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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

16 Feb

Boston Justice : Law 'n' Roll

Publié par COTE André  - Catégories :  #David E. Kelley, #avocat, #James Spader, #William Shatner, #ABC, #The Practice, #Ally McBeal, #Law and Order

 

 

Les séries judiciaires, la télévision américaine en a vu défiler un paquet. Néanmoins, alors que le genre paraît limité en terme de structure, une pléthore d'auteurs sont déjà parvenus à apposer leur marque et, surtout, leur vision. En fait, malgré les contraintes, bon nombre d'entre eux ont même prouvé qu'une série se focalisant sur un tribunal et des avocats pouvait devenir transgenre. Et ce, David E. Kelley l'a très bien compris, au point d'avoir créé avec Boston Justice, une série qui est à Law and Order (autrement dit, la franchise New York District pour les francophones) ce que Clair de Lune est à Bones.

 


 

Si l'on se penche sur le cas de David E. Kelley, cela n'a rien d'étonnant. Bien au contraire, si on peut transcender les séries juridiques au point d'en faire un genre protéiforme, c'est bien grâce à lui. En France, E. Kelley est connu pour Ally McBeal (série judiciaire délirante portée par une avocate ayant des problèmes sentimentaux), mais nous lui devons aussi la rafraîchissante Picket Fence (traduit en français par... High secret City, oui oui, un titre anglais pour sa diffusion française), Chicago Hope (le versant « chirurgien » de Urgences), Boston Public et aussi The Practice (la plus sombre du lot, on y voit de jeunes avocats accepter toutes les affaires pour fonder leur propre cabinet). Ces productions lui ont permis d'affirmer son style et de faire de lui un des auteurs les plus reconnus dans le milieu. Il faut dire que le monsieur a fait ses premières armes chez Steven Bochco (un grand nom de la profession), avec La Loi de Los Angeles, LA série judiciaire qui a marqué le genre d'une pierre blanche. Forcément, pour apprendre les ficelles du métier, ça aide.

Ainsi, entre Picket Fence et The Practice, on peut voir quelques caractéristiques qui constituent sa marque de fabrique. Parmi celles-ci on note un goût pour les personnages de marginaux et haut en couleur, une écriture douce-amère et une aisance à s'intéresser à des sujets délicats. À ce niveau, il est bon de souligner la facilité avec laquelle on passe d'un regard tendre chez les personnages les plus frappadingues (et il y en a moult, les épisodes sont même un vrai défilé) et un ton ironique et cinglant envers les institutions (le système judiciaire et l'administration américaine en prennent pour leur grade).

 


 

D'ailleurs, le point le plus déconcertant avec Boston Justice (titre français de... Boston Legal, les efforts de traduction me laisse pantois) est de voir avec quelle facilité la série parvient à se forger sa propre identité alors que tout concourrait pour qu'elle se perde dans la masse. En effet, d'une part, elle est une production du début des années 2000, le genre était encore dominé par la franchise Law and Order (avec trois séries en cours de diffusion) et, comme chaque année, on pouvait compter sur l'arrivée d'autres séries pour remplir ce créneau : difficile dans ses conditions de se faire une place. D'autre part, Boston Justice est aussi la 3e série judiciaire de E. Kelley (du moins, où l'aspect juridique est au premier plan, après Ally McBeal et The Practice), une impression de redite et de déjà-vu était donc à craindre. Ajoutez à cela le simple fait qu'elle soit... une série dérivée et vous comprendrez qu'un certain manque de fraîcheur puisse se faire sentir.

