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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

31 May

Forever : un immortel de plus

Publié par COTE André  - Catégories :  #ABC, #Matt Miller, #Forever, #immortalité, #cop show

 

On ne va pas se mentir, lors des upfronts (les annonces des nouveautés), le sentiment qui prédomine est celui d'un manque de fraîcheur de plus en plus flagrant. Nous pouvons comprendre le besoin des networks à se reposer sur des valeurs sûres (d'où la profusion de spin-off en tout genre), mais si même les séries dîtes « création originale » nous font respirer un parfum de déjà-vu, il est de plus en plus aisé d'adopter une attitude blasée. Non pas que la simple reconnaissance de stéréotypes, codes et modèles pré-établis soient significatifs d'un défaut, mais encore faut-il bien exploiter les éléments mis en place pour permettre à un show de définir sa propre identité au lieu de ressembler à un melting-pot.

 

 

Actuellement, la chaîne ABC subit une petite crise. Depuis quelques saisons maintenant, les nouvelles séries qu'elle lance (la majorité, en fait) ne rencontrent pas le succès escompté. Rien de bien grave en soi, après tout, c'est le lieu commun de chaque chaîne une fois passée une période fastueuse et elle a encore quelques hits à son actif (The Middle, Grey's Anatomy et Castle) mais ceux-ci commencent à montrer des signes d'essoufflement : quoi de plus normal, après tout, Grey's Anatomy, l'an prochain, en sera à sa 12e saison. Dès lors, le besoin de revigorer sa grille se fait de plus en plus sentir.

 

Ainsi, avec Forever, l'impression que les auteurs tentent de marcher sur les plates-bandes de succès antérieurs est assez frappant. Au point que cela en devient gênant : notre personnage principal, le Docteur Henry Morgan, est un immortel, ce qui fait de cette série de Matt Miller une version cop show de Highlander. Bon, je vous l'accorde, ce n'est pas la première série traitant de l'immortalité sous l'angle de la detective story (il y a eu Angel et Moonlight notamment), mais les cops show un brin fantastique ne courent pas les rues non plus : combien de déclinaison des Experts et de NCIS avons nous chaque année en comparaison ?

 

 

En revanche, le point le plus dommageable réside dans ce sentiment constant que les auteurs zieutent chez le voisin pour peaufiner l'ensemble. Premier couac : la personnalité de Henry Morgan. Ce dernier abhorre un look de dandy un peu british et un chouïa excentrique. On peut être fairplay et reconnaître que le modèle en vigueur, en l'occurrence Sherlock Holmes, est le mètre-étalon du genre et que son inspiration a dépassé le cadre du cop show (un certain Dr. House lui doit beaucoup), mais l'aspect décalé du personnage (un dandy en milieu contemporain) renvoie volontiers au Mentalist... qui s'est achevé, comme par hasard, il y a quelques mois. Le fait qu'il soit médecin-légiste renvoie autant aux Experts qu'à Dexter (Henry Morgan nous commente les épisodes en voix-off) et que le duo décalé qu'il forme avec l'inspectrice Jo Martinez (Alana de la Garza, de New York District) à un faux air avec Castle alors que le concept paraît être un double en négatif de Bones.

 

Malheureusement, l'interprète de Morgan, Ioan Gruffud, semble avoir du mal à trouver ses marques avec son personnage, il se fait même voler la vedette par ses partenaires (en particulier Judd Hirsh, le patriarche de Numb3rs et chauffeur de taxi dans Sharknado 2 entre autres), ce qui n'est pas foncièrement bon signe. Si son nom ne vous dit rien, mais que son visage vous est familier, c'est normal : Gruffud a joué Lancelot dans Le Roi Arthur et a été Reed Richard, alias Mister Fantastic (autrement dit, l'Homme-élastique) dans Les Quatre Fantastique, version 2003. Plus récemment, on a pu le voir dans Ringer où il donnait la réplique à Sarah Michelle Gellar. Cependant, je vous concède que mon appréhension sur sa capacité à tenir Forever sur ses épaules est un ressentiment tout personnel, je n'arrive tout simplement pas à adhérer à son jeu d'acteur.

 

 

 

De plus, pure spéculation de ma part, la faiblesse du show doit en revenir au scénariste et producteur exécutif Matthew Miller qui ne semble pas savoir sur quel pied danser. Ce dernier a travaillé sur des séries comme Las Vegas, Chuck et même la sombre 666 Park Avenue. Tout naturellement, nous retrouvons une sorte de minimum syndical dans la production design et l'écriture dans Forever, mais l'ensemble souffre d'un cruel manque de profondeur : l'immortalité du personnage ne sert qu'à justifier son sens de la déduction (il a plusieurs décennies d'observation), son savoir quasi-encyclopédique et sa difficulté à créer des liens avec autrui. Les ficelles sont un peu grosses et ce qui faisait le charme d'un Chuck et d'un Las Vegas (où le second degré marche à plein régime) ne fonctionne pas ici, les personnages ayant du mal à trouver leur propre rythme.

 

En fait, le gros problème de cette série vient d'un déficit de singularité, celle-ci étant pratiquement inexistante. Les premiers épisodes font penser à Castle (ABC oblige, c'est la première référence qui vient en tête lorsque l'on évoque un duo d'homme/femme en vedette d'un cop-show, surtout que Jo Martinez est coulée dans le même moule que Beckett) où les auteurs tenteraient d'intégrer des éléments mythologiques dans le style d'un Highlander : chaque enquête nous réserve son lot de révélations sur les vies passées de Henry Morgan, via des flashbacks, comme dans Highlander quoi. Cette mythologie, qui tourne autour d'une Nemesis à notre Docteur, rappelle ni plus ni moins The Mentalist avec son Red John.

 

 

Évidemment, si on attend quelque chose d'un tant soit peu novateur de la part de Forever, on en sera pour ses frais. Cette création de Matt Miller n'a aucunement l'ambition de révolutionner le genre mais se laisse gentiment regarder grâce à l'alchimie des acteurs. Bon alors oui, les enquêtes respirent la redite, les rouages sont très classiques et la série souffre de ne pas parvenir à se démarquer de ses modèles, ce qui peut être embarrassant surtout quand quelques-uns sont encore à l'antenne. Mais dans le cas où on n'est pas trop regardant, les enