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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

26 Nov

Glee : Quand le rideau tarde à tomber

Publié par COTE André  - Catégories :  #Glee, #Ryan Murphy, #Fox, #Brad Falchuck, #Nip-Tuck, #comedie musicale, #teen show

 

 

 

Tout les amateurs de séries, même les plus endurcis, éprouvent inévitablement un sentiment de lassitude envers l'objet de leur adoration. Le sentiment que le show continue, alors que son intérêt s'est, lui, étiolé depuis longtemps. Quand ce phénomène a lieu après quelques, voire plusieurs, saisons, on range la série dans la catégorie de celles qui n'ont pas su s'arrêter à temps. Mais quand cela arrive très tôt, il est légitime de se demander si le format, du serial ou du feuilleton, était un choix pertinent pour le sujet en question.

 

 

 

 

Je ne vous cacherais pas que j'avais déjà quelques soupçons sur les limites de Glee en raison de l'identité de ses créateurs et showrunners, Ryan Murphy et Brad Falchuck. Ces derniers ont été aux commandes de Nip/Tuck, une série qui se présente comme une sorte d'Urgences en plus incisive. Dans celle-ci, on y voit deux chirurgiens esthétiques aux déontologies opposées, se retrouvant confrontés à des cas toujours de plus en plus hallucinants. Lors de ses premiers épisodes, cette série était des plus intéressante en raison du portrait au vitriol qu'elle dressait d'une Amérique dominée par son souci des apparences. La série a même atteint un niveau de qualité tel qu'elle contribua au « renouveau créatif » de la saison télévisuelle de 2003. Hélas, son intérêt s'effrite en sombrant bien vite dans la caricature... soit le phénomène qu'elle dénonçait elle-même tantôt.

 

Avec Glee, Murphy et Falchuck change radicalement d'univers. Il n'est plus question ici de chirurgie esthétique, mais du milieu scolaire. D'après une idée de Ian Brennan, l'un des créateurs, la série prend pour cadre la chorale d'un lycée publique, d'où le titre Glee, « chorale » se traduisant par Glee Club. On peut déjà percevoir un double sens, puisque Glee signifie aussi « joie », ce qui renvoie à la forme atypique adoptée par le show, celle d'une comédie musicale, avec 4, voire 5 numéros par épisode. Sur ce point, cette création du trio Brennan, Murphy et Falchuck a même tout du simple plagiat de High School Musical (bon, là, j'avoue que ma culture en High School Musical se limite à la vision des bandes annonces) avec des personnages plus stéréotypés que l'original. Cependant, il faut bien reconnaître que la caractérisation si outrée (on les croirait sortis tout droit d'une bande dessinée) participe à l'esprit décalé qui émane de l'ensemble. Un constat somme toute normale, puisque le genre de la comédie musicale requiert déjà ce type d'esprit décalé pour permettre l'insertion de numéros musicaux, sans que cela ne choque la suspension de crédulité du spectateur.

 

 

 

 

Pour être plus juste, il semblerait que Glee s'apparente plus volontiers à un croisement entre Fame et High School Musical : je préfères utiliser le conditionnel, connaissant mal les titres sus-cités. L'influence de Murphy et Falchuck doit se trouver dans l'étude de caractère de leurs personnages, un aspect déjà présent dans Nip/Tuck. Dans cette dernière, nous sommes dans une ambiance froide et clinique (normal, puisqu'il s'agit d'un cabinet de chirurgie esthétique), les épisodes mettent en perspective les divers profils des patients avec les docteurs : à travers l'étude psychologique de leurs clients, les médecins analysaient leur propre psychologie. Du coté de Glee, ce sont les numéros et rôles endossés par les lycéens qui leur offrent des occasions de pratiquer l'auto-critique, chacun passant en revue les moindres de ses travers pour remettre en question ses capacités.