Du moins, par « série dérivée » (ou « spin-off », si vous préférez), j'entends par là que Boston Legal a un léger lien avec une précédente série : The Practice. Effectivement, la dernière saison de celle-ci voyait l'arrivée de Alan Shore, joué par James Spader (autrefois le Docteur Daniel Jackson du film StarGate, je dis bien « le film », et maintenant la vedette de The BlackList). Aussi doué soit-il, Alan Shore est un avocat qui détonne par rapport aux autres de sa profession en prenant le système judiciaire avec désinvolture (il a du mal avec l'autorité des juges) et à une faculté pour éviter tout l'aspect émotionnel de ses affaires. Une aptitude qui peut poser problème dans le pénal où sont souvent traités des meurtres et divers autres cas sordides. Son arrivée dans Boston Justice marque, d'ailleurs, son entrée dans le domaine des affaires dites « civiles ».

 


 

Cette connexion ne veut pas dire pour autant qu'il y a une cohérence entre Boston Justice et The Practice. Plusieurs acteurs de The Practice font partie du casting dans des rôles aux antipodes : John Larroquette notamment dont ses apparitions comptent parmi les moments les plus mémorables du précédent show (il incarnait un client psychopathe et manipulateur), qui devient ici un avocat associé du cabinet, plus enclin à la diplomatie. Ce détail sonne comme une entorse à toute idée de logique alors que les deux séries sont censées se dérouler dans le même univers en raison de la seule présence de Alan Shore. Et je n'ai pas souvenir non plus que Shore ne mentionne, ne serait-ce une fois, sa courte carrière (oui, il n'y reste qu'une saison) au cabinet d'avocats de The Practice alors que les dernières épisodes de celle-ci voit son entrée dans le cabinet de Crane, Poole et Schmidt, qui sert de cadre à Boston Justice.

En fait, si Boston Justice est bien rattaché à The Practice par cette seule connexion, le ton burlesque qu'elle adopte la rapproche plus volontiers de Ally McBeal. Les deux partagent un même goût pour la mise en scène dynamique et les situations rocambolesques, la seule différence étant une approche plus frontale du genre humoristique : Boston Justice assume sa vision loufoque du mécanisme du système judiciaire alors que Ally McBeal propose, presque malgré elle, une vision similaire. Il ne faut pas oublier que les personnages de Ally McBeal se posent avant tout en agent extérieur aux situations (ils n'y sont pour rien dans les délires de leurs clients), alors que ceux de Boston Legal, tourne en dérision le système pour arriver à leurs fins : la série est tout de même portée par le duo particulièrement déjanté James Spader et William Shatner (alias le capitaine Kirk de Star Trek... qui a pris un sacré coup de vieux), ce dernier cabotine pour notre plus grand plaisir dans la peau de Danny Crane, l'un des piliers du cabinet Crane, Poole et Schmidt. Mais non, il n'en fait pas des caisses, il vit juste à fond son rôle, c'est tout.

 


 

D'ailleurs, tous ses renvois à d'autres séries (avec quelques-unes des stars de Star Trek et The Practice, donc) ne sont pas les seuls et la série cultive même un goût pour les références en tout genre. Alors, évidemment, aux travers des clients et autres collègues avocats, on voit une pléthore de guest stars mais cette tendance est déjà perceptible dans le casting des acteurs principaux (ce qu'on appelle le « main cast ») : tous les acteurs ont déjà un bon background télévisuel, que ce soit Candice Bergen (alias Murphy Brown) qui incarne Shirley Schmidt ; Renee Auberjonois de Star Trek : Deep Space Nine ; et même John Larroquette, déjà évoqué au-dessus, qui a été l'une des stars de la sitcom Night Court dans les années 80.

Autrement dit, avec Boston Justice, il ne faut surtout pas s'attendre à une énième série judiciaire sentencieuse. Ici, nous sommes en plein délire de sale gosse, comme si David E. Kelley, lassé du genre, avait pris le parti-pris de casser ses jouets. On en vient même à regretter qu'il n'ait pas assumé jusqu'au bout cette aptitude de frondeur (cette posture de rebelle trouve bien vite ses limites), mais Boston Justice reste, néanmoins, une série judiciaire bien déjantée, avec des personnages attachants et qui n'hésite pas à se frotter à des thèmes sensibles.

 

Photo Credits : ABC

Boston Justice : Law 'n' Roll
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