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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

29 Jun

24... en heures sup'

Publié par COTE André  - Catégories :  #24 Heures Chrono, #Jack Bauer, #Kiefer Sutherland, #Fox, #action, #espionnage, #serial

 

 

Peu de séries ont eu la chance d'effectuer un retour sur le petit écran. En règle générale, lorsque cela arrive, il faut toujours prendre en compte plusieurs facteurs, dont la mise à jour du concept aux standards de l'époque de diffusion. Plus ce retour est tardif et plus il est délicat de modifier quoique ce soit sans dénaturer le charme initial. Or, dans le cadre de 24 Heures chrono, ce laps de temps est si court entre les derniers épisodes de la série originale et la nouvelle mouture, que les conséquences de cette rupture se révèlent minimes, les différences se situant ailleurs.

 

 

 

 

En effet, ce retour inespéré nous ramène aux raisons de la conclusion. Pendant 8 saisons, 24 Heures Chrono a réussi à maintenir la cadence d'un rythme haletant et effréné. 8 années qui représentent pour ses personnages (en particulier, le fameux Jack Bauer) 8 longues journées de complots gouvernementaux, menaces de guerre nucléaire, coups d'état au sein même du Bureau ovale et trahisons en tout genre. La série est même parvenue à ne jamais connaître de réelles chutes qualitatives : si elle a emprunté des voies hasardeuses (rendant des saisons moins bonnes, voire mauvaises), elle a toujours réussi à préserver un minimum d'efficacité, en assumant ses partis-pris aussi bancals soient-ils.

 

Or, cette ambition a un coût et si la série s'est bâtie une solide fan-base, l'audience s'est doucement effritée jusqu'à atteindre le seuil de rentabilité du show. Un projet de long-métrage est d'ailleurs toujours d'actualité, mais là, les créateurs, Howard Gordon et Alex Gansa, se heurtent à un épineux problème de développement : une des difficultés à la concrétisation de ce projet concerne la raison même du succès de la série. Celle-ci tient au concept d'une narration en temps réel, ou plutôt d'une « impression de temps réel » : les épisodes ne durent pas une heure, mais 40 minutes à cause des pubs, c'est la mise en scène, en apparence prise sur le vif, qui nous donne l'illusion que nous suivons bien chaque faits et gestes des personnages. Un long-métrage classique ne durant en moyenne que 2 heures, je vous laisse imaginer le casse-tête des scénaristes : l'aventure doit-elle condenser toute une journée pour justifier le 24 heures du titre, au risque de perdre la saveur du show télé ? Ou se dérouler sur 2 heures pour garder cette saveur, mais rendre alors le titre incohérent ?

 

 

 

 

Un précédent téléfilm, 24 : Redemption, trait d'union entre deux saisons, répondait à cette difficile question : les auteurs se sont contentés du concept de temps réel tout en gardant l'intitulé de la série, renvoyant celui-ci à un simple label. Donc, pour eux, il est clair que le titre sonne comme un en-tête désignant les aventures de Jack Bauer et non les promesses d'un modus operandi : lorsque l'on regarde ce show, nous devons nous contenter d'une histoire où le héros doit mener à bien une mission dans un temps limité, que ce soit en l'espace de 24 Heures ou de 2. Dès lors, il ne reste plus qu'à trouver un sujet qui justifie ce passage de la série sur le grand écran.

 

De ce fait, cette singularité (l'impression de temps réel) est maintenue dans cette nouvelle cuvée, que l'on peut voir en 9e saison sans souci, l'histoire reprenant là où la série s'est arrêtée. Il est amusant de voir à quel point les retrouvailles et autres références avec les événements précédents sont traités par-dessus la jambe (à peine quelques lignes de dialogue) afin de rentrer au plus vite dans le vif du sujet. On ne peut même pas vraiment dire que la présentation de Jack Bauer révèle (ou plutôt spoile) quoique que ce soit quant à l'ampleur du dénouement de la saison 8, tant la situation de « fugitif recherché par les services secrets de tous les pays » est récurrente dans les saisons précédentes. Le peu d'information qui nous ait donné nous permet juste de resituer les personnages dans le cadre.

