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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

27 Apr

Cold Case : les fantômes des jours passées

Publié par André COTE  - Catégories :  #Les Experts, #Cold Case, #Meredith Stiehm, #Jerry Bruckheimer, #FBI : Portés Disparus, #CBS, #Without a Trace, #CSI

 
 
Il va falloir s'y faire, pour le téléspectateur lambda, le nom de Jerry Bruckheimer est associé à jamais à la franchise CSI, Les Experts en version française. Du moins, en ce qui concerne le domaine télévisuel, le monsieur étant déjà un producteur à succès au cinéma, dont plusieurs films de Michael Bay (Armageddon, Bad Boys et autres Pearl Harbor) et la saga des Pirates du Caraïbes, sans compter les métrages qu'il a produit en binôme avec Don Simpson, comme Top Gun et Le Flic de Beverly Hills. Pourtant, son studio Jerry Bruckheimer Television a été derrière pas moins d'une dizaine de séries télés. Les différents Experts sont évidemment les plus populaires (surtout ceux de Miami avec Horatio « Je bosse en secret pour Calvin Klein » Caine, qui n'est pourtant qu'un spin-off de Las Vegas, créée par Anthony Zuiker) mais d'autres ont réussi à faire leur petit bonhomme de chemin en parallèle. Je pense notamment à FBI : Portés Disparus de Hank Steinberg mais surtout à Cold Case, et ,à elles deux, elles sont parvenues à renouveler un canevas pourtant des plus galvaudés.
 
 
En effet, elles ont comme point commun d'avoir poussé le concept du cop show jusqu'à côtoyer le genre de l'anthologie. Que ce soit dans FBI : Porté Disparus (Without A Trace) ou dans Cold Case, les enquêteurs sont réduits à n'être que des vecteurs permettant de faire un lien entre les différentes histoires. Dans leur première saison du moins, la vie privée des inspecteurs est réduite au strict minimum et leur caractérisation se limite à de simple stéréotype : l'inspectrice Lily Rush (la blonde et un peu pâle Kathryn Morris), qui tient la vedette, est donc une célibataire endurcie qui se voue corps et âme à son travail ; son supérieur, John Stillman (le dégarni John Finn) la transfère à la section des Cold Case, où l'on s'occupe d'anciens dossiers classés sans suite, là, elle y est rejoint par deux autres inspecteurs vieux de la vieille, le désabusé Nick Vera et le vétéran Will Jeffries, sans oublier les jeunes Scott Valens et Kat Miller.
 
Dans un esprit proche de FBI : Portés Disparus, Cold Case décrit des personnages à fleur de peau et s'est sans doute à Meredith Stiehm, la créatrice, que l'on doit cette sensibilité. Stiehm est une scénariste qui a travaillé sur Urgences et NYPD Blue, autrement dit deux feuilletons qui ont fait date dans l'Histoire de la télévision. Actuellement elle œuvre sur Homeland, un des derniers succès critique de la chaîne du câble AMC.

 

 

 

Dans la production de Bruckheimer (Cold Case donc), Stiehm décrit une équipe dont les relations se résument à de simples conversations à la machine à café ou aux portes des ascenseurs. En fait, les personnages qui ont toute notre attention sont les défunts et ce, pour une raison très simple : les épisodes sont des successions de flashbacks où l'on retrouve la victime et ses proches peu avant les funestes événements. De ce fait, les scènes d'enquêtes avec l'équipe pourraient être perçues comme de simples tentatives pour lier les épisodes entre eux (la découverte d'un élément ou un témoignage présente l'affaire, les inspecteurs explicitent les causes et les effets pour justifier l'enchaînement des témoignages et donc de la succession des flashbacks), les récits n'ayant aucun lien et aucun point commun, si n'est une issue tragique.