 

Évidemment, comme toutes les séries avec des adolescents, ce sont les thématiques émanant d'eux qui deviennent le principal moteur des intrigues, à ceci près qu'elles sont abordées de manière frontale et sans tabou. Et ceci, au point d'en devenir très vite redondantes : un des lycéens affichent ouvertement son homosexualité ? Quelques pom pom girls ont des penchants lesbiens ? Le proviseur s'avère être un incapable qui se laisse mener par le bout du nez par n'importe qui ? À force d'en faire des tonnes, les intrigues sont surexploitées au bout de quelques épisodes. Cette tendance à rentrer dans le lard sans préavis se retourne contre le show lors des saisons suivantes.

 

 

 

Ainsi, parmi les fils rouges qui constituent l'intérêt de Glee, nous avons, pêle-mêle, les combats incessants entre le responsable de la chorale évidemment idéaliste (Matthew Morrison, un brin énervant en Will Schuester) et la prof de gym (excellentissime Jane Lynch, qui s'en donne à cœur joie dans le rôle de Sue Sylvester), le parcours personnel d'un trio de personnages (le gay assumé Kurt Hummel, l'arriviste Rachel Berry et l'ex-quaterback Finn Hudson), et les embûches que rencontre leur club pour gagner la compétition. Ces trois récits deviennent, en s'entremêlant, bien vite le ressort comique principal de la première saison.

 

De plus, il faut préciser que l'attrait du concept de Glee provient également de l'aspect bancal de cette chorale. La plupart des membres n'affichent aucune disposition pour le travail en groupe : certains ont choisi cette option parascolaire poussés par les autres (pour éviter que cette option ne ferme) et l'un des membres est en fauteuil roulant. De cette manière, le schéma narratif est semblable à celui de beaucoup de films sportifs où un entraîneur s'évertue envers et contre tous à mener son équipe jusqu'au dernier match de la compétition, et cela, en dépit des épreuves rencontrées.

 

 

 

Par la suite, le souci provient de la difficulté à renouveler ce postulat. Si le canevas de base est réjouissant avec cette transposition de la compétition dans un milieu artistique, il aurait fallu, lors des saisons suivantes, ajouter des éléments pour conserver le charme initial. Et c'est là que ça se gâte. Il devient trop difficile pour les scénaristes de maintenir un souci de crédibilité et de cohérence. Un exemple tout bête, chaque saison télévisuelle correspond à une année scolaire : la première année nous montre l'arrivée de Will Schuester et ses efforts pour souder sa chorale. Or, les personnages sont des lycéens, il est donc inévitable que ceux-ci quittent l'établissement, et donc la série, pour entamer une carrière professionnelle. Le choix cornélien qui s'impose aux auteurs est le suivant : soit de laisser les personnages partir (n'étant plus membre de la chorale, donc du cadre de la série), soit de les suivre au risque de dénaturer la cohérence du point de départ. Pendant un moment, il a été question de lancer des séries dérivées se focalisant sur eux, mais elles ne furent pas juger commercialement viables (l'un entrant dans une école de danse, le projet aurait eu des faux-airs de simple remake de Fame) et l'audience de la série-mère baissant déjà, la décision finale a été d'intégrer leur parcours professionnel aux épisodes en cours.

 

 

 

Le résultat est assez brinquebalant car le récit s'en retrouve éclaté et produit l'effet pernicieux de réduire la raison d'être de la série, son cadre, en un simple fil rouge à l'égal des autres. Cette difficulté des scénaristes (maintenir coûte que coûte les personnages-phares, malgré le dénouement de leur arc narratif) est flagrant avec la présence de l'un des premiers membres de la chorale. Petit indice : de lycéen, celui-ci devient professeur suppléant, sans avoir eu la formation pour ça. Un petit exemple qui démontre tout simplement les limites du show et sa thématique. D'autant plus que Jane Lynch se fait de plus en plus rare, et ça, c'est impardonnable.

 

Photo Credits : Fox

Glee : Quand le rideau tarde à tomber
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