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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

27 Feb

Teen Wolf : il est temps de montrer les crocs

Publié par André COTE  - Catégories :  #loup-garou, #werewolf, #Teen Wolf, #Linden Ashby, #teen show, #MTV

 
En 1985, le film Teen Wolf sort au cinéma, c'est une pure production estivale conçue pour satisfaire les fans de Michael J. Fox. À l'époque, l'acteur est au firmament de sa gloire avec le succès de Retour vers le futur sorti 2 mois auparavant et la sitcom Sacrée Famille dont il tient la vedette. En 2011, MTV diffuse Teen Wolf, une série fantastique pour les ados qui semble uniquement destinée à jouer les bouche-trous dans les programmes de la chaîne durant l'été. Bien que le postulat de ses deux productions sont similaires, les résultats sont aux antipodes l'un de l'autre, au point qu'utiliser le terme d'adaptation paraît un peu abusif. Autant le dire tout de suite, si on s'amuse à les comparer, l'avantage ne va pas forcément à celui que l'on croit.
 
 
 
En effet, il est plus facile de jouer au jeu des 7 différences que de trouver des points communs. Les concepts se veulent semblables puisque nous avons dans les deux cas un adolescent qui joue de ses nouvelles facultés de lycanthrope pour s'intégrer dans les activités de son lycée. Cependant, dans le long-métrage, l'ambiance est plutôt bon enfant (c'est un euphémisme) puisque le personnage principal, nommé Scott Howard, affiche ouvertement sa nature de loup-garou aux yeux de tous, jusqu'à devenir la nouvelle mascotte de son équipe de basket-ball. Hors de question de se la jouer tourmenté, c'est l'été, il faut chaud, on est là pour se détendre entre amis, entre une journée à la plage et une soirée pizza-bière. La transformation n'est même pas due à la morsure d'un animal sauvage, mais juste à une malédiction qui se transmet de père en fils. Une caractéristique qui, l'air de rien, permet de mettre à l'as toute la dimension menaçante que le mythe est censé inspirer : même en loup-garou, Scott peut se contrôler. Dans sa version cathodique de 2011, on revient aux fondamentaux, puisqu'ici le personnage se fait bel et bien mordre par un animal mystérieux en pleine forêt. L'ambiance se veut sombre, on est là plus proche d'un vrai film d'horreur.
 
Dans ce même esprit de classicisme, notre adolescent, appelé Scott McCall (et non Howard), va passer son temps à chercher la nature de ce qui l'a mordu. Pour se faire, il peut compter sur l'aide de son meilleur pote, Stiles, qui se trouve être le fils du shérif (joué par Linden Ashby, que les amateurs de film de baston connaissent pour être le Johnny Cage de Mortal Kombat), et se met à flirter avec une des filles de son bahut, Allison Argent. Au premier abord, rien de neuf, MTV affiche ouvertement ses ambitions de marcher sur les plates bandes de la CW et des suceurs de sang de The Vampire Diaries. On en veut pour preuve la dérive un peu soap de Teen Wolf dont les ingrédients ont dépassé depuis des lustres la date de péremption : Scott qui refuse de révéler sa situation à quiconque alors que son état s'aggrave, le père de Stiles qui n'est autre que le shérif du patelin et Allison qui vient d'une famille de chasseurs de loups-garous, de ses ennemis donc. Scott McCall a tout l'air du « poissard de service » pour pouvoir servir au mieux les intérêts des scénaristes.
 
 
Or, il faut reconnaître que la première saison, aussi poussive soit-elle, a le mérite d'installer un contexte solide. Les seuls bémols proviennent de l'aspect technique. Si l'ambiance ténébreuse est bien rendue, les effets spéciaux et les maquillages laissent, eux, à désirer. Pour grimer l'acteur, on se contente de quelques poils en plus sur le visage de Tyler Posey (à l'aise en Scott McCall, mais peu charismatique en lycanthrope, voire ridicule), ainsi qu'à une petite lueur rougeâtre dans ses yeux. Ces effets un peu datés confèrent néanmoins un capital sympathie non négligeable à l'entreprise. Cet aspect fait écho autant au traitement de l'intrigue qu'au rythme un peu laborieux et elle aboutit à la nette impression que l'on se croirait dans une production des années 80 : Stiles rappelle le comparse du héros dans Vampire, vous avez dit vampire ?, le shérif est toujours un homme à l'esprit obtus avec un train de retard, et on a même droit à un épisode se déroulant  quasi entièrement au lycée en pleine nuit, dans une ambiance proche des Bal de l'Horreur et autres Carrie au bal du diable.
 