 

 
De cette manière, ce qui émane le plus de Cold Case est un sentiment de mélancolie. En s'occupant d'affaires que tout le monde à oublier, nos inspecteurs paraissent constamment en décalage en se souciant d'événements qui peuvent avoir eu lieu plusieurs décennies en arrière. Voire même pire, ils ont l'air de remuer le couteau dans la plaie en interrogeant des personnes qui ont réussi à refaire leur vie depuis. On peut alors se demander ce qu'il peut y avoir de plus atroce : faire son deuil sans connaître les circonstances de la mort d'un ami, ou apprendre, 20 ans plus tard, la vérité sur nos proches et leur lien avec la mort d'une de nos connaissances.
 
 
 
Cette dimension de décalage procure un sentiment d'entre-deux mondes renforcé par le travail sur la photographie. Alors que les flashbacks utilisent des couleurs criardes pour accentuer cet effet de souvenirs, les scènes se déroulant à notre époque (durant l'enquête) se font avec une lumière surexposée, tendant vers le gris. De ce fait, visuellement, nos inspecteurs renvoient à des anges venus d'un au-delà pour châtier ceux qui sont parvenus à passer à travers les mailles du filet. Un effet d'autant plus renforcé par l'apparition du défunt (en fantôme ou en hallucination ? Ce n'est jamais précisé, mais qu'importe la symbolique est présente) lors de l'arrestation de son meurtrier. Des épilogues toujours remplis d'émotion, au frontière du pathos, abusant de ralentis et d'une seule musique en fond sonore. 
 
D'ailleurs, au niveau musical, il faut souligner le traitement particulier de Cold Case. La plupart des productions télévisuelles sont composés à 95 % de musiques originales (comprenez par là, que les compositeurs écrivent une musique de fond spécialement pour l'épisode), celles de Cold Case sont en majorité des musiques d'époque, populaires et connues de tous. Dans le but de renforcer l'ancrage historique des histoires, le choix a été de ne sélectionner que des musiques datant des années en question. Une décision artistique qui n'est pas sans conséquence pour l'exploitation de la série, car, en état, cette caractéristique ne lui permet pas de connaître une sortie en DVD, et ce, malgré la popularité du show : les droits d'auteurs seraient trop onéreux pour être rentable, on parle tout de même d'une série pouvant utiliser jusqu'à cinq chansons par épisode, chaque saison compte 22 épisodes, faîtes le calcul.
 
 
Ainsi, chaque affaire est l'occasion d'un voyage dans le temps, au niveau sensitive (grâce à son ambiance musical) mais également sociale. A travers leurs enquêtes, la brigade explore les problèmes de notre société à différentes époques et les remet en perspective. Cold Case nous rappelle le chemin parcouru par les luttes sociales en abordant la libération des femmes, la ségrégation, la lutte des classes et j'en passe. En outre, il convient de saluer le travail au niveau du casting, les acteurs incarnant les personnages durant les flashbacks ayant toujours une ressemblance troublante avec les interprètes de l'époque présente. C'est bien simple, l'illusion est parfaite.
 
Bon, évidemment, au fil des saisons, plusieurs fils rouges se construisent autour des inspecteurs, ce qui a tendance à rendre Cold Case un brin feuilletonnant. Parmi les histoires à suivre en parallèle des enquêtes, on peut citer pêle-mêle les relations entre Valens et la sœur de Lily Rush, dont la vie de famille est compliquée ; ou le passé de chacun des inspecteurs en général. Dans l'ensemble, chaque épisode peut se voir indépendamment des autres, l'intérêt se portant sur les enquêtes bouclées lors du dénouement, comme n'importe quel cop show, mais il est préférable de regarder la série dans son ordre chronologique, pour mieux apprécier l'évolution de Lily et de ses collègues.
 
 
 
Par conséquent, la série réussit à trouver son équilibre entre l'anthologie et la série policière classique. Grâce à ses thématiques, sa mise en scène, la qualité de l'interprétation et ses choix musicaux, Cold case est certainement l'une des productions les plus intenses des studios de Jerry Bruckheimer. Une réussite que l'on doit à Meredith Stiehm, scénariste, productrice et showrunner, bref, la vraie capitaine du navire. Si il vous fallait une preuve du niveau élevé atteint par la production télévisuelle, Cold Case serait une bonne pioche.
 
Photo Credit : CBS
Cold Case : les fantômes des jours passées
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