Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

10 Feb

FBI : Portés Disparus... mais pas sans laisser de trace

Publié par COTE André  - Catégories :  #FBI Portés Disparus, #Without a trace, #CBS, #cop show, #Anthony LaPaglia, #Eric Close, #procedural show, #Poppy Montgomery

 

 

 

 

 

Si il y a bien un genre où il est difficile de se singulariser, c'est le cop show. Les séries policières sont probablement l'un des plus vieux programmes de l'Histoire de la Télévision avec leur structure immuable : après la découverte d'un mort, des inspecteurs recherchent le meurtrier. Or, sans être révolutionnaire, l'idée du scénariste Hank Steinberg permet à FBI – Portés Disparus de se distinguer de la concurrence. Une idée toute simple, puisqu'ici les investigations des agents fédéraux ne portent pas sur des meurtres, mais sur de simple cas de disparition.

 

 

 

 

Tout d'abord, lorsque Hank Steinberg propose le concept de Without A Trace (littéralement Sans laisser de trace, qui sera traduit en français par FBI – Portés Disparus) au producteur Jerry Bruckheimer, celui-ci doit gérer la popularité de sa série-vedette, Les Experts. Cette dernière vient de lancer une mode, voire un sous-genre, le forensic show, autrement dit les séries sur les légistes. En fait, elle a réussi à rendre « bankable » une tendance du cop show, celle qui met en avant les services dits « spécialisés ». De cette manière, suite aux Experts, on découvre que chaque organisme a son propre service judiciaire, d'investigation ou d'urgence : de la Navy avec le NCIS, jusqu'aux services de santé publique avec NIH : Alerte Médicale. Cette tendance n'est en rien novateur (ceux qui ont suivi JAG pourront en témoigner), mais la série Les Experts a réussi à imposer ses propres codes : des enquêtes menées par un groupe de personnages, chacun répondant à une caractérisation à la limite du cliché.

 

A première vue, il serait facile de croire que FBI – Portés Disparus est un énième avatar de cette vague, mais les choses ne sont pas si simple. Si la série est focalisée sur un groupe d'agents mené par une figure d'autorité et que l'on suit chacun des membres et non l'agent en chef (en toute bonne série chorale), elle se rapproche davantage d'un procedural show à la Law and Order que de la dernière série à succès du studio. Un constat que l'on explique tout simplement par la nature des personnages : ce ne sont pas des scientifiques, mais des agents fédéraux. Il en résulte un emploi de codes familiers (dans les relations entre les personnages et leur hiérarchie, par exemple) dans un type de récit où les méthodes d'investigations sont différentes : les procédures à suivre sont similaires à celles de Law and Order (le respect de la Loi avec un grand L, tout simplement) et non à de la recherche ou spéculation scientifique.

 

 

 

 

Ainsi, ce qui singularise la série de Steinberg est, dans un premier temps, l'alchimie du groupe. En cela,  le choix de Anthony LaPlagia pour tenir le rôle de Jack Malone est une bonne idée de casting : l'acteur est connu pour sa forte personnalité, ce qui permet de sous-entendre que le personnage doit son poste à sa ténacité. A ses côtés, nous avons Samantha Spade, la femme forte prête à passer à l'action (Poppy Montgomery, radieuse) ; la diplomate Vivian Johnson (Marianne Jean-Baptiste) ; Danny Taylor, qui a passé son enfance dans un quartier chaud (Enrique Murciano) et, pour finir, le beau gosse Martin Fitzgerald (Eric Close, contraint, vu le contexte, de jouer son rôle au premier degré) qui cherche à faire ses preuves sur le terrain. Cette caractérisation permet de fournir assez de matière narrative pour nourrir la série dans un premier temps (Samantha, Vivian et Danny ont déjà leur propre dynamique de travail et taquine Martin le petit nouveau,..) avant une évolution inévitable au bout de quelques saisons (les rapports entre Danny et Martin sont tendus avant de devenir des frères d'armes, le caractère de Malone ne plaît pas à ses supérieurs au FBI,..).

