Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

31 May

The Mentalist : La poursuite finale

Publié par COTE André  - Catégories :  #The Mentalist, #CBS, #cop show, #Robin Tunney, #Bruno Heller, #Simon Baker, #Patrick Jane, #Red John

 

Chaque saison voit son lot de fin de séries ou des menaces d'annulation. Une fin de cycle tout ce qu'il y a de plus normal, puisque toute production n'est pas censée durer ad vitam eternam et l'heure du dénouement est souvent synonyme de bilan. Pour The Mentalist, ce moment fatidique donne lieu à une petite remise en perspective rendant le cop show plus intéressant.

 

 

Tout d'abord, je reconnais qu'évoquer une « fin de série » pour The Mentalist, alors qu'une 7e saison a récemment été annoncée, n'est sans doute pas une démarche très fairplay de ma part. Loin de moi l'idée d'être de mauvaise foi, il convient juste de démontrer ma lucidité envers cette création de Bruno Heller. Cette dernière m'a toujours fait passer d'agréables moments, à défaut de m'avoir transcendé. Et si je n'ai jamais été un grand fan du blondinet Patrick Jane (même si j'adore le voir tourner en bourrique tout le monde autour de lui), j'avoue avoir un faible pour la petite brune censée lui tenir tête, l'agent Teresa Lisbon, et aussi pour l'agent Chow. Ce dernier, en raison du jeu glacial et donc pince sans rire de Tim Kang, participe, l'air de rien, pour beaucoup à l'humour de l'ensemble.  

 

Cependant, soyons sérieux, si la popularité de The Mentalist doit énormément au sex-appel de ses acteurs, sa raison d'être, en revanche, touche un tout autre aspect. Contrairement aux autres cop show, la vedette n'est pas policier ou détective privée, mais... consultant : Patrick Jane (incarné par Simon Baker au look très « dandy british »), qui exerçait le mentalisme à titre professionnel avant de rejoindre le C.B.I., une agence de détectives chargée d'aider la Police et autres officiers fédéraux. Les talents de Jane résident dans un sens de l'observation et de la déduction très aiguë, digne de Sherlock Holmes.

 

 

Ainsi, en donnant le premier rôle à un personnage habituellement secondaire, la production de Heller affiche la fâcheuse manie de se montrer très désinvolte avec les enquêtes dès que celles-ci ne touchent pas à l'arc central de la série. De cette manière, The Mentalist se révèle un cop show se moquant ouvertement des règles du cop show, et ce, jusque dans ses propres gimmicks. Dès le premier épisode, les auteurs assument clairement leur postulat : Patrick Jane est, grâce à ses talents, une aide précieuse pour le C.B.I. (en particulier, pour l'équipe dirigée par l'agent Lisbon, jouée par Robin Tunney, Dangereuse Alliance, La Fin des Temps, Prison Break), mais cette faculté lui confère une arrogance qu'il se fait un plaisir de cultiver. Très vite, c'est sa manie de manipuler, pour rire, autant les suspects que les agents à ses côtés, qui rend le show attractif.

 

Or, comme on peut s'y attendre, ce comportement de trublion cache une fêlure et pas des moindres. Si la série débute par une enquête de routine, nous apprenons, via des flashbacks, qu'avant de rejoindre le groupe de Lisbon, Patrick Jane exerçait ses talents à la télévision et que, pour amuser son public, il a  provoqué un tueur en série insaisissable, connu sous le nom de John Le Rouge, ou Red John en VO. Pour Jane, la blague a tourné court lorsqu'il retrouva sa femme et ses enfants morts à son domicile. C'est ainsi que débute la quête constituant la colonne vertébrale de The Mentalist : Patrick Jane rejoignant le CBI pour employer ses talents à la capture de Red John, cette quête virant, on peut le comprendre, à la pure obsession.

