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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

11 Oct

X-Files : Paranormal Bureau of Investigation

Publié par COTE André  - Catégories :  #X-Files, #Chris Carter, #David Duchovny, #Gillian Anderson, #fantastique, #Science-Fiction, #Fox, #mythologie

 

 

 

Dans une industrie où chaque production peut laisser sa place à une autre l'année suivante, quand l'une d'entre elles parvient à rester graver dans les mémoires une décennie plus tard, on pourrait presque parler d'anomalie. En effet, rares sont les séries télés à avoir marqué l'Histoire du tube cathodique (ou, maintenant, écran plasma) au point d'avoir changé le paysage audiovisuel à jamais. Pourtant, lorsque Chris Carter propose le concept de sa série, X-Files, à la chaîne Fox, le projet est accepté, mais dans le cadre d'une programmation en bouche-trou, et si la diffusion du pilote le 10 Septembre 1993 (Happy Birthday avec un mois de retard) ne fût pas annoncée comme un événement, il marque pourtant les débuts d'une nouvelle ère à la télévision.

 

 

 

 

 

Effectivement, lors de la saison 1993/1994, tous les espoirs de la chaîne Fox se portaient sur Les Aventures de Brisco County Junior, une série mêlant western et science-fiction avec, en vedette, Bruce Campbell, le star de Evil Dead. Une production fantaisiste à coté de laquelle les enquêtes des agents du FBI Fox Mulder et Dana Scully, duo vedette de X-Files, auraient dû faire pâle figure. En fait, après réflexion, tout concourrait pour que la série de Chris Carter tombe dans l'oubli : aucune star au générique (l'un des deux acteurs principaux a même un nom imprononçable), un créateur inconnu (dont le passif chez Disney n'est pas pour rassurer les amateurs du genre) et un créneau horaire synonyme de voie de garage (le Vendredi Soir, la case la plus sinistrée de la semaine). Rétrospectivement, on peut même se demander comment cette série a fait pour rencontrer son public.

 

Il faut bien avouer que le point du départ de X-Files n'a rien de réjouissant, avec ces deux agents du FBI qui enquêtent sur des fantômes et autres tueurs mutants sous un climat nuageux. Or, ce qui singularise la série, par rapport à la concurrence, réside dans les influences de Chris Carter. Il ne l'a jamais caché, en créant X-Files, il avait en tête Kolchack, une série d'à peine quelques épisodes qui raconte les investigations d'un journaliste pourchassant des monstres. C'est cette structure très cop show (un épisode = une enquête) que Carter adopte pour X-Files. À cela s'ajoute le contexte de l'époque, puisque X-Files, à ses débuts, est tributaire de l'influence de Twin Peaks de David Lynch et Mark Frost : dans celle-ci, on y voit déjà un agent du FBI iconoclaste enquêter sur une mort mystérieuse dans une bourgade à l'atmosphère envoûtante. Rajoutez à cela une ambiance proche de La Quatrième Dimension et Au-Delà du Réel, sans compter une esthétique que certains rapprochent des comics d'horreur style Les Contes de la Crypte.

 

 

 

 

 

En fait, en soi, on pourrait même prétendre que le concept de X-Files préfigure la vague des Forensic Show comme Les Experts. Nos deux agents du FBI ne sont pas des super-agents ou des fonctionnaires lambda, mais des spécialistes dans leur domaine : Fox Mulder est un profiler (il aurait pu faire partie de l'équipe de Esprits Criminels, par exemple) qui se singularise par une connaissance encyclopédique des phénomènes paranormaux et Dana Scully est médecin légiste. Leur champ d'expertise sort juste de l'ordinaire en les confrontant au surnaturel dans la vie quotidienne. La particularité du duo est même d'aller à contre-courant des clichés : l'alchimie du tandem provient de cette opposition entre le croyant et le crédule, mais il était de coutume de caractériser les personnages masculins par un rejet de toute explication irrationnelle et les femmes, en raison de leur sensibilité, par une acceptation de toutes les hypothèses sortant de l'ordinaire.

