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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

12 Sep

666 Park Avenue : l'hôtel du Diable

Publié par COTE André  - Catégories :  #ABC, #fantastique, #feuilleton, #Terry O Quinn, #Dave Annable, #Rachael Taylor

 

 

 

 

On pourra dire ce que l'on voudra de Lost, n'empêche qu'une série de cette envergure manque cruellement dans le paysage télévisuel. La preuve en est, les essais qui ne cessent de se répéter au fil des saisons pour tenter de la remplacer. Ainsi, 666 Park Avenue a beau ne pas s'afficher en héritière directe, elle cumule tellement de similitudes qu'il est difficile de ne pas y voir de liens avec son aîné. Sans être une copie conforme, il n'en demeure pas moins qu'elle comporte plusieurs ingrédients qui auraient pu faire d'elle un bon substitut.

 

 

 

 

Lorsque ABC lance Lost en 2004, personne ne pouvait imaginer le choc que cette production Bad Robot allait être. En fait, sa conclusion a été à peine annoncée (les scénaristes ont négocié pour planifier les trois dernières saisons) que les tentatives pour occuper le credo du « la série avec un grand mystère à la clé » se sont multipliées. C'est bien simple, chaque année, nous avons droit à une série de cet acabit : un groupe de personnages qui se retrouve dans une situation hors du commun et face à un mystère, la promesse du show étant de résoudre ledit mystère au bout d'une ou plusieurs saisons. Le pitch de Lost avait fait très fort avec ses naufragés livrés à eux-mêmes sur une île, semble-t-il paradisiaque, mais où l'on sentait flotter un doux parfum de surnaturel.

 

 

De son côté, créée par David Wilcox (qui a travaillé sur Fringe et New York District), 666 Park Avenue part d'une situation disons plus « banale »: un jeune couple (Rachael Taylor, débarquée de Grey's Anatomy et Charlie's Angel nouvelle version et Dave Annable, Brothers and Sisters) emménage dans un hôtel à New York. Pour le moment, rien d'alarmant, si ce n'est que l'hôtel en question a tout l'air d'être un lieu où se manifeste des forces surnaturelles et surtout maléfiques. De cette manière, à l'instar de Lost, 666 Park Avenue est une série fantastique où l'élément perturbateur s'insinue dans un univers réaliste, à quelques différences près : chez l'une, les scénaristes maintenaient l'ambiguïté au sujet de la nature (bienveillante ? Malveillante?) des entités surnaturels, tandis que chez l'autre, les auteurs dévoilent très tôt les intentions de leur personnage central, le maître d'hôtel. Et ce n'est pas peu dire vu que ce maître d'hôtel se voit doter, dès les premières minutes, d'une aura proprement « diabolique ».

 

 

 

 

C'est sans doute sur ce point que la série en a déconcerté plus d'un. Toute la promotion était axée sur ce personnage, incarné par Terry O'Quinn (le John Locke de Lost justement ou le Peter Watts de Millennium), avec l'annonce d'autres intriques : le jeune couple n'est pas seul dans l'hôtel. Ainsi, 666 Park Avenue a été très vite (mal) perçu comme une version 2012 des Contes de la Crypte, le maître d'hôtel renvoyant au gardien de la crypte, ou the crypt keeper en V.O.. On pouvait donc penser que chaque épisode raconterait une histoire indépendante, l'annonce des intrigues autres que celle du couple ayant pu produire un effet trompeur : on avait l'impression que 666 Park Avenue allait être une anthologie où chaque segment se focaliserait sur un personnage différent... alors que, justement, la série adopte la structure du feuilleton en nous montrant en quoi le destin de tous les locataires de cet hôtel est lié.

 

 

Cette hiérarchie inattendue des personnages a pour conséquence d'embrouiller le spectateur. On pensait que chaque épisode exploiterait la petite galerie de protagonistes un par un et nous nous retrouvons à passer d'un story-arc à un autre, dans le maigre espoir de trouver un sens global à tout cela. Entendons-nous bien, le potentiel de la série (le principe du show étant de montrer le maître d'hôtel passer des accords pour aider ses locataires, ces accords se révélant de vrais pactes avec le Diable) se révèle énorme une fois passé quelques épisodes (l'un des locataires a des ambitions politiques), mais l'écriture révèle des failles rendant l'ensemble trop bancal pour permettre une possible adhésion : les personnages ont bien du mal à sortir de leur carcan, comme si les scénaristes ne parvenaient pas à les voir comme autre chose que des marionnettes, des clichés ambulants.

 

 

 

 

 

 

Là où la série se forge un capital sympathie réside dans son ambiance. Si 666 Park Avenue n'atteint pas des sommets d'horreur pure (un challenge d'autant plus difficile en ces temps de The Walking Dead, qui ne souffre pas de ce problème de censure), elle se permet tout de même d'installer un climat qui inscrit le show dans une tendance d'un cinéma fantastique. Un cinéma plus « mainstream » certes, mais surtout plus « classique » et qui a le mérite de renvoyer aux principes fondamentaux du genre : ici, le surnaturel est discret et force les personnages à se confronter à leurs propres angoisses.

 

 

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si des hommages au grand Hitchcock sont décelables ici et là. On retrouve donc des clins d'œil disséminés un peu partout (des oiseaux tourmentent un des résidents, une sous-intrigue rappelle vaguement Fenêtre sur Cours,,...), puis par la dynamique des récits qui tentent de mêler histoire d'amour et tragédie. Cela en devient même amusant puisque les scénaristes ont bien du mal à insérer ses allusions avec subtilité : dès le premier épisode, un des jeunes locataires surprend une voisine d'en face à se déshabiller et se complaît très vite dans son petit délire de voyeur ; les oiseaux apparaissent... comme par magie, profitant, soit-disant d'une brèche dans le toit, etc.

 

 

 

 

 

En cela, le propos de la série avait tout pour que 666 Park Avenue soit aussi ambitieuse que la série de Bad Robot. Malheureusement, la forme adoptée, trop brouillonne, ne lui a pas permis de trouver son public. L'audience dégringola rapidement au point que sa diffusion a été suspendue : les trois épisodes ont été diffusées en bouche-trou durant l'été suivant. Un fait d'autant plus dommageable que tous ces problèmes d'écritures auraient pu être rectifiés si la chaîne avait commandé de nouveaux épisodes, passant de 22 (saison complète) au lieu des 13 initiaux. 666 Park Avenue est une des preuves qu'il est nécessaire de donner du temps à une production télévisuelle pour lui permettre de trouver ses marques. En l'état, elle reste donc un divertissement sympathique mais, hélas, trop frustrante à cause de sa fin abrupte.

 

Photo Credits  : ABC

666 Park Avenue : l'hôtel du Diable
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