Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

29 Jun

Le Monde de Joan : Ultimate Jeanne d'Arc

Publié par André COTE  - Catégories :  #Joan of Arcadia, #fantastique, #Amber Tamblyn, #CBS, #Le Monde de Joan, #teen show, #Joe Mantegna, #Barbara Hall


Chaque année, nous avons droit à une prolifération de fictions télévisuelles à la télévision américaine. Celles-ci se regroupent autour de canevas narratifs que nous pouvons appeler un genre : une méthode pour être immédiatement identifiable et piquer la curiosité du public. Le souci provient alors du foisonnement de ces productions, si nombreuses qu'il est de plus en plus difficile pour elles de tirer leur épingle du jeu et de se singulariser au milieu du lot. Surtout qu'aux yeux du spectateur lambda, la perception du genre se voit réduit à des clichés et des lieux communs, la notion de logique et de cohérence interne étant galvaudée par la masse. Il est donc d'autant plus salutaire de trouver quelques tentatives d'originalité dans un paysage si abondant. C'est un peu le souci de Le Monde de Joan, qui apparaît comme une petite brise de fraîcheur au sein d'un panorama de plus en plus désincarné.


Créée en 2003 par Barbara Hall pour la chaîne CBS, Le Monde de Joan (ou Joan of Arcadia en VO) est une série voguant entre deux eaux. Barbara Hall a travaillé sur des feuilletons comme Chicago Hope et Everwood. Ces deux dernières ne sont pas très populaires en France, mais elles ont duré plusieurs saisons aux États-Unis. Elles se caractérisent en partie par un ton doux-amer, à mi-chemin entre le mélodrame et la comédie. Ainsi, à première vue, Le Monde de Joan est une énième série pour ados, un teen show, qui bénéficie d'un style particulier, d'une patte, issue des deux séries sus-citées. En mettant en valeur le prénom de l'héroïne, les titres français et original installent le cadre et l'importance de la focalisation autour de l'adolescente éponyme : Joan Girardi, incarnée par Amber Tamblyn. Celle-ci est une adolescente américaine de la middle class, volubile et souvent perdue dans ses propres réflexions. Elle est du genre à s'emporter facilement à partir d'un élément anodin. En cela, l'interprétation de Amber Tamblyn, touchante par sa gaucherie, peut séduire autant qu'énerver. Pourtant, à elle seule, ce petit bout de femme parvient à tenir sur ses épaules le show dans son ensemble, ce qui n'est pas un mince exploit vu les différentes tonalités que les histoires abordent.

En effet, et c'est là une des maladresses de la traduction du titre, Le Monde de Joan n'est pas qu'une série pour ados. La version originale, Joan of Arcadia, est un subtil jeu de mot avec Jeanne d'Arc, autrement dit en anglais, Joan Of Arc. Avec son simple titre, Barbara Hall suggère la petite touche de bizarrerie qui manque tant à sa traduction française. Rappelez-vous, si Jeanne d'Arc est connue pour avoir mené les troupes françaises contre l'envahisseur anglais pendant la Guerre de Cent Ans, elle est aussi entrée dans l'Histoire pour avoir accompli ses actes guidée par Dieu dont elle affirmait entendre la voix. Il en est de même pour Joan Girardi. L'un des aspects humoristiques de sa situation provient même de la nature de la personne qui s'adresse à elle en prétendant être cette divinité : Dieu n'apparaît pas à Joan sous un halo de lumière, on considère ici que l'être divin parle à travers les personnes autour de notre héroïne, donc à travers le facteur ou le chauffeur du bus par exemple. En outre, la jeune fille n'accepte pas d'office cette situation, elle émet des doutes et s'enguirlande même avec lui en raison du côté improbable des circonstances. Par conséquent, si elle suit les conseils de la chose qui s'est définit à elle en entité divine, c'est surtout que ces mêmes conseils ne sont pas dénués de bon sens : postuler pour un emploi alors qu'elle n'avait même pas l'intention de chercher un travail dans l'immédiat, faire parti du journal du lycée alors qu'elle n'a jamais eu cette aspiration, ou encore se mettre à la menuiserie alors qu'elle n'a jamais été douée pour les travaux manuels. 


De cette manière, c'est un peu le résultat de ses aventures que la traduction française met en valeur. Le cadre de la série se résume à la perception du monde par Joan, une perception qui se limitait à sa famille et son lycée. Et plus Joan suit les conseils de l'entité divine et plus son cercle d'amis se retrouve agrandi, ou du moins, bouleversé, puisqu'elle se met à fréquenter de nouvelles personnes et que d'anciennes connaissances la délaissent. Évidemment, on peut toujours regretter le manque d'ambiguïté du terme Monde, sa connotation n'étant pas suffisamment explicite pour être aussi évocateur que le titre original.


Cependant, on concède que la famille de Joan (mise en avant dans la traduction française) a effectivement un rôle prédominant dans la série. Ceci dit, on remarque que les scénaristes ont succombé à plusieurs ficelles un peu facile. Il est difficile à croire que le père de famille, interprété par l'excellent Joe Mantegna (actuellement une des vedettes de Esprits Criminels), soit le Chef de la Police par hasard, vu que cela permet aux auteurs de rajouter un peu d'action quand ils craignent de tourner en rond, quitte à frôler le hors-sujet avec les aventures de Joan. Il en est de même pour la mère, Helen Girardi (Mary Steenburgen, alias Clara Clayton dans Retour vers le Futur 3), qui est enseignante dans le lycée de ses enfants, rendant les thématiques propres à l'adolescence encore plus omniprésentes. Sans compter le frère aîné coincé dans un fauteuil roulant, un athlète promis à un avenir radieux qui a vu tout s'écrouler du jour au lendemain suite à un accident. Un tel contexte pourrait faire sombrer le show dans le mélodrame le plus larmoyant, or la direction choisie par Barbara Hall est celle de la légèreté et de l'auto-dérision. De cette manière, si des sujets graves sont traités avec sérieux et sincérité, ces mêmes sujets peuvent également être source de situations comiques : le frère aîné utilise son fauteuil pour flirter et sait faire preuve de réparties sur son handicap.


En outre, certains peuvent émettre un bémol pour de la seconde saison. En effet, durant toute la première année, Le Monde de Joan se contente du canevas du teen show dynamisé par un élément surnaturel. Or, au bout de 23 épisodes, les scénaristes ont cru bon de donner des pistes concernant la faculté de Joan. On peut suppose que l'arrivée de cette hypothèse (qui rationalise le concept de la série donc) soit une des conséquences de la crainte d'une annulation. Toujours est-il que cela brise de la charme de la série par la suite. Dans cette seconde moitié (Le Monde de Joan n'a duré que 2 saisons), Joan paraît toujours aussi versatile, mais la piste rationnelle brise un des éléments qui rendait la série attractive, même si elle ne perd rien de ses qualités.

En somme, la série créée par Barbara Hall se révèle bien plus qu'une simple série pour ados. Si elle en possède bon nombre de caractéristiques (série intimiste, focalisée sur les adolescents et leurs problèmes), elle sort du lot grâce à son élément fantastique, ici réduit à la définition de Todorov (où le fantastique n'est qu'une hésitation entre l'acceptation du surnaturel et l'explication rationnelle). Le Monde de Joan surprend par son traitement rocambolesque susceptible de toucher un public plus large que celui visé.

Photo Credit : CBS
Le Monde de Joan : Ultimate Jeanne d'Arc
Commenter cet article

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.