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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

12 Apr

Six Feet Under : Entre le Ciel et la Terre

Publié par COTE André  - Catégories :  #HBO, #Six Feet I, #der, #Alan Ball, #American Beauty, #Michael C. Hall, #Rachel Griffithz

 

Dans la liste des thématiques les plus délicates à traiter, on peut indéniablement mettre celle de la Mort (avec un grand M) en pôle position. Ceci pour une raison très simple : l'entreprise télévisuelle se destine avant tout au divertissement, autrement dit à l'entertainement, et dans la vie de tous les jours, on ne peut pas vraiment dire que l'on discute aisément de la mort et du deuil. De ce fait, on peut comprendre que les producteurs et les directeurs de chaînes aient du mal à concevoir qu'une série télé évoquant le deuil rencontre autre chose qu'un rejet du public. Or, en proposant le concept de Six Feet Under à HBO, Alan Ball frappe à la bonne porte et sa création va même contribuer à bouleverser le paysage télévisuel en profondeur.

 

 

Aux États-Unis, il existe plusieurs formes de chaînes télévisées. Tout d'abord, il y a les networks, comme ABC, CBS ou Fox, dont les recettes proviennent des annonceurs publicitaires : plus une série fait de l'audience et plus il est coûteux de placer un spot durant les épisodes, ce qui est logique, plus une série est suivie et plus il y a de marques qui tentent de placer leurs produits. Ensuite, il y a les chaînes du câble telles que HBO, Showtime ou FX. Leurs recettes ne proviennent pas de la publicité, mais des abonnements, puisque ce sont des chaînes payantes... comme Canal + en France. La problématique est différente : on ne tombe pas sur un programme en zappant, mais parce qu'on a choisi de les voir en s'abonnant. La chaîne doit donc redoubler d'effort pour donner un attrait supplémentaire afin que leurs productions évitent de ressembler à la concurrence.

 

Ainsi, en 2001, lorsque HBO lance Six Feet Under (ou Six Pieds sous Terre, suivant les chaînes), elle n'en est pas à son coup d'essai. Déjà, en 1997, elle avait donné le feu vert à Oz, puis 2 ans plus tard, aux Sopranos, de cette manière, avec la série de Alan Ball, elle conclut une sorte de tiercé gagnant en prouvant que les succès critiques (qui s'accompagnent en plus de succès public) ne sont pas dû aux hasards, mais à une politique de production particulièrement judicieuse. Avec trois séries qui raflent quasi-systématiquement les récompenses les plus prestigieuses, les cérémonies comme les Emmy Awards ont des faux airs de plage promotionnelle. Cependant, Six Feet Under ne va pas seulement entériner le statut de HBO aux yeux du public, elle révèle la vision de son créateur, Alan Ball, plus connu maintenant pour True Blood.

 

 

Ce dernier s'était déjà fait remarquer avec le scénario de American Beauty, qui a récolté pas moins de 5 Oscars en 2000. Il n'est pas non plus un novice dans le milieu télévisuel : deux sitcoms à son actif en tant que scénariste, dont l'une a été créée par Chuck Lorre, l'homme derrière Mon Oncle Charlie. Avec Six Feet Under, il traite de sujets plus personnels tout en les mettant en perspective. Tout comme dans American Beauty, nous y voyons une famille (les Fisher) vivre une crise qui conduit des personnages à éprouver le sentiment d'évoluer entre deux mondes : ils vivent dans le monde réel, notre réalité, mais leur perception semble altérée en raison de leur appréhension du deuil dans son sens global. Dans le long-métrage, c'est la crise existentielle du père de famille Lester Burnham, joué par Kevin Spacey (The Usual Suspect), qui conditionne le ton du film. Celui-ci envoie tout balader, exténué de subir la pression sociale de son travail et du regard de sa femme, incarnée par Annette Bening. Du côté de la série télé, c'est la mort du père de famille qui amène une remise en question.

 

Chacun perd ses repères (le père Fisher étant dépeint comme la figure centrale en tant que patriarche) et les choses n'évoluent pas dans le bon sens. D'une part, certains ont l'impression d'être floué, comme le cadet de la famille, David (Michael C. Hall, futur Dexter), auquel on refuse le poste de Directeur de l'entreprise familiale au profit de son aîné, alors que ce dernier a délaissé sa famille pour faire son bonhomme de chemin... pendant que David est justement resté l'assistant du père. D'autres, comme la mère, ont du mal à réorganiser leur vie, trop confortablement installés dans leur routine antérieure.

 

 

 

Cependant, ce qui contribue à donner une saveur particulière à Six Feet Under réside dans le milieu atypique (le mot est faible) de ces fameuses « affaires familiales ». L'entreprise de la famille Fisher est une entreprise... de pompes funèbres, le risque de Six Feet Under est donc de sombrer constamment dans le larmoyant et la surenchère : on nous décrit une famille en deuil qui doit gérer les funérailles de ses nouveaux clients à chaque épisode. À ce niveau, la première saison est un petit bijou puisque le ton qu'Alan Ball a expérimenté sur American Beauty lui permet de traiter son sujet, ô combien casse-gueule, ici tout en finesse en mêlant mise en abyme (une famille en deuil doit gérer le deuil des autres) et démystification d'une profession, puisque le sentiment de l'empathie nous ait montré sous un angle mécanique, en toute bonne aptitude professionnelle.

 

En revanche, la suite est moins heureuse. Si le final de la première saison était sublime et aurait pu faire office de conclusion satisfaisante (chacun retrouvant ses marques), les saisons suivantes (la série en compte 5 au total) ont du mal à masquer une envie de tirer à la ligne. C'est un peu là le revers de la médaille du succès : le ton que Ball a installé à ses débuts concorde parfaitement avec l'état d'esprit des personnages, mais ce ton si particulier ne trouve plus de résonance dès lors que ces derniers ont achevé leur cycle. Cette ambiance de « au-delà sur Terre » se voit résumer à un simple gimmick, d'autant plus appuyé par le simple fait que les personnages ont tendance à « littéralement » parler avec les morts... que les scénaristes se gardent bien de révéler en élément à connotation fantastique (est-ce des fantômes?) ou en perception de l'esprit (les personnages sont-ils simplement perdus dans leurs pensées?).

 

 

Cette « patte » est ainsi réduite à une caractéristique établie pour satisfaire le spectateur et le convaincre du statut de « série pas comme les autres ». On en revient donc au fameux cahier des charges que la chaîne impose à ses productions. Un constat un chouïa mensonger puisque les intrigues, à proprement parler, flirtent dangereusement vers le soap : au final, ce sont les histoires de cœur qui rythmeront la série, le cadre professionnel servant de décor et aussi de principal source d'humour noir.

 

Néanmoins, le bilan n'est pas entièrement négatif. Tout d'abord, la mise en scène parvient à rendre intense des situations mille fois vues et revues sur le papier et, surtout, l'interprétation est de très haut niveau : ceux qui ont découvert la série ne sont pas prêts d'oublier de sitôt Anthony C. Hall – véritable révélation -, Rachel Griffiths, ou encore Jeremy Sisto. La série leur offre d'ailleurs tout l'espace nécessaire pour s'y épanouir. La création de Alan Ball, aussi inégale soit-elle, demeure une pièce angulaire de la chaîne et une véritable carte de prestige pour tous ceux qui y ont contribué.

 

Photo Credit : HBO

Six Feet Under : Entre le Ciel et la Terre
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