 

 

 

 

Ainsi, si nous retrouvons plusieurs visages incontournables (Chloé O'Brian, l'indispensable hackeuse) et familiers (James Heller et sa fille Audrey Raines, que nous n'avions pas revu depuis la saison 6), ceux-ci connaissent juste un processus d'évolution semblable à un « entre deux » saisons classiques. Quelques allusions sont faites aux passifs des personnages, mais le présent fil rouge ne repose pas dessus : ces anciennes connaissances semblent être des « passerelles » pour Bauer, afin que l'histoire puisse démarrer sans que ce dernier ne perde de temps à chercher des alliés. De cette manière, que les fans se rassurent, si les événements se situent cette fois en Angleterre (et non aux États-Unis) et que, pour la première fois, tout le casting a totalement été renouvelé (à quelques exceptions près, donc), la série ne connaît pas vraiment de ravalement de façade susceptible de la dénaturer.

 

En fait, la rupture tant crainte est traitée de la même manière qu'un début de saison habituel. L'un des principes de 24 Heures Chrono est le suivant :  considérant que chaque saison se déroule dans le laps de temps d'une journée et qu'il se passe toujours un ou deux ans entre celles-ci (la saison 2 se déroule 1 et demi après la saison 1, vous suivez?), 24 Heures Chrono narre, de ce fait, les événements de 8 journées qui ont été des moments-clés d'une période d'environ dix ans. La particularité de cette saison 9 est de se dérouler non pas 1 ou 2 ans après, mais juste 4 ans. Ce simple fait amoindrit considérable le sentiment de nostalgie que procure d'autres suites tardives réalisées dix ans après leurs opus précédents : finalement, seul l'embonpoint de Kiefer Sutherland vient nous rappeler qu'un peu plus de temps s'est écoulé, la série retrouvant son efficacité d'antan le plus naturellement du monde.

 

 

 

 

Par contre, là nouvelle donne qui pourrait désarçonner le public fidèle réside dans le nombre d'épisodes : cette nouvelle saison est composée de 12 segments... et non pas 24, un format désormais trop coûteux. Cette 9e année tranche avec les précédentes par ce nouveau standard qui n'est pas sans conséquence sur la narration, puisqu'elle en précipite son déroulement  : peu de personnages secondaires arrivent à se dégager du casting principal (difficile de s'intéresser à plus d'une dizaine de protagonistes), les passages obligés sont prévisibles (les scénaristes reprennent les mêmes rouages) et le versant intimiste est à la limite de la superficialité tant cet aspect détonne par rapport au caractère actioner de l'ensemble.

 

En soi, ces menus défauts ne sont en rien surprenant, vu qu'ils apparaissent en effets secondaires de ce changement de calibre. L'erreur aurait même été pour les scénaristes de conserver la même cadence qu'auparavant, ce qui nous aurait donné l'impression que cette 9e saison ne soit qu'une « demi »-saison et ça, les auteurs en ont bien conscience. Après tout, Howard Gordon et Alex Gansa ont aussi créé Homeland, une série de Showtime qui adopte ce même format réduit. Un format qui apparaît là comme un bon compromis.

 

 

 

 

De cette manière, cette nouvelle saison peut se voir, au choix, comme une tentative d'entretenir la flamme, de confronter les personnages à des thématiques contemporaines (il est question ici de l'utilisation de drones en temps de guerre) ou d'expérimenter les paramètres de la série sur un nouveau format (une saison 10 pourrait voir le jour en cas de succès). Pour le moment, cette 9e cuvée ne laissent en aucun cas un arrière-goût d'excroissance inutile. Dès les premiers instants, nous retrouvons cette tension permanente si caractéristique de la série et qu'il était essentiel que les auteurs conservent. Si nous sentons une différence, cela tient surtout en raison dudit format, ce nouveau mode économique auquel le public-fan de la première heure doit s'adapter, l'ambiance, elle, ne changeant pas d'un iota.

 

Photo Credits : Fox

24... en heures sup'
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