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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

12 Aug

Nip/Tuck : le complexe du Pygmalion

Publié par COTE André  - Catégories :  #Ryan Murphy, #FX, #Julian McMahon, #chirurgie

 

 

 

Maintenant, il y a des termes qu'il faudra éviter d'utiliser quand on qualifie une série. Ainsi, il est toujours amusant de constater le nombre d'entre elles qui se voient étiqueter « série culte » dès leur pilote. Loin de moi l'idée de faire des amalgames, mais le terme « culte » est si galvaudé de nos jours qu'il a fini par perdre toute signification. Lorsque Nip/Tuck débarque en France aux alentours de 2003/2004, elle est bien l'équivalent d'un électrochoc, mais elle ne débouche pas pour autant sur un culte tant promis.

 

 

 

 

Sans vouloir jouer les vieux cons, de mon temps, lorsque l'on désignait une série de « culte », on pensait aussitôt aux Prisonnier, Star Trek (The Original Serie), Twin Peaks ou encore Chapeau Melon et Bottes de Cuir. Des œuvres qui se sont révélées marquantes pour une, voire plusieurs, génération grâce aux rediffusions. Chacune se caractérise par un univers singulier avec un concept fort au point de donner naissance, encore aujourd'hui, à des copies plus ou moins réussies.

 

En cela, la série de Ryan Murphy (qui créera Glee) avait tout pour devenir une nouvelle référence. Le titre est, en lui-même, tout un programme, puisque l'expression Nip and Tuck renvoie aux activités de la chirurgie esthétique (nip signifie couper et tuck remodeler), avec une connotation péjorative : on pourrait traduire Nip/Tuck par rafistolage, voire charcutage. À ceci, on peut remarquer le slash du titre, le « / », qui renvoie, lui, à l'expression informatique « copier/coller », pour renforcer encore un peu plus l'idée de la verve satirique du show.

 

 

 

 

Cet aspect pamphlétaire est dressé à travers le parcours d'un duo, de deux chirurgiens : Christian Troy (Julian McMahon, vu dans Profiler et... Charmed) et Sean McNamara (Dylan Walsh). Ces derniers représentent deux aspects de leur profession, deux faces d'une même pièce : l'un est coureur de jupon et voit son métier comme un moyen pour accéder à la gloire et à la fortune (le fameux « rêve américain »), l'autre est altruiste, père de famille de surcroît et pensant au bien-être de ses patients. Comme on peut s'en douter le binôme est complémentaire pour veiller au bon fonctionnement du cabinet : lorsque l'un fait des excès (s'adonner à des activités à la mode mais contraire à l'éthique ou faire de trop de zèle dans le bénévolat), l'autre doit rétablir la balance. Et lorsqu'ils ne parviennent plus à trouver un juste milieu, c'est leur assistante (Roma Maffia, de... Profiler, oui, encore) qui prend les choses en main.

 

Au moins, s'il y a bien une chose qu'il faut reconnaître à Nip/Tuck, c'est une mise en place très efficace de l'univers. Dès les premiers épisodes, nous sommes plongés dans une ambiance mi-hermétique mi-sulfureuse. Mais l'une des forces de la série est de jouer sur la relation entre l'envie et la frustration du téléspectateur, celui-ci doit vouloir désirer faire partie et rester à l'écart de cet univers proche de la fantasmagorie (les musiques d'ambiance abondent, le rythme est langoureux,..) où la beauté et les apparences sont érigées en seules normes. Ceci se fait grâce à la mécanique des récits qui brisent très vite (d'une scène à l'autre, au sein d'un même épisode) le miroir aux alouettes, révélant l'envers du décors. Cette structure aboutit à une surenchère avec l'enchaînement des patients, un nouveau à chaque épisode, dont les pathologies sont de plus en plus hallucinant.