 

 

En soi, la série n'offre donc rien de révolutionnaire, au contraire, elle assume pleinement son côté « old school ». Les épisodes se suivent et se ressemblent presque tous, quelques fois, certains sortent du lot en se penchant sur un agent à part (deux hésitent – refrain connu - à s'avouer leurs sentiments, un autre a une relation compliquée avec un de ses contacts, etc.), mais lorsque les enquêtes n'abordent pas Red John, elles sont, pour la plupart, inintéressantes au possible. En clair, lorsque l'on regarde The Mentalist, il faut s'attendre à un « Patrick Jane show » et rien de plus. Ce qui a ses bons et ses mauvais côtés : d'une part, Jane se plaît à mettre tout son petit monde dans des situations diverses et variées garantissant un minimum de distraction (qui, hélas, manque cruellement de fantaisie), mais d'autre part, il est aussi très frustrant de voir de nombreuses thématiques ne pas être exploitées plus que ça et être très vite écartées dès le générique de fin.

 

C'est ainsi que cette série fait son petit bonhomme de chemin, mais au bout de 5 saisons, son créateur, Bruno Heller, se dit qu'il était temps de résoudre l'énigme principale : qui est Red John ? En effet, ce story-arc est relégué en tant que fil rouge sur lequel les scénaristes se penchent en début, milieu et fin de saison et les possibilités de « non-rencontre » (l'aura de Red John tient beaucoup à son invisibilité... et on découvre, à ce titre, qu'il bénéficie d'un réseau d'assistants assez impressionnant) se réduit d'années en années, au point que les efforts des scénaristes pour relancer l'intérêt de ce fil rouge (sans montrer le fameux tueur, on le rappelle) devient vite poussif : Jane tente plusieurs fois de décourager quiconque de défier ouvertement Red John... comme si son cas personnel et la liste des victimes ne suffisait pas, et notre mentaliste essaie aussi de confondre, à maintes reprises, des suspects avec des indices quelques peu hasardeux.

 

 

En soi, donner un visage à cette figure emblématique est louable, puisque l'intention sonne comme une récompense pour le public fidèle. Or, Bruno Heller tombe dans tous les pièges possibles et imaginables. Tout d'abord, en dévoilant la nature de l'organisation de Red John, celle-ci n'a rien d'une association de malfaiteurs, juste d'un cercle de personnages dont le but premier a été détourné. Ensuite, le statut de l'identité civile du tueur va à l'encontre de tout ce que l'on aurait pu attendre d'un « génie du crime » : n'espérez pas un milliardaire machiavélique, vous risqueriez de tomber de haut, de très haut même. Le seul bon point réside dans le casting de ce fameux John le Rogue, le souci se situe juste dans la nature de son personnage : aussi bon soit-il, l'acteur fait ce qu'il peut avec ce qu'il a.

 

Ceci dit, cette révélation aurait pu sonner comme un pétard mouillé si les auteurs n'avaient pas changé le fusil d'épaule au cours des saisons. Les plus observateurs auront remarqué que la dramaturgie du fil conducteur « La traque de Red John » a plusieurs fois changé de tonalité : de tragique à ses débuts, elle est devenue quasi-parodique. Il devenait clair pour les scénaristes que la capture de ce tueur était un prétexte pour conserver Patrick Jane dans les rangs du CBI : Jane discutait ouvertement de ses efforts pour traquer sa nemesis, alors que cette enquête est censée être secrète ; et son obsession devenait un sujet de moquerie dans la série elle-même.

 

 

Enfin, en plaçant la résolution de cette traque en plein milieu de saison, Heller ne fait que confirmer ce dont on se doutait déjà : cette story-arc n'était plus qu'un simple rebondissement de plus dans la série et non la raison d'être de celle-ci. Inutile d'espérer un quelconque combat homérique entre ce Sherlock Holmes des temps modernes et son Moriarty, Patrick Jane se contente d'assouvir sa vengeance sans emphase. En revanche, la bonne surprise réside dans la persévérance de la série à continuer à se focaliser sur sa vedette... alors que celle-ci a signé l'arrêt de mort de son propre show. Une chose suffisamment rare pour être souligné : le héros entraîne sa série dans sa chute, au point que cette dernière perd son identité. De ce fait, le plus grand défi de The Mentalist devient, en cours de saison, de se recréer, le problème étant que sa raison d'être résidait dans un cycle, maintenant achevé. Quel que soit la direction choisie pour la suite (nouveau fil rouge?), elle aura des allures d'excroissance hasardeuse après le dénouement.

 

Photo Credis : CBS

The Mentalist : La poursuite finale
Commenter cet article

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.