 

Or, ici, on se retrouve avec un agent du FBI, Fox Mulder, incarné par David Duchovny (qui a dû attendre Californication pour se détacher du rôle une bonne fois pour toute), dont les allures d'adolescent attardé allié avec un humour pince sans rire ont fait du personnage une des icônes du petit écran. En clair, Fox Mulder n'a rien de l'agent fédéral classique qui se veut intimidant, au contraire, il évoque plutôt un vieil étudiant en fin de thèse, malgré son expérience sur le terrain. À ses côtés, on se serait attendu à trouver une gruppie prête à foncer tête baissée dans les théories de son partenaire et, au lieu de ça, nous avons Dana Scully (Gillian Anderson, qui allait devenir, grâce à ce rôle, l'un des sex-symbol des années 90), la scientifique du duo qui contre-balance les hypothèses les plus farfelues de son collègue avec son scepticisme à toutes épreuves. Suivant l'humeur de chacun, leur relation peut évoquer celle du frère turbulent encadré par sa sœur un peu revêche ou un vieux couple passant son temps à se chamailler pour savoir qui a tort et qui a raison.

 

 

 

 

 

Mais, ce qui singularise la série de Chris Carter par rapport à ses modèles, concerne l'élaboration d'un fil rouge courant sur plusieurs saisons. En effet, la motivation de Fox Mulder est de retrouver sa sœur enlevée très jeune et toujours portée disparue. Afin d'étirer cette intrigue au maximum, plusieurs éléments sont mis en place faisant de X-Files une série de science-fiction flirtant avec les récits d'espionnage : la sœur de Mulder aurait été enlevé, comme bien d'autres, par des extra-terrestres, et une conspiration au sein du gouvernement ferait tout son possible pour dissimuler ses cas de disparition. Les motivations et les projets des conspirateurs sont même l'enjeu de ce que les fans appellent la « mythologie » de X-Files. Celle-ci ne prend son essor qu'à la moitié de la seconde saison, soit une bonne trentaine d'épisodes.... et non deux ou trois.

 

C'est dans cette mythologie que l'identité de la série se trouve. Chaque épisodes qui l'aborde est l'occasion de retrouver des personnages récurrents  : un vieil homme mystérieux qui passe son temps au fond de la pièce avec une cigarette au bec est intronisé ennemi ultime du show sous le simple sobriquet de L'homme à la Cigrette, le trio des informateurs de Mulder (les Lone Gunmen) deviennent également des figures incontournables, sans parler du rôle de leur supérieur hiérarchique va prendre dans leur quête ou même de leur propre famille. Tout ceci dans une atmosphère trouble pleine de non-dits et de répliques à double sens, justement proche des thrillers des seventies tels que Les Hommes du Président et les Trois jours du Condor.

 

 

 

 

 

Ainsi, dans les grandes lignes, la série alterne les épisodes dits « mythologiques » et les enquêtes indépendantes, appelées « loners ». Cette construction permet au show de Chris Carter d'éviter de sombrer dans la routine et de brasser de nombreuses thématiques, puisque tout le bestiaire du genre y passe, ou presque, à travers les 9 saisons. Que ce soit les monstres inédits tels que les tueurs mutants (nombreux sont ceux à avoir été traumatisés par un homme élastique du nom de Tooms) ou ceux plus classiques comme les vampires, les loups-garous et les fantômes. Et cela sans être totalement incohérent avec l'univers de sa mythologie. Et lorsque je précise « sans être totalement incohérent », je fais référence à quelques détails comme des soucis de chronologie et d'autres éléments qui rendent l'ensemble un peu bancal.  

 

 

 

 

 

Hormis ses quelques petits défauts, il ne faut pas oublier que la série à générer un phénomène sans précédent, recevant les récompenses les plus prestigieuses et relançant à elle toute seule une vague de nouvelles productions estampillées science-fiction et fantastique, que ce soit à télévision ou au cinéma, et dont on en ressent encore les effets (n'est-ce pas Fringe?). Accessoirement, un film, X-Files, Combattre le Futur, est même sorti alors que, le show était encore en pleine diffusion. De ce fait, l'empreinte que la série de Chris Carter a laissé est à ce point si marquante qu'aucune des nombreuses séries à avoir tenté de prendre la relève n'est parvenue à la détrôner plus de dix ans après la diffusion de son dernier épisode. Preuve en est que X-Files mérite aujourd'hui l'appellation de monument.

 

Photo Credits : Fox

X-Files : Paranormal Bureau of Investigation
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Mistifica 30/12/2013 11:41

Tout à fait d'accord ! la série est un monument, nul autre n'égalera les X-files !

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