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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

25 Mar

Boston Public : Bienvenue à Winslow

Publié par André COTE  - Catégories :  #Anthony Heald, #teen show, #Fox, #David E. Kelley, #Chi McBride, #Boston Public

Boston Public David E. Kelley Fox Chi McBride Anthony Heald
 
 
Il y a des concepts si alléchants sur le papier qu'ils peuvent s'avérer des pièges pour tout scénariste en manque d'inspiration. Dans toute production feuilletonnante, il y a des écueils à éviter, des tentations auxquelles il ne faut pas céder, tout ça afin d'éviter de ne pas briser l'intérêt de son propre sujet et que le public ne finisse pas par décrocher. Souvent, quand la matière est tellement abondante, les auteurs ne peuvent s'empêcher d'en faire trop afin de conserver la fidélité de leurs téléspectateurs. Ceci sans penser que ce même sujet peut être suffisamment attractif en soi pour permettre un traitement sobre. La frontière est mince entre un travail discret mais efficace et le pur je-m'en-foutisme ou même entre le désir de satisfaire un besoin de renouvellement et tomber dans la fatale surenchère.

Dès lors, le concept de Boston Public avait tout du projet casse-gueule. Plusieurs éléments du synopsis laissaient à penser que l'on avait affaire à un sempiternel teen show, puisque les histoires sortent rarement du lycée et que ce sont les préoccupations des adolescents qui sont, encore une fois, au centre des intrigues. Or, ce qui singularise cette création de David E. Kelley (à son actif ? Ally McBeal et The Practice) repose sur la nature des personnages principaux. À ce niveau, Boston Public ressemble légèrement à un négatif de Beverly Hills ou Dawson, puisque le groupe sur qui la série porte son attention (autrement dit, le « cast principal ») ne compte que... une adolescente, et encore, elle tient le rôle de responsable à l'accueil. En fait, le premier rôle est tenu par le proviseur, d'habitude relégué au rang de simple personnage récurrent, de ceux qui se contentent d'une scène de deux minutes tout les trois ou quatre épisodes pour exister.
 
 
Boston Public David E. Kelley Fox Chi McBride Anthony Heald
 
De cette manière, notre producteur et scénariste parvient à trouver une idée qui pourrait l'aider à sortir de la déroute de son dernier né. Effectivement, si David E. Kelley était au sommet de sa gloire avec ses séries d'avocats, au point de faire partie des producteurs vedettes des années 90 comme Steven Bochco et Chris Carter, il a rencontré un échec retentissant avec Snoops, une série policière presque jumelle des Dessous de Palm Beach. Il se devait de revenir à ses premières amours et retrouver un cadre dramatique, en abordant des thèmes graves, et où le second degré viendrait doucement s'immiscer.

C'est donc chose faîte avec Boston Public. Nous sommes ici dans les enceintes du lycée de Winslow. La série repose principalement sur les épaules du proviseur Harper (Chi McBride) qui circule à son aise dans les couloirs afin de rester à l'écoute des lycéens et de ses enseignants. Pour gérer l'établissement, il peut compter sur l'aide de son adjoint, Scott Guber (Anthony Heald). Du moins, le terme « aider » n'est peut être pas juste, puisque l'excès de zèle de Guber est souvent la source de l'humour de la série. Scott Guber est quelqu'un de rigide dont la vie repose sur le respect strict du règlement, autant vous dire que le quotidien d'un lycée public comme Winslow regorge de situations mettant à mal l'autorité de Guber. Pour le plus grand plaisir du spectateur.
 
Boston Public David E. Kelley Fox Chi McBride Anthony Heald
 
En se focalisant sur le corps enseignant et en faisant des préoccupations des lycéens le centre des thématiques, on se croirait presque dans une version « teen show » de À La Maison Blanche (The West Wing en VO). À la différence près que le staff du Président Bartlet est remplacé par les professeurs et les débats politiques autour d'un verre deviennent des discussions devant la machine à café. David E. Kelley reprend même le gimmick des personnages discutant en marchant détour d'un couloir, ici en route pour leurs salles de cours. Bon, il faut bien l'avouer, il se pourrait très bien que ce gimmick provienne de Urgences... ou même plutôt de Hill Street Blues, un cop show impopulaire en France mais qui est une référence Outre-Atlantique.

Tout se passe à la perfection lors des deux premières saisons. Boston Public traite de thématiques intéressantes, en particulier celui de la méthodologie à appliquer la plus pertinente et la plus abordable pour un établissement publique, autrement dit de la difficulté de la pédagogie dans les milieux défavorisés. Ses débats de société sont mêlés harmonieusement avec les intrigues feuilletonesques plus sentimentales (évidemment, notre adjoint a le béguin pour une enseignante... qui a déjà un penchant pour un autre prof) mais la série trouve son équilibre entre fiction et réflexion : les profs sont donc préoccupés entre autres par leur problème de cœur, mais surtout par le sort de leurs élèves.
 
Boston Public David E. Kelley Fox Chi McBride Anthony Heald
 
 
Hélas, tout commence à se fissurer après trois saisons. David E. Kelley tente la surenchère pour garder son public en haleine, mais il ne fait que tomber dans un ridicule de plus en plus poussif. J'en veux pour prendre cette intrigue d'un lycéen qui perd les pédales suite à la sévérité de sa mère. Pour le moment, le scénariste semble s'inspirer d'un sinistre fait-divers, à la rigueur, cela pouvait renforcer la dimension réaliste du show, en illustrant les conséquences de la pression des parents sur leurs enfants. Là, où ça commence à coincer, c'est lorsque la mère pardonne à son fils, alors qu'elle fait amputer d'une main par ce dernier lors de sa séquestration... et que, de surcroît, Guber lui propose un poste d'enseignante au lycée Winslow (??!!). Effectivement, on est bien loin des qualités des débuts. Dans ces circonstances, Boston Public voit son aura de série intelligente et pertinente s'étioler, mais invente presque un concept en soi, le « teacher show » qui vire au soap le plus racoleur.

Un constat d'autant plus dommageable lorsque l'on se rappelle des premiers épisodes, quand Kelley adoptait un traitement humble qui rendait justice à son propre concept. L'ensemble des quatre saisons nous apparaît mitigé à cause de la sortie de piste à mi-parcours. Mais il serait injuste de limiter Boston Public à ce déclin. Elle reste à découvrir, ne serait-ce pour le duo Chi McBride  et Anthony Heald, mais aussi pour la capacité du David E. Kelley à rendre ses personnages attachants.
 
Photo Credits : Fox
Boston Public : Bienvenue à Winslow
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