 

 

 

 

En fait, l'alchimie et l'écriture de FBI – Portés Disparus donne à l'ensemble un faux air de version « douce » de Cold Case, une autre production Bruckheimer que le studio lance l'année suivante. Ce sentiment est surtout flagrant avec le personne de Danny Taylor, qui ressemble à une photocopie de Scotty Valens (ou plutôt le contraire, l'un étant antérieur à l'autre), puisque les deux ont des origines exotiques (l'un a un parent porto-ricain, l'autre cubain) et le sang chaud. De plus, au niveau du traitement scénaristique, chaque épisode obéit à une structure identique : le pré-générique nous présente le personnage-objet-de-l'enquête dans son quotidien et c'est une narration via des flashbacks, insérés lors des témoignages, qui est privilégiée. La principale différence entre les deux show est donc que Cold Case se double d'une critique de la société américaine, à travers son Histoire, tandis que FBI – Portés Disparu s'intéresse plutôt (de manière plus classique) aux problèmes de notre société contemporaine.

 

Passons sur cette comparaison entre les deux productions. Nous pouvons mettre cela sur le compte d'une gestation au sein du même studio. L'idée de Hank Steinberg est de porter notre attention sur la vie des personnes disparues, ce qui rapproche FBI – Portés Disparus d'une « anthologie » avec les agents en simple lien. La forme de Without a Trace s'apparente donc à un croisement entre Cold Case et une version plus intimiste et moins frénétique de New York District. Plus intimiste parce que ce sont les rapports humains qui sont mis en avant, comme dans Cold Case donc, et moins frénétique en raison du sentiment d'apaisement qui émane des agents : leur bureau est un vrai dôme de la tranquillité, loin du brouhaha de la vie quotidienne, et chaque agent s'efforce dans la mesure du possible d'apporter du réconfort à la famille et autres proches. Si les agents ont une procédure à suivre, ils ont surtout la charge de faire preuve d'empathie (rendant leur colère d'autant plus impressionnante) et, se faisant, nous nous retrouvons devant des moments où l'intimité prime.

 

 

 

Ce calme feutré dans lequel baigne la série est contre-balancé par un sentiment d'urgence que vient sans cesse nous rappeler l'horloge en bas de l'écran. L'un des principaux moteurs dramatiques est cette course contre la montre  : les chances de retrouver vivante une personne disparue diminue avec le temps, surtout passée le délais de 48 heures. De cette manière, la série joue sur l'équilibre constant entre cette précipitation et la sérénité : quelles sont les bonnes questions à poser ? Les pistes les plus probables ? En sachant que la moindre perte de temps peut déboucher sur un dénouement dramatique, voire tragique. Une notion de conflit entre l'instinct et la raison que l'on retrouve dans le concept d'une autre création de Hank Steinberg, The Nine, qui raconte la vie d'otages après un hold-up ayant mal tourné : cette production de quelques épisodes nous montre des personnes lambdas traumatisés par les quelques heures où elles sont retrouvées prises à piège. Entre Without a Trace et The Nine, on voit se dégager un intérêt pour les moments où chaque être humain voit son quotidien basculer en raison des choix qu'une situation le pousse à effectuer.

 

Enfin, l'anecdote qu'il faut savoir sur FBI – Portés Disparus, qui fait honneur à cette production et, par extension, qui contribue à donner ses lettres de noblesses au genre télévisuel, concerne une pratique donnant un sens civique à la création de Hank Steinberg. A la fin de chaque épisode, lors du générique de fin, la photo d'une personne disparue, réelle celle-ci est non fictif, était affichée. Grâce à cela, plus d'une centaine de personnes ont pu être retrouvées. Une manière presque pédagogique de briser le 4e mur puisqu'à travers ce procédé, le téléspectateur était invité à aider les services de recherches, bien réelles celle-ci, après avoir vu les exploits d'une équipe fictive.

 

 

 

En soi, FBI Portés Disparus n'a rien d'innovant dans la forme, avec sa structure répétitive, comme l'implique le format. Néanmoins, elle parvient, le temps d'un épisode, à rendre ses fameuses guest-stars attachantes (voire, même larmoyantes, ce qui est normal vu le contexte), même s'il faut attendre une bonne saison pour commencer à cerner la personnalité de chaque enquêteur. Techniquement, la série fait preuve de savoir-faire faisant de la série de Steinberg l'une des plus humaines des cop shows.

 

Photo Credits : CBS

FBI : Portés Disparus... mais pas sans laisser de trace
Commenter cet article

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.