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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

30 Apr

The Crazy One : Pas si fou que ça.

Publié par COTE André  - Catégories :  #CBS, #David E. Kelley, #sitcom, #Sarah Michelle Gellar, #Robin Williams, #The Crazy Ones, #Will and Grace

 

 

En plus de trente ans d'existence, la sitcom a connu moult évolutions. Il est loin le temps où le genre se résumait à du théâtre filmé devant un public, dorénavant une série humoristique peut aussi se faire dans les mêmes conditions qu'une série type drama. Bien sûr, il y en a toujours qui respecte le décorum que le genre évoque depuis ses débuts (comme How I Meet Your Mother ou The Big Bang Theory notamment), mais d'autres en revanche risque d'être un petit choc pour un bon nombre de téléspectateurs, ceux dont la culture en la matière se limite à Friends et Will and Grace, votre serviteur en en faisant partie.

 

 

 

Lorsque l'on évoque la sitcom (ou situation comedy, soit littéralement « comédie de situation ») en tant que genre, on pense à une série tournée en studio, devant un public dont on enregistre les rires et autres réactions. En d'autres termes, nous sommes ici proches du théâtre filmé ce qui permet d'induire la suspension de crédulité suivante : les personnages que nous voyons sont posés en tant que caricature ce qui justifie les performances d'acteurs outrancières : les conditions de tournage contraignent les comédiens à plus expressivité possible, puisque ces mêmes conditions ne leur permettent pas un jeu d'acteur basé sur l'intériorité.

 

Or, actuellement, il existe plusieurs manières de tourner une sitcom, chacune entraînant une suspension de crédulité différente. Les Scrubs et autre Malcolm in the Middle ressemblent à des petits films comiques narrés par le personnage principal (qui s'adresse directement à la caméra), induisant l'idée que la dimension humoristique du show provient de la perception du monde par ce narrateur. Et The Crazy Ones dans tout ça ? Elle appartient à un troisième sous-genre, où l'on trouve par exemple Modern Family, ce qui confirme le fait que la sitcom soit bien devenue protéiforme.

 

 

Elle a été créée par David E. Kelley, le créateur de Ally McBeal (son plus gros succès dans l'Hexagone), mais aussi de The Practice ou encore de Chicago Hope. Issu de l'écurie de Steven Bochco, l'homme derrière NYPD Blues, Kelley a fait ses premières armes dans La Loi de Los Angeles et s'est ensuite spécialisé dans les séries judiciaires en prenant un malin plaisir à dépeindre des individus marginaux : le cabinet où travaille Ally McBeal est peuplé d'avocats qui ont tous un grain (n'est-ce pas John Cage?), les clients de Bobby Donnell (The Practice) sont souvent des cas sociaux (tueurs en séries et sociopathes en puissance) sans parler de Boston Legal, spin-off de The Practice, mais qui se rapproche plutôt de Ally McBeal tant son univers est farfelu.

 

À ce titre, la rencontre entre David E. Kelley et Robin Williams promettait de faire des étincelles. Le créateur semblait à même de créer un terrain propice aux délires en tout genre de son acteur vedette, un acteur dont le sens de l'improvisation et de la fantaisie est ô combien connu. Son personnage semble même écrit sur-mesure pour lui : Williams incarne Simon Roberts, un patron un peu excentrique qui laisse les rênes de son agence de publicité à son équipe de conseillers, il y a comme un parfum de Toys (un film de Barry Levinson où l'acteur incarne le fils d'un fabricant de jouet) dans l'air. A ses côtés, on retrouve Sarah Michelle Gellar, autrement dit Buffy de Buffy contre les Vampires, dans le rôle de sa fille Sidney, la vraie patronne. Cette dernière était attendue au tournant : si l'actrice doit encore faire ses preuves dans le drama (paradoxalement, elle est l'un des points faibles de Buffy alors qu'elle en est la vedette), elle a encore plus à prouver dans la comédie. Ici, elle doit non seulement être capable de diriger son équipe, mais aussi d'avoir du répondant face à son hurluberlu de paternel, ce binôme renforce alors le potentiel attractif de The Crazy Ones qui est déjà non négligeable.

