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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

15 Dec

Newport Beach : Beverly Hills - La Nouvelle Génération

Publié par COTE André  - Catégories :  #Newport Beach, #The OC, #McG, #Benjamin McKenzie, #teen show, #Fox, #Josh Schwartz

 

 

Lorsque l'on s'intéresse aux séries pour adolescent (ou teen show), on peut discerner au moins deux tendances. La première consiste à traiter le sujet dans toute sa superficialité et la seconde, aux antipodes, est de prendre ledit sujet à bras-le-corps dans une narration à fleur de peau. Entre les deux, il y a une alternative audacieuse où les auteurs s'amusent à jouer avec tous les poncifs du genre pour les traiter avec justesse. Newport Beach s'inscrit dans cette dernière.

 


Au premier abord, on pourrait voir cette série de Josh Schwartz comme une version 2000 de Beverly Hills. Après tout, tout y est avec, d'une part, le synopsis qui repose sur de grosses ficelles (un délinquant juvénile, Ryan Atwood, accueilli chez les Collen, une famille aisée – le père est avocat - de la côte Californienne de Newport Beach, ou plus exactement de Orange County, soit The O.C., son titre en V.O.) et une imagerie sortie tout droit d'un magazine touristique, que je qualifie de « carte postale ». Et je ne parle même pas de l'esthétisme du casting : tous les acteurs, à quelques exceptions près, semblent sortir des auditions pour des pubs de parfum ou de vêtements à la mode, leur visage évoquant des retouches ici et là.

Il est vrai qu'il n'est pas étonnant de constater que Peter Gallagher se sente à l'aise comme un poisson dans l'eau. L'acteur, qui joue ici Sandy Cohen, le père avocat donc, est connu pour tenir les rôles de beau gosse un brin second couteau au cinéma : dans L'Amour à tout prix, il est l'homme dans le coma, sur qui fantasme Sandra Bullock par exemple. À ses côtés, nous retrouvons Kristen Cohen, jouée par Kelly Rowland, avec qui il forme un couple parfait, en apparence du moins. Mais les sérievores n'auront de yeux que pour Melinda Clarke, dans le rôle de Julie Cooper, la meilleure amie de Kelly. Cette femme fatale en puissance a marqué les esprits dans Les Experts et la récente version de Nikita. Eux tous donnent à cette communauté de Orange County les airs d'un endroit où il fait bon vivre.

 


Or, nous pouvons voir quelques détails qui détonnent dans ce cadre idyllique et qui apporte un intérêt particulier à Newport Beach. Le premier point noir est bien sûr Ryan Atwood, interprété par Benjamin McKenzie (Southland et, actuellement, Gotham). Si l'acteur a la carrure pour incarner un des nombreux bellâtres de la région, son regard de cocker lui donne une profondeur qui sied bien à son personnage d'adolescent sur la mauvaise pente, toujours en retrait. Le second élément déterminant, c'est Seth Collen, le fils unique de la famille. Loin d'être un fils à papa, il se rapproche, au contraire, du stéréotype du geek tel que l'on pouvait le concevoir dans les années 2000 : physique malingre et passionné par les comics, les jeux vidéos et le cinéma.

Grâce à Seth Collen, Newport Beach cultive un esprit décalé. Vu qu'il est le personnage dans lequel le créateur, Josh Schwartz, s'identifie le plus (il l'a dit lui-même dans plusieurs interviews), on peut comprendre aisément que le fils Collen ne soit pas réduit au cliché du geek tête à claque tel qu'il est décrit dans 95 % de la production cinématographique et télévisuelle : le souffre-douleur, le comic relief ou le faire-valoir (rayez la mention inutile). Il se trouve que Ryan, pourtant élevé dans les bas-fonds, sympathise très vite avec lui (quoi de plus normal, les deux se complaisent dans la marginalité) et la série prend vite le parti de ses deux individus : Newport Beach décrit alors en filigrane un pamphlet de la commune éponyme, vu comme un milieu ethnocentrique, des snobs quoi.

 


Au regard des personnes impliquées dans la série, cette saveur n'est pas étonnante. L'homme à l'origine de Newport Beach, c'est donc Josh Schwartz, qui créera plus tard Chuck et Gossip Girl. Dans chacune d'entre elles, nous retrouvons une écriture subtile des stéréotypes dans une imagerie épurée (certains diront sobre, d'autres cheap, voir kitsch) afin de produire un univers décalé : en fait, avec Newport Beach, nous avons l'impression de baigner dans une sorte de roman-photo vivant (une sensation que l'on retrouve dans Gossip Girl en fait), tant par les personnages qui affichent ouvertement leurs caractérisations (les gentils ont l'air gentil, les méchants ont l'air méchant) qu'à travers la teneur des intrigues qui ne dépassent pas le cadre de l'intimité des personnages. C'est un soap opera, qui s'assume en tant que soap opera.

Il en est de même avec une autre de ses séries, Chuck, qui décrit les aventures d'un apprenti espion (ses déboires pour garder sa double identité secrète - la sœur et le beau-frère de Chuck font partie du main-cast - tout en essayant de séduire sa partenaire, la blonde de service). D'ailleurs, si Gossip Girl veut nous décrire un portrait acide de la jeunesse des beaux quartiers de New York, ce sont surtout les imbroglios sentimentaux et les rebondissements invraisemblables (le retour de la cousine que personne ne connaît) qui rythme la série. La situation est identique dans Newport Beach, où les storylines qui servent de fil rouge se limitent aux disputes incessantes de chaque couple : en premier lieu, Merissa Cooper séduit par le côté badboy de Ryan Artwood, même si le couple le plus touchant est celui formé par Seth Cohen avec Summer Roberts.

 


Et il ne faudrait pas oublier un des autres producteurs exécutifs : McG. Le show lui doit sans doute beaucoup dans son second degré participant à cet esprit décalé. À l'époque, il n'était que le réalisateur de Charlie et ses Drômes de Dames, mais depuis, non seulement il a produit Chuck avec Josh Schwartz, mais aussi Supernatural, donc des productions imprégnées de références aux comics, jeux vidéos et autres composantes de la culture geek. Dans Newport Beach, nous avons ainsi droit à des discussions père-fils au petit-déjeuner pour savoir quel est le meilleur acteur de film d'action et des partis de jeux vidéos qui amorcent des scènes de dialogues. De cette manière, la série devient attachante pour un public-cible autre que celui que la chaîne visait : pas sûr qu'un adolescent lambda connaisse la filmographie de Sylvester Stallone par cœur ou la saga du Seigneur des Anneaux (les romans, pas les films de Peter Jackson) sur le bout des doigts.

Sinon, il ne faut pas se voiler la face, Newport Beach reste tout de même un teen show et le cadre des histoires se limite au code du soap, rythmées par les sempiternelles intrigues à l'eau de rose. Toutefois, la série représente le haut du panier du genre, l'ensemble est dynamique et bon enfant, l'alchimie entre les acteurs fonctionne et la bonne humeur est communicative. Une saveur de bulle de savon en quelque sorte : doux et fragile.

Newport Beach : Beverly Hills - La Nouvelle Génération
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