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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

15 Jul

The Nine : Retour en enfer

Publié par COTE André  - Catégories :  #ABC, #The Nine, #Tim Daly, #Kim Raver, #drama thriller, #Hank Steinberg

 

Lorsqu'un concept remporte un grand succès, difficile pour les scénaristes de ne pas tenter de l'adapter à toutes les sauces. Ainsi, en lançant Lost en 2004, ABC apportait un vent de fraîcheur au paysage fantastique télévisuel. Mais, quand cette même chaîne donne son feu vert à The Nine 2 ans plus tard, on sent déjà un arrière-goût de réchauffé dans l'air. Non pas que les deux productions soient des copies conformes, elles ont juste tant de similitudes qu'il est difficile de ne pas songer à l'influence de l'une sur l'autre.

 

 

Pourtant, a priori, leur histoire n'ont rien en commun. The Nine s'intéresse à la vie d'une dizaine de personnes qui se sont retrouvées prises en otage lors du braquage d'une banque. Si le premier épisode choisit de traiter ce braquage en ellipse (nous ne voyons que les événements précédant ledit braquage... pour passer directement au dénouement), c'est pour mieux revenir dessus par la suite, d'où le sous-titre de la version française, 52 Heures en Enfer, qui cherche à focaliser notre attention sur ce laps de temps précis. La série a été créée par Hank Steinberg, à qui l'on doit FBI : Portés Disparus, et Alex Graves, l'un des producteurs exécutifs de A la Maison Blanche. Il n'est donc pas surprenant de voir une telle mise en avant des protagonistes.

 

En effet, la série s'intéresse à l'effet post-traumatique de ce braquage transformé en prise d'otage. Chaque épisode est construit de cette manière : un flashback sur une action durant ces 52 Heures, une action qui aurait été décisif pour une des personnes présentes sur les lieux, puis un retour à l'instant présent où nous voyons ces derniers peiner à renouer avec leur quotidien. C'est en cela que la série cultive des faux-airs avec Lost. Celle-ci est connue pour cette narration mêlant des flashback pour raconter comment, après un crash d'avion, des rescapés ont survécu sur une île déserte. À l'instar de Lost, la narration, dans The Nine, fait des va-et-vient entre passé et présent pour illustrer en quoi les événements des 52 heures ont bouleversés la psychologie des individus.  

 

 

Ainsi, dans un cas, nous avons affaire à un thriller qui glisse progressivement vers le fantastique (l'île de Lost révèle des facultés surnaturelles), dans l'autre, l'histoire est un récit dramatique qui pourrait être un fait-divers, tendant le thriller. Cependant, ce que ces deux productions mettent en exergue, c'est l'extension possible de leur postulat : aussi bien dans Lost que dans The Nine, les personnages ne se connaissent pas entre eux, l'objectif du feuilleton est donc de montrer la construction de leur relation, un aspect qu'une narration télévisuelle permet d'offrir.

 

Une des principales différences réside dans le décor donnant à chacun de ses show une envergure bien distinctes. Celui de Lost est une île apparemment paradisiaque, donc un cadre dépaysant et réellement attractif. Très vite, l'île en question devient une source de mystère et le lieu se voit doter d'une aura envoûtante. Tandis que dans The Nine, il s'agit de la simple ville de Los Angeles, autrement dit un décor banal, renvoyant au quotidien et utilisé dans plus de la moitié des productions télé et ciné. La mise en scène ne fait guère preuve d'inventivité, puisque (à part le braquage très tendu) The Nine ressemble à n'importe quelle autre série dramatique à l'antenne, ne sortant du lot qu'en raison de son gimmick... emprunté à la série à succès du moment. Ceci dit, on peut aussi targuer que le cadre de The Nine offre plus de familiarité aux téléspectateurs que l'île détachée de tout de Lost.

 

 

Nous retrouvons également des lacunes au niveau de l'écriture des personnages. Si, dans Lost, ceux-ci se définissent dans l'action, au point que l'on parle plutôt de caractérisation puisqu'ils se dévoilent au fur et à mesure (les flashbacks se chargeant de donner de l'épaisseur à chacun d'eux en suggérant rétroactivement leur évolution, révélant ce qu'ils étaient « avant »), dans The Nine, l'introduction, plus classique et moins percutante, renvoient nos protagonistes à des clichés et leurs préoccupations à de grosses ficelles scénaristiques. Le casting a beau être solide (Tim Daly qui rejoindra Private Practice, Chi McBride de Boston Public, Kim Raver de New York 911 puis 24 Heures Chrono, Scott Wolf de La Vie à Cinq, sans oublier John Billingsley de Star Trek – Enterprise), la mayonnaise ne prend pas.

 

De plus, l'acte fondateur du postulat s'avère très limité. Dans Lost, l'île a mille et un secrets, il est aisé de concevoir le travail d'équilibristes effectué par les scénaristes pour traiter les personnages, d'une part, et la révélation concernant île, d'autre part : Lost a finalement duré 6 saisons alors que les auteurs n'en avaient prévues que 5. Or, pour The Nine, le braquage est très vite relégué comme une « anecdote », ce qui est normal, chacun tentant de tourner la page, mais cela a comme conséquence de réduire cette intrigue (pourtant présentée comme « principale » dans le pilote) en simple fil rouge d'égale importance avec les autres sous-intrigues. À ce stade, tout rebondissement et péripéties destinées à relancer l'intérêt de ce noyau dramatique se perçoit en astuce scénaristique pour épuiser artificiellement le postulat : le principal intérêt de The Nine n'est pas les circonstances du braquage lui-même, mais la faculté des personnages à remonter la pente.

 

 

Or, cette thématique est déjà traitée dans bon nombre de séries dramatiques en tant qu'intrigue de second plan ou de pitch d'un épisode (les prises d'otage et braquage de banque sont menés courante pour sortir de la routine), ce qui nous amène à nous demander si le format feuilletonnesque de The Nine est réellement pertinent. À vrai dire, passé l'épisode 4 ou 5, les scénaristes ont un peu fait le tour de leur sujet et on a vraiment du mal à voir comment ils arriveront à tenir une commande de saison complète. Au final, la série s'arrête au bout de 13 épisodes qui ne sont pas inintéressants, mais qui épuisent à eux seuls tous les ressorts possibles. En fait, sur le papier, The Nine avait tout pour faire un bon thriller... sur grand écran, l'histoire ne se montrant pas suffisamment riche pour tenir sur la durée.

 

Photo Credits : ABC

The Nine : Retour en enfer
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