter sur son père, incarné par Robert Forster (le rôle était tenu par Dennis Farina dans le film) et son patron Amos Andrews, interprété par Bill Duke. Ses deux acteurs sont ce qu'on appelle des visages familiers pour le public. Dans les années 80, Bill Duke a côtoyé Arnold Schwarzenegger dans Predator et Commando. Robert Forster, lui, est même un habitué de l'univers de l'auteur, Elmore Léonard, qui a inspiré cette série. Forster a joué dans Jackie Brown, de Quentin Tarantino, qui adaptant un autre roman de Léonard. Ce nom ne vous dit peut-être rien, pourtant, vous connaissez son style, sa patte, que l'on approfondira un peu plus tard.
 
 
En fait, au premier abord avec Karen Sisco, on pourrait croire qu'il s'agit d'une simple exploitation de franchise (on prend juste un ou deux personnages sans prolonger l'univers du métrage), les choses sont un peu plus complexes que ça. Si ce cop show n'affiche aucune relation avec le film dont il s'inspire au niveau de l'histoire, en revanche, elle parvient à en retrouver quelques  réminiscences dans l'ambiance. Cette production de Smilovic tente juste d'adapter sous un format serialesque quelques caractéristiques du long-métrage de Sodergerh : ce dernier avait réussit à imprégner un ton jazzy et langoureux pour rythmer les aventures de Foley et Sisco, c'est cet aspect que reproduit la production télé, avec son image de carte postale.

Il faut prendre en considération que le cinéma et la télévision ont chacun des avantages et des contraintes qui leur sont propres. Un long-métrage nécessite plusieurs mois de préparation pour offrir une moyenne de deux heures de visionnage. Une série télé n'a, elle, que quelques mois pour, au final, obtenir plusieurs heures d'images, puisque l'on parle bien de plusieurs épisodes de 40 minutes. Je vous laisse imaginer l'ampleur qu'un tel système de production impose pour permettre de fournir un certain niveau de qualité.
 
 
On évoquait l'écrivain Elmore Léonard quelques lignes plus haut. Il se trouve que Hors d'atteinte est une adaptation d'un de ses romans, tout comme l'est Jackie Brown, auquel la présence de Robert Forster renvoie. Et le réalisateur Quentin Tarantino se veut même un héritier cinématographique de cet auteur en ayant adopté quelques unes de ces caractéristiques : le penchant du cinéaste pour les dialogues à outrance vient de Léonard. Une autre de ses caractéristiques réside dans l'enchaînement rocambolesque des péripéties, à la limite de la parodie. Une facette que l'on retrouve dans Karen Sisco, fidèlement transposée.
 
 
 
 
 
Malheureusement, le côté cop show décalé n'a pas trouvé son public ce qui lui a valu une annulation au bout de 7 épisodes. C'est bien dommage, en l'état Karen Sisco promettait d'apporter un peu de fraîcheur dans un genre ultra-codifié. Notez qu'au passage, ceux qui suivent Justified ont pu apercevoir le retour de Carla Gugino dans la peau de ce marshal l'espace d'un épisode. Une brève apparition dans la logique des romans de Léonard, puisque les deux personnages appartiennent au même univers littéraire. Un petit clin d’œil qui vient rappeler le potentiel que le personnage avait et n'a pas su être exploité convenablement.
 
Photo Credits : ABC
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