Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

17 Jun

Highlander : s'il ne devait en rester qu'un !

Publié par COTE André  - Catégories :  #Syndication, #Highlander, #heroic fantazy, #Adrian Paul, #DuncanMacLeod

 

Heberger image

 

Lorsqu'une œuvre est unique, la dernière chose à laquelle on s'attend est de la voir proliférer. On pourrait rétorquer que l’œuvre en question n'en est pas à une trahison près, mais le film dont se réclame Highlander : la série s'avère déjà un tout, une finalité en soi. Le plus étonnant est donc d'avoir réussi un prolongement télévisuel parvenant à saisir l'univers du long-métrage, tout en étant en contradiction avec celui-ci.

 


Ainsi, le parcours de la saga Highlander est assez singulier. Le premier film a été écrit par un certain Gregory Widen alors qu'il n'était qu'étudiant et, à sa sortie en 1986, ledit long-métrage n'a pas vraiment fait des étincelles au box-office, à peine un succès d'estime pour son réalisateur, Russell Mulcahy, et de son acteur-vedette, Christophe Lambert, perçu en star internationale. L'ivresse aura été de courte durée puisque, 5 ans plus tard, l'impensable séquelle, Highlander : le retour, tua l'idée d'une franchise. À ce moment-là, le projet d'une série télé confirmait l'idée que les producteurs étaient prêts à tout pour épuiser le capital sympathie du premier opus : après tout, à la barre, nous retrouvions les deux mêmes producteurs, Peter S. Davis et William Panzer, déjà en fonction lors du second volet. Tout le monde s'attendait donc à une production démontrant la dégénérescence de la saga. La surprise n'en a été que plus grande : la création de Widen allait trouver là son meilleur écrin.

Cependant, la réussite n'est pas sans concession. Le personnage éponyme n'est plus Connor MacLeod, incarné par Christophe Lambert, mais Duncan MacLeod, interprété par Adrian Paul. Un petit réglage effectué, on s'en doute, par souci économique : en tant qu'acteur ciné, le cachet de Lambert était trop onéreux pour la télévision, de plus, on peut comprendre son envie de tourner la page après l'expérience désastreuse du second volet. Néanmoins, on dénote un souci de cohérence qui permet à la série de s'affranchir du film tout en élargissant son univers : Highlander est le surnom de Connor MacLeod en raison de ses origines écossaises, il ne paraît pas invraisemblable qu'une autre personne de sa famille, un cousin en l'occurrence, soit désigné avec le même terme. Dès lors, film et série baignent dans un ambiance similaire, même si la nature des deux MacLeod est suffisamment distincte pour éviter la redondance : l'un ayant un charisme discret « d'homme de la rue », l'autre est un guerrier dans l'âme.

 


Parmi d'autres remaniements, on peut en remarquer certains touchant à la cohérence de la série par rapport au métrage d'origine. Du script de Widen, les scénaristes conservent l'aspect surnaturel de leur thématique. Connor et Duncan font partie des immortels, c'est-à-dire des humains (et non des extra-terrestres, comme dans Highlander : le Retour que tout le monde veut oublier) destinés à vivre éternellement, du moins en théorie : le seul moyen de les tuer étant de leur trancher la tête au cours d'un duel à mort. Or, le premier opus a justement pour objet le duel final (d'où le gimmick « il ne peut en rester qu'un ») où Connor se retrouve seul face à un autre immortel, le Kurgan, posé en véritable nemesis. Dans la série, on y fait rarement référence, histoire de permettre à la série de cohabiter avec le film, alors que son existence est, a priori, une incohérence en soi.

En outre, hormis ces détails (primordiaux tout de même, puisque l'on parle là de la tête d'affiche et de trames scénaristiques), force est de reconnaître les efforts de toute l'équipe pour restituer l'ambiance du métrage. Le plus naturellement du monde, le générique reprend la BO de Queen, le groupe déjà à l’œuvre dans l'opus de 1986. Ensuite, les épisodes adoptent une structure très proche du scénario de Widen en mêlant récit contemporain et flashbacks historiques : le statut d'immortel donne à Connor une allure de voyageur/témoin de l'Histoire humaine, ce que la série préserve avec Duncan. D'ailleurs, la première saison est rythmée par cette logique des duels incessants avec le schéma de « Duncan rencontrant un nouvel immortel dans des circonstances les menant à s'affronter ». Il est même flagrant que le postulat imaginé par Widen s'adapte parfaitement au format serialesque.

