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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

31 Dec

Madam Secretary : une femme à scandale

Publié par COTE André  - Catégories :  #Tea Leoni, #CBS, #Politique, #The West Wing, #Commander In Chief, #Barbara Hall

 

 

Souvent, l'ambition d'une production télé peut ne pas être là où on le pense. En effet, le public peut s'attendre à un traitement particulier en raison du concept décrit à même le papier, or, l'angle choisi par les auteurs peut décontenancer au point de paraître à côté de la plaque. Un constat compréhensible si l'on ne regarde pas le passif des scénaristes et le style qu'ils ont affirmé au fil de leurs expériences.

 

 

 

Lorsque l'on regarde Madam Secretary, on ne peut s'empêcher de penser, en raison de l'imagerie utilisée, à The West Wing, la série de Aaron Sorkin produite par John Wells. Toutes deux nous placent dans une vision des arcanes du pouvoir à hauteur d'homme. Or, le point de départ de celle qui nous intéresse rappelle méchamment Commander In Chief, une production de Steven Bochco (NYPD Blues) avec Geena Davis en vedette, qui devenait présidente des État-Unis suite à un concours de circonstances. Cette série, lancée en 2005, a été un échec à cause (en tout cas, est-ce là mon avis tout personnel) d'une mise en avant des membres de la famille (ses enfants dépassés par les événements) au détriment d'intrigues liées à la fonction du personnage : les scénaristes avaient l'air de dire « Oui, elle est Présidente, mais elle est surtout mère de famille ».

 

Le point de départ est légèrement semblable ici, nous avons Tea Leoni (Une Fille à Scandale, Bad Boys) en lieu et place de Geena Davis, à qui l'on propose un poste à haute responsabilité suite au décès brutal d'un de ses amis, un ami qui se trouve être Secrétaire d'état, soit l'équivalent du Ministre des Affaires étrangères chez nous. La situation est donc similaire dans les deux productions : dans la première, Geena Davis incarne la vice-présidente Mackenzie Allen qui doit son nouveau poste de chef d'état à la procédure du droit de succession (au départ, elle est la Vice-Présidente) suite au décès de son prédécesseur ; et dans la seconde, Tea Leoni, dans le rôle de Elizabeth McCord, est promue en raison des souhaits d'un ami victime d'un accident d'avion. Selon ce dernier, elle aurait été la seule à pouvoir le remplacer.

 

 

 

Les deux personnages, Allen et McCord, se retrouvent très vite entourées d'une équipe de conseillers, comme dans The West Wing, où chacun se doit d'avoir sa petite storyline. Une situation là, somme toute normal, puisque, aussi tenace que soit la Elizabeth McCord, des conseillers et autres adjoints lui sont indispensables pour clore les dossiers qu'elle reçoit. Elle peut donc compter sur sa secrétaire Nadine Tolliver (Bebe Neuwirth, New York : Cours de Justice) qui travaillait auparavant avec son prédécesseur, Matt Mahoney (Geoffrey Arend, Body Of Proof) et divers autres contacts rencontrés ponctuellement mais susceptible de revenir plus tard.

 

En revanche, à l'inverse de la série de Sorkin (mais dans la même logique que Commander In Chief), les intrigues familiales de Madam Secretary vont avoir la fâcheuse tendance à prendre le pas sur tout le reste. Ainsi, son époux, Heny McCord (Tim Daly, The Nine) est mis, de plus en plus, en avant au point de partager le vedettariat avec sa femme à l'écran : oui, on n'échappe pas à la fameuse thématique de l'homme qui doit trouver une nouvelle place dans son couple. Dans Madam Secretary cependant, l'idée du « couple » est plus proche d'une « équipe » (le capital sympathie du show se repose, d'ailleurs, beaucoup trop sur l'alchimie entre Tea Leoni et Tim Daly) que du cliché archaïque de la femme docile contrainte se s'endurcir pour évoluer dans un milieu masculin.

 

 

 

Cependant, on concède que ce dernier aspect est très bien géré par les scénaristes. Bon, certaines situations sont poussives certes (Tyne Daly a trop souvent des rôles clés), mais l'alchimie avec sa partenaire fonctionne. Néanmoins, il faut bien avouer que plusieurs sous-intrigues issus de ce versant alourdissent l'ensemble (nous avons droit à l'adolescente rebelle de service qui donne du fil à retordre à ses parents et les auteurs ont trop souvent tendance à se focaliser davantage sur ce qui se passe au domicile de McCord qu'à son bureau) même si ces mêmes sous-intriques prennent des tournures intéressantes : en fait, la fille aînée est aussi têtue que sa propre mère, une militante passionnée, et cette adolescente rebelle semble servir de témoin ou point de repère par rapport à sadite mère maintenant en poste de Ministre, dont les idéaux ont été mis à rude épreuve ses dix dernières années.

 

De cette manière, le gros problème de Madam Secretary réside dans son manque de souffle. En soi, le penchant intimiste de cette production n'est guère étonnant de la part de Barbara Hall, puisque nous retrouvions un traitement semblable dans Le Monde de Joan. Or, ce qui faisait le charme du teen show de Hall reposait sur la fantaisie de son personnage principal qui nous emportait dans une dynamique farfelue et irrésistible. Dans cette nouvelle production, le personnage en vedette est moins prompt à la fantaisie, un constat normal puisque le poste de Elizabeth McCord doit inspirer rigueur et autorité.

 

 

 

En fait, en ce qui me concerne, le principal souci de Madam Secretary, réside dans une adhésion difficile aux ficelles romanesques du show. En d'autres termes, Madam Secretary a du mal à me faire accepter sa dimension uchronique, une chose que The West Wing est parvenu à affirmer : le Président de West Wing, Bartlet, est un Président est bien fictif, on en déduite donc que la série se déroule dans un univers alternatif. Il en est de même avec Elizabeth McCord, même si, pour beaucoup, elle renvoie à Hilly Clinton (la série connaît un petit buzz à ce sujet). Or, le fil rouge qui se dégage se révèle dur à avaler tant il sent le « déjà-vu » (la mort de l'ancien ministre ne serait pas accidentelle) et surtout le « too much », vu que les précédents épisodes s'évertuaient à crédibiliser son postulat via son traitement intimiste.

 

Une situation embarrassante, certes, mais loin d'être inéluctable. Il s'agit sans doute des premières tentatives des scénaristes pour trouver leurs marques et définir le cadre de leur série. Madam Secretary bénéficie d'un casting solide, mais le show a sans doute besoin d'un peu de temps pour trouver sa vraie identité. En fait, les poncifs que l'on retrouve ici et là dans la série de Hall nous rappelle la première saison de The Good Wife, où les enfants et la vie privée du personnage principal occupé aussi une place prédominante, avant de se faire reléguer au second plan par la suite.

 

 

 

La seule différence entre ses deux séries (qui cible le même public et servent déjà de fer de lance à la chaîne CBS) étant que l'une a réussit très tôt à trouver son propre rythme et une poignée de personnage haut en couleur se détachaient déjà, alors que l'autre ne parvient pas à s'épanouir dans le canevas dans lequel elle s'est engoncée. Il manque juste une petite touche de folie à Madam Secretary pour que la mayonnaise prenne, ce même petit grain que l'on retrouve dans The West Wing et The Good Wife et qui a achevé de rendre ses séries si passionnantes à suivre.

 

Photo Credits : CBS

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