 

 

 

En cela, la série a tout pour faire saliver (un créateur aguerri, un duo-vedette aguicheur dont l'un des deux n'a plus rien à prouver), mais les scénaristes ne parviennent pas à trouver leurs marques. En effet, The Crazy One ne se focalise pas seulement sur les relations entre un père et sa fille (de plus en plus attachant, il faut le reconnaître), mais traite aussi et surtout de l'équipe qui les entoure. C'est là le point le plus important d'une sitcom : jongler avec des personnages caractérisés de manière à installer une mécanique apte à déclencher les gags et autres situations comiques le plus naturellement possible. Or, les protagonistes qui gravitent autour de Williams et Gellar manquent singulièrement de personnalité : même au bout de plusieurs épisodes, on a du mal à comprendre ce qui motive Zach Cropper, Andrew Keanelly et Lauren Slostky. Un comble pour une sitcom titrée The Crazy One où on se serait attendu à un défilé de frappa-dingues en tout genre. Seul Robin Williams, encore heureux, maintient un niveau de dinguerie honorable.

 

Non pas que leur acteur soient mauvais, au contraire, on pourrait même dire que le trio s'en sort mieux que Sarah Michelle Gellar. L'ex-actrice de Buffy fait de son mieux, mais elle est de plus en plus flagrant après une moitié de saison qu'elle ne se sent pas à l'aise dans le registre comique. Ce qui n'est pas le cas de Amanda Setton et Hamish Linklater, respectivement Lauren et Andrew, qui parviennent à faire sourire l'une en faisant la complexée et l'autre avec son ton pince sans rire. Le souci provient du ton de la série qui se contente d'un charme doux-dingue au lieu de verser dans le délire pure, ce qu'on était pourtant en droit d'attendre avec une sitcom comportant « Crazy », donc « Folie », dans le titre.

 

 

 

En fait, la signification de ce titre paraît se trouver ailleurs et non dans l'ambiance de la série. Si la bande autour du binôme vedette paraît « normale », en revanche, le cheminement que l'équipe emprunte pour mener à bien leurs commandes défie, elle, toute logique. Le « Crazy » du titre pourrait ainsi correspondre au processus créatif que les personnages traversent : les premières idées sont souvent des échecs, remettant en question leurs compétences professionnelles. Et là, encore, les solutions s'avèrent décevantes, puisque la série reste dans le domaine de la folie douce et non du délire franc. Les situations sont loin d'être inextricables et trahissent le manque de confiance des scénaristes envers leur matériau de base.

 

La faute n'en revient même pas à David E. Kelley, apparemment peu présent. Celui-ci n'est crédité qu'en tant que créateur, les showrunners étant Tracy Poust et Jon Kinnaly, ceux de Will and Grace, ce qui déçoit un peu plus. Il faut peut-être considérer que le format de la sitcom n'est pas en adéquation avec le savoir-faire de son créateur : Kelley est un habitué du 40 minutes, tandis que les sitcoms fonctionnent, elles, sur du 20. La durée est donc trop courte pour traiter correctement ses personnages dans le ton que Kelley a posé en marque de fabrique. C'est bien simple, les auteurs, en s'évertuant à conserver la patte de Kelley, rendent la série déplaisante à suivre : les moments de  tendresse arrivent comme un cheveu sur la soupe et la plupart des gags sont prévisibles. The Crazy One devient une série que l'on peut aimer (un capital sympathie se dégage malgré tout), alors qu'on aurait voulu l'adorer et la mettre d'office dans nos coups de cœurs.

 

Photo Credits : CBS

The Crazy One : Pas si fou que ça.
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