 

 

 

 

Mais ce n'est pas tout, puisque, parallèlement à leur activité professionnelle, nous suivons aussi nos deux chirurgiens dans leur vie respective. Et c'est là que les choses se gâtent, car si ce second versant est très intéressant pour la mise en perspective de l'univers dépeint (ce qui tourmente les patients n'est qu'une mise en abyme des problèmes du binôme Troy/McNamara), ce même versant se retrouve aussi tributaire de tous les travers de la série : que ce soit la famille de McNamara toujours en crise ou la vie de débauche de Troy, ces deux versants  ne sont, au final, que le même cercle vicieux.

 

En fait, si la première saison réussit son coup en tapant dans la fourmilière (son succès, elle le doit à sa faculté à dénoncer les excès), dès la seconde, Nip/Tuck connaît une descente vertigineuse qui lui remet les pieds sur Terre. Alors que la suite aurait dû transformer l'essai et consolider ses acquis, tous les défauts la font exploser en plein vol : personnages incohérents (avec des décisions prises en dépit du bon sens), le rythme devient poussif, les intrigues secondaires arrivent comme un cheveu sur la soupe et les guest stars ne servent à rien (quel intérêt de caster Catherine Deneuve ? À part profiter de la hype de la French Touch?).

 

 

 

 

 

Et encore, je vous épargne l'intrique d'un violeur en série complètement à côté de la plaque. L'arrivée du Découpeur, à partir de la 2e saison, promettait de donner un nouveau souffle à l'ensemble : un maniaque s'attaque aux clientes de nos deux chirurgiens, les défigurant pour leur faire payer leur vanité. Mais ce fil rouge s'avère inintéressante au possible et sa résolution constitue même un sommet de ridicule : et encore, « ridicule » est un terme trop doux pour qualifier ce dénouement ahurissant de paresse. Alors que le Découpeur était décrit comme l'équivalent d'un croque-mitaine pour notre duo de chirurgiens, l'existence de ce maniaque confirme l'impression général de gâchis puisque cette même existence ne chamboule en rien le train-train de la série et, pire que tout, ses motivations se révèlent digne d'un slasher de série Z ou d'un épisode de Scooby-Doo.

 

Ainsi, la suite (Nip/Tuck durera tout de même 6 saisons) ne sera donc plus qu'une succession de rebondissements et de coups de théâtres plus absurdes les uns que les autres. Les histoires de famille vampirise le show : mention spéciale à Matt McNamara, le fils de Sean, qui se révèle être une vraie tête à claque et un modèle d'instabilité. Les scénaristes parviennent même à rendre hilarant des cas de patients pourtant inspirés de faits réels : a fortiori un bon nombre de cas semblaient imaginés par les auteurs, vu leurs aspects excessifs et traités avec un sens du pathos quasi-parodique (enfin « quasi », « totalement » serait plus juste) alors que les cas en question sont bel et bien existants. Sans doute les scénaristes essayaient-ils de provoquer l'empathie du téléspectateur (qui doit douter de l'existence réelle des pathologies traitées), mais cette empathie ne fonctionne plus en raison des mêmes ficelles utilisés encore et encore.

 

 

 

 

 

Nip/Tuck tombe dans tous les pièges qu'elle dénonçait auparavant. En voulant offrir au public ce qu'il désire tant, elle se perd, s'auto-parodie pour s'auto-détruire. Oubliant toute cohérence au profit de l'effet immédiat. Le cynisme de Nip/Tuck ne s'exerce plus seulement à l'encontre de son univers (pour dénoncer ses excès), mais aussi envers son public, pour lui jeter en pleine face son désir de voyeurisme. Un désir considéré par les auteurs comme seule raison du succès, oubliant au passage qu'une série repose en grande partie sur des personnages solides. Or, Nip/Tuck se contente d'une atmosphère qui se veut insidieuse et transgressive. La série se révèle une catastrophe d'autant plus amer au vu de son potentiel, on est donc bien loin de la future série culte tant vantée à ses débuts.

 

Photo Credits : FX

Nip/Tuck : le complexe du Pygmalion
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