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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

20 May

La Caravane de l'étrange : elle n'a fait que passer

Publié par André COTE  - Catégories :  #HBO, #fantastique, #Carnival, #La Caravane de l'étrange

 
Lorsque l'on enchaîne plusieurs fois succès critique et succès publique, il est naturel de croire que l'on tient la formule magique. Ce qu'il ne faut jamais oublier, lorsque l'on est sur un marché, c'est la réaction de la concurrence. Ainsi, pour HBO, passé les monuments Oz, Les Sopranos et Six Feet Under, la descente fût rude parce que les chaînes nationales, autrement dit les networks, ont dû se réveiller. Non pas que les productions de la chaîne perdaient en qualité, au contraire, mais elles peinaient à rencontrer leur public. Nous revoilà donc en 2003 et La Caravane de l'Étrange (ou Carnivale en VO) prend l'antenne, mais hélas, c'est aussi l'époque où des 24 Heures Chrono et des Lost commençaient à s'installer.
 
 
 
En effet, l'une de mes hypothèses concerne la remontée qualitative des production des chaînes nationales et, surtout, il était presque devenu un lieu commun qu'une nouvelle série de HBO soit « de prestige » et perdure plusieurs saisons, en raison de sa qualité reconnue. Or, pour qu'une série obtienne des commandes de saisons supplémentaires, il faut que le public réponde présent et c'est ce dernier qui a manqué à l'appel. Ou, plutôt, celui-ci n'a pas été suffisamment conséquent pour justifier une troisième saison  : malgré l'envoi massif de lettres, HBO a préféré éviter de continuer l'aventure au bout de 2 ans. Bon, évidemment, je simplifie à l'extrême, en omettant de prendre en compte les simples changements de politiques des chaînes (au niveau des directeurs des programmes, c'est le jeu des chaises musicales à chaque saison) et des qualités reconnues ou non à temps : chaque année, un bon nombre de séries passent à la trappe parce qu'elles n'ont pas réussi à toucher un public suffisamment large pour pouvoir s'installer.
 
 

Passées les années fastes des Six Feet Under et Sopranos, La Caravane de l'Étrange est donc une sorte de premier échec pour la chaîne. Un échec publique et non qualitatif. Peut-être moins ambitieuse qu'un Sopranos ou un Oz, elle n'en affiche pas moins d'énormes qualités qui la hisse au niveau des productions les plus prestigieuses. On y voit Ben Hawkins (Nick Stahl, qui sera quelques années plus tard John Connor dans le sous-estimé Terminator 3), orphelin de mère, rejoindre une caravane foraine. L'action se déroule durant les années 30 aux États-Unis. Visuellement, la reconstitution est époustouflante, même supérieure à l'actuelle Broadwalk Empire. On pourrait dire, comme d'habitude, le générique est magnifique, comme d'habitude, l'interprétation de haute volée (surtout que certains y retrouveront Adrienne Barbeau, une des actrices fétiches de John Carpenter, ou Clea DuVall, que beaucoup ont vu dans The Faculty ou Ghosts of Mars du même Carpenter), comme d'habitude, la réalisation est digne d'un long-métrage, tant ces trois domaines sont devenus une vraie marque de fabrique pour la chaîne.  
 
C'est sans doute au niveau des thématiques que la Caravane de l'Étrange a peut-être eu du mal toucher un public conséquent. Nous ne sommes pas ici dans un polar ou un drame, mais plutôt dans du fantastique dans tout ce que cela peut avoir de mystique. Ben Hawkins a un pouvoir de guérison, mais il ne sait pas quoi faire avec, et surtout, il est tourmenté par des rêves où il retrouve toujours la même image d'un inconnu. Le téléspectateur sait, lui, que l'homme en question n'est autre qu'un pasteur de Californie, joué par Clancy Brown (tout simplement impérial). Lui aussi a des pouvoirs et lui aussi est tourmenté dans ses rêves, mais de son côté... c'est par Ben Hawkins. Les deux suivent des trajectoires parallèles. L'une des tensions dramatiques concerne d'ailleurs la nature de leur relation : sont-ils destinés à se combattre ? Ou au contraire s'allier ? Sachant que Clancy Brown est connu pour avoir été le redoutable Kurgan du premier Highlander, on serait tenté de pencher pour la première option, mais Brown a également marqué les esprits en incarnant un gardien de prison dans Les Évadés de Frank Darabont. De ce fait, dans son rôle de pasteur, il parvient à apporter suffisamment d'ambiguïté  à son personnage (tout à tour aussi charismatique qu'un démon et ensuite plein de compassion) qu'il  contribue à renforcer le sentiment trouble de la série.
 
 
 
Évidemment, ce n'est pas pour rien si la série suit une caravane foraine, il aurait même été étonnant que son imagerie ne cultive pas une atmosphère de bizarrerie. A cet égard, certains ne manqueront pas de reconnaître que l'ambiance baigne dans un esprit assez proche d'un David Lynch. Il suffit de voir ce rapport entre le rêves et la réalité. La Caravane de l'Étrange a même des allures de préquelle à Twin Peaks, une sensation renforcée par la présence de Michael J. Anderson, un acteur de taille réduite (« nain » étant devenu un terme si péjoratif), immortalisé par la série de Lynch, ici en meneur de la troupe foraine.
 
 
 
Et cette perle de HBO, on la doit à David Knauf. Scénariste et producteur exécutif, il a travaillé récemment sur Spartacus : le sang des gladiateurs, et l'an prochain, il fera ses premiers pas derrière la caméra pour le pilote de Dracula, une nouvelle série de NBC. Mais je me suis rendu compte en vérifiant son CV que j'avais déjà vu un de ses précédents travaux, la courte série Wolf Lake (9 épisodes à peine). Dans celle-ci, on y raconte l'enquête d'un inspecteur de police (Lou Diamond Phillips... La Bamba pour certains, Numb3rs pour d'autres) partir à la recherche de sa petite amie dans une petite bourgade en pleine forêt, Wolf Lake donc. Dans celle-ci, l'ambiance rappelle Entretien avec un vampire de Neil Jordan, certains évoquent même le jeu de rôle La Mascarade (bon, n'étant pas rôliste moi-même, je serais mal placé pour faire des comparaisons) parce que la petite amie en question n'est autre qu'un loup-garou et la petite bourgade... un refuge pour les lycanthropes. Ce sont les rapports de forces entre les différents groupes essayant de faire leur loi qui constituent le cœur des intrigue. Une situation d'autant plus tendue que l'inspecteur en police ne savait rien de la nature de la population.

C'est ce type d'ambiance que l'on retrouve dans La Caravane de l'Étrange, entre l'explicite et le non-dit, donnant à Wolf Lake tout son mystère. À un niveau moindre tout de même, la production design étant nettement plus soignée du côté de HBO. La puissance de Carnival est surtout d'éviter tout manichéisme, le pasteur n'étant pas présenté d'emblée comme diabolique mais juste charismatique. Le bémol de la production est de s'offrir à nous en œuvre à peine entamée (6 saisons prévues... mais juste 2 tournées) même pas inachevées puisque plusieurs story-arcs n'ont même pas eu le temps d'être développés. On se retrouve ainsi avec une nouvelle série destinée à devenir culte après une annulation trop rapide.
 
Photo Credit : HBO
La Caravane de l'étrange : elle n'a fait que passer
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