De cette manière, la seconde saison s'est révélée déterminante pour savoir si les auteurs allaient persister dans cette voie, ou si ils allaient se contenter de tirer à la ligne et presser le potentiel exposé l'année précédente. C'est là que les surprises commencent, l'épisode de reprise remet efficacement à plat la situation. Dorénavant, Scott est intronisé chef de sa petite bande. Il essaie de vivre tant bien que mal dans cette petite bourgade, sans faire un pas de travers, les chasseurs l'ayant à l’œil, tout en résistant à la proposition de Derek, un Alpha, qui voudrait le former dans l'optique de le recruter dans sa meute. La quiétude est rompue avec la disparition d'une lycéenne, et surtout, avec l'apparition d'un mystérieux monstre qui met à mal la trêve tacite entre les personnages.
 
 
Ainsi, les auteurs n'hésitent pas à introduire de nouveaux enjeux permettant à la saison de décoller très rapidement. Si l'on peut avoir quelques réserves sur l'identité de la créature qui renforce la nature soapesque du show (j'aurais bien aimé galéré un peu plus pour deviner qui se cache vraiment derrière cet être mi-humain mi-métamorphe) il faut bien admettre que ce fil rouge permet à Teen Wolf d'enchaîner les rebondissements et les coups de théâtre à un rythme soutenu.
 
Et si encore les améliorations ne concernaient que l'écriture, mais même du côté technique et de la mise en scène, Teen Wolf passe un cap. Tout d'abord, le nouveau générique, plus sensuel et dynamique, doté d'un refrain entraînant, au point que l'on regrette sa trop courte durée de 50 secondes. Il est loin le temps où les génériques faisaient 2 minutes. Ensuite, le montage est plus enlevé et soigné, les effets spéciaux et les maquillages sont plus convaincants (Derek gagne enfin une aura de badguy) de même que les combats sont plus percutants : une rixe à mains nues dans les vestiaires semble citer le True Lies de James Cameron. Dans l'ensemble, on remarque ici et là plusieurs tentatives pour installer une tonalité particulière, autrement dit de donner du relief à la mise en scène pour mieux servir l'histoire, et non de se contenter de suivre les personnages : il y a des ruptures de ton et l'utilisation du premier et second degré est mieux maîtrisé. On doit sans doute y voir là le résultat de l'alchimie entre la réalisation de Russel Mulcahy et l'écriture de Jeff Davis.
 
 
Pour les plus jeunes, Russel Mulcahy a eu son heure de gloire dans les années 80, en mettant en boite Highlander, l'un des films qui a révélé l'acteur Christophe Lambert. Highlander, c'est d'abord le long-métrage où l'on voit des immortels s'entre-tuaient dans des duels à l'épée, par décapitation. Le metteur en scène n'ayant pas réussi à faire évoluer sa mise en image en deux décennies, il est presque naturel pour lui de ressortir ses vieux trucs et astuces, comme des filtres rouges pour la vision subjective des loups-garous ou l'utilisation abusive de ralentis pour donner de l'ampleur à des combats finalement assez mous. À ses côtés, Jeff Davis, le créateur du cop show Esprits Criminels, ou Criminal Minds en VO, qui est encore à l'antenne actuellement. Sur la teen show de MTV, c'est Davis le showrunner, donc le vrai capitaine du navire. 
 
Par conséquent, alors que Teen Wolf devait être une sorte de substitut à The Vampire Diaries, il semblerait que la copie se révèle supérieur au modèle sur bien des points. Il ne reste plus qu'à espérer que cette nouvelle série pour ados tienne ses promesses et, pourquoi pas, devienne de plus en plus ambitieuse au fil des saisons pour remplacer une bonne fois pour toutes les vampires de Mystic Falls dans le cœur du public. 
 
Photo Credits : MTV
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