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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

12 Mar

Justice : La loi et les médias

Publié par COTE André  - Catégories :  #Fox, #Jerry Bruckheimer, #judiciaire, #Close To Home, #Law and Order, #Eemon Walker, #Kerr Smith, #Justice, #avocat

 

 

 

Des séries judiciaires, la télévision en a produit et en produit encore à la pelle. Au fil des ans, il devient de plus en plus ardu de se faire une place, surtout quand la monumentale Law and Order était encore à l'antenne. Beaucoup ont essayé et se sont cassé les dents. Néanmoins, la raison d'un échec peut aussi provenir d'autres facteurs, comme une case horaire défavorable ou d'une forme trop brute qui peine à séduire. Pour Justice, production de Jerry Bruckheimer de 2006, il faut sans doute voir de ce côté-là pour comprendre la déroute.

 

 

 

 

Créée par Tyler Besinger et David McNally, Justice est loin d'être une série judiciaire comme les autres. Alors, oui, d'accord, il s'agit encore une fois d'un procedural show sur des avocats et chaque épisode nous raconte une affaire différente. Cependant, ici, ce qui est mis en avant n'est pas la recherche de la vérité, mais les méthodes pour mettre le juge et le jury en sa faveur et gagner les procès. En soi, cette thématique n'est guère novatrice, puisqu'elle est déjà traitée en filigrane dans les séries judiciaires (que ce soit dans un Law and Order ou un The Practice), sauf que, ici, elle est tellement mise en exergue que Justice gagne haut la main la palme de la plus cynique d'entre elles : on parle ouvertement des manœuvres pour dissimuler les preuves, les avocats en font des caisses sur le moindre élément qui pourrait servir leur cause et chaque terme employé devant la presse est étudié pour mettre l'opinion publique dans sa poche, quitte à déformer les faits.

 

En fait, le plus étonnant est sans doute de retrouver le nom de David McNally dans le binôme derrière cette série. McNally a déjà travaillé avec Bruckheimer, puisqu'il est le réalisateur de Coyote Girls et Kangourou Jack. Si le premier est un teen movie qui porte bien la griffe de son producteur (une sorte de FlashDance contemporain – une jeune danseuse de hip hop trouve un petit boulot de serveuse dans un bar miteux – tellement racoleur que ça en devient fun : les serveuses ont toutes des physiques de mannequin), l'autre est une comédie joyeusement débile où nous voyons l'une des stars de Sliders, Jerry O'Connell, qui doit affronter... un kangourou, pour récupérer un butin. Oui, oui, vous avez bien lu. En revanche, l'autre partie du binôme est un vrai aguerri de la télévision, puisque Tyler Besinger a fait partie du staff créatif de Cold Case (une autre production Bruckheimer), Dragnet (le remake d'un classique télévisuel) et officie actuellement sur Nashville.

 

 

 

Le casting de Justice ne manque pas d'intérêt non plus, puisque l'on y retrouve plusieurs visages familiers. A la tête du groupe, les fans de la série Alias reconnaîtrons Victor Garber, qui incarnait le père de l'héroïne jouée par Jennifer Garner, et il a aussi interprété le concepteur du Titanic dans le long-métrage de James Cameron. Ici, nous le retrouvons dans la peau du chef de cabinet sans foi ni loi, Ron Trott. A ses côtés, nous avons Eemon Walker, connu à l'époque pour son rôle dans Oz et aujourd'hui responsable de la caserne de Chicago Fire. Il prête son charisme pour donner vie au manipulateur Luther Graves. Et, enfin, Kerr Smith. Celui-ci a eu bien du mal à tourner la page des teen show (il a incarné un personnage marquant de Dawson, avant d'intégrer Charmed, le temps d'une saison) et semble avoir réussi à se reconvertir en rejoignant l'écurie Bruckheimer : après une apparition dans Les Experts - Miami, il a eu un rôle récurrent dans DOS et Les Experts – Manhattan. Même en ayant du mal à se débarrasser de ses tics de jeu, il réussit à être convaincant en assistant usant de son charme ténébreux pour conseiller les clients, et surtout les clientes.

 

Ce qui pu rebuter, et valoir à Justice un rejet massif du public, réside dans la frénésie de sa mise en scène. La réalisation privilégie la caméra à l'épaule et certains tics que l'on croirait sortir des Experts – Miami (normal après tout, il s'agit du même studio), cela à pour conséquence de donner à Justice des faux-airs de documentaire survolant les personnages et arrangeant les faits à sa guise (un effet qui est peut-être voulu, puisque c'est la thématique dénoncée par le show) : l'accent est mis sur les méthodes parfois à la limite de la déontologie, mais en contrepartie, les scénarios ne laisse aucun moment aux personnages pour souffler, privant le téléspectateur de tout moment d'intimité avec eux et donc de possibilité d'empathie. Nos avocats se voient réduits à de simple stéréotype, voire cliché, alors que les scénaristes auraient dû prévoir des plages de libertés aux acteurs pour leur permettre de trouver leurs marques et éviter de sombrer dans la caricature.

 

 

 

On concède qu'il s'agit là d'effets secondaires résultant de parti-pris autant radical qu'intéressant. Justice veut nous démontrer que chaque affaire a des allures d'énormes spirales dans lesquelles il est dangereux de s'y engouffrer au risque d'y perdre des plumes. Si les avocats que nous suivons nous paraissent au premier abord antipathiques, nous pouvons supposer que cela soit le prix à payer pour pouvoir prendre cette même spirale par les cornes. Le souci provient alors de cette dissonance entre ce parti-pris et le propre confort de la narration. Le visionnage de Justice est épuisant et il n'est pas étonnant que bon nombre de téléspectateurs lâchent l'affaire au bout de quelques minutes.

 

Ensuite, il y a fort à parier que les scénaristes n'ont simplement pas eu le temps de peaufiner leur production. La série a été annulée au bout d'une dizaine d'épisodes (treize pour être précis, et encore, le dernier n'a pas été diffusé) et ni les auteurs ni les acteurs n'ont donc eu l'occasion de faire évoluer les personnages. Que ce soit Garber ou Walker, ils doivent se contenter de cette présentation d'avocat arriviste et manipulateur. En fait, c'est tout à fait le genre de choses qui peut se nuancer au cours d'une saison. Encore que, lorsque l'on regarde Les Experts – Miami avec qui elle a beaucoup de similitudes dans le traitement, on pourrait se dire aussi que cette série de McNully et Besinger avait très peu de chance de connaître de réel bouleversement à ce niveau.

 

Prise au premier degré, Justice est un portrait accablant de la justice américaine. D'une certaine manière, elle peut se voir comme une version au vitriol de Law and Order, ou pour être plus précis, d'une série judiciaire classique, voire banal, mais vu du point de vue du camps adverse, des fameux badguys : l'autre versant de Juste Cause autrement dit. En soi, le concept est intéressant, Justice donne juste l'impression de s'être laissé embourbé dans ses propres gimmicks.

 

Photo Credits : Fox

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