 


Néanmoins, une fois passé ce retour aux sources bancal (difficile d'effacer le souvenir du second opus si rapidement), la première cuvée démontre surtout la limite du concept initial. Le subtil mélange entre héroic fantazy et thriller urbain tourne vite en rond, au point que cette première année en devient vite laborieuse. En outre, les réalisateurs qui se succèdent tout au long des 22 épisodes ne peuvent faire preuve, malgré les bonnes intentions, d'autant d'inventivité que Russell Mulcahy. Manque de moyen oblige, nous devons nous contenter d'une photographie brumeuse, d'une mise en scène posée, de cadrages débullées, etc. Des efforts sont perceptibles, mais ils n'aboutissent pas à quelque chose de concret à l'écran.

En cela, les débuts de la série Highlander sont poussifs et répétitifs. Il faut attendre l'arrivée d'une société secrète appelé les Guetteurs (et l'apparition de Joe Dawson, lors du 22e épisode) pour que le show trouve son propre ton. Ce société secrète est composé de mortels (d'individus normaux, quoi) connaissant l'existence des Immortels et se donnant pour mission de les suivre, en toute discrétion, pour relater leurs exploits : leur règle d'or étant de ne pas interférer. Nous voyons poindre là une jolie mise en perspective du concept de Widen (si les Immortels sont des témoins de l'Histoire humaine, les voilà eux-mêmes observés) donnant une nouvelle dynamique à l'ensemble : des sous-intrigues très intéressantes émergent, les Guetteurs connaissant des crises idéologiques, s'interrogeant sur les influences, volontaires ou non, des Immortels sur les Mortels, alors que les Immortels ont, eux-mêmes, leur propre objectif avec le duel final.

 

 



Ainsi, avec cette valeur ajoutée, Highlander : la série entre dans une catégorie à part de fiction, celui de l'univers étendu. Une catégorie où nous trouvons StarGate – SG1 et Terminator : The Sarah Connor Chronicles, puisque toutes les trois prennent comme base un univers posé par des longs-métrages : les premiers épisodes ne sont pas des « remakes » des films, mais de simple trait d'union entre une mythologie posée au cinéma et appelée à être développée par lesdites séries. Par des choix audacieux (les scénaristes apportant une plus-value avec une galerie de personnages récurrents s'agrandissant au fil des saison et des thématiques abordées à travers plusieurs angles), les aventures de Duncan McLeod se révèlent un succès suffisamment solide pour relancer la franchise dans les salles obscures : l'image de marque redoré, un troisième opus en devient même envisageable. Malheureusement, le sobrement intitulé Highlander 3 se contente d'être une suite au premier volet (les auteurs niant toujours l'existence du second) avec Connor McLead en vedette, sans référence à Duncan.

Du côté de la petite lucarne, les choses s'envenimaient dans les coulisses. Lors de la sixième saison, le courant passe de plus en plus mal entre Adrian Paul et la production : la cinquième année devait être la dernière et un nouveau renouvellement empêche l'équipe de s'intéresser à d'autres projets. En fait, avec cette ultime cuvée, la série embraye un virage qui lui sera fatal : Duncan est de moins en moins présent pour laisser la place à d'autres, afin de lancer un spin-off. De cette manière, la production désirait donner un second souffle à la saga avec un nouveau long-métrage : Highlander 4 – End Game. Celui-ci est même conçu pour être le passage de flambeaux entre Connor et Duncan, intronisant ce dernier en star de la franchise ciné. Le but ? Transposer l'univers de la série sur grand écran tout en ayant, en parallèle, une autre série télé : Highlander : The Raven, ou en VF, Highlander : L'immortelle.

 



Hélas, les choses ne se déroulèrent pas comme prévu. En raison de plusieurs incohérences lors de ce changement de support (l'univers de la série n'est pas assez exploité) et d'un film à l'autre (même les événements du 3e volet ne sont pas mentionnés), Highlander 4 rate le coche et échoue à lancer la franchise vers de nouvelles perspectives. Ainsi, alors que le dernier épisode de la série offrait une conclusion satisfaisante aux six saisons télévisuelles, ce Endgame se perçoit comme un épisode bonus maladroit. Malgré cela, même si elle a pris un bon coup de vieux, Highlander : la série peut se targuer d'avoir redoré le blason d'une saga en perte de vitesse.

 

Highlander : s'il ne devait en rester qu'un !
Commenter cet article

Karine 08/03/2016 00:56

Une série qui a berçé mon adolescence et que j'ai redécouvert avec plaisir (ce qui n'est pas le cas de beaucoup d'autres que je trouvais géniales et qui me paraissent à présent bien nunuches). Ce personnage qui évolue au cours de quatre siècles arrive encore à m'émouvoir. La forme peut bien vieillir, le fond reste immortel. Merci pour cet article qui m' a éclairé sur bien des choses (comme la saison 6 étonnamment courte.
Karine au carrefour des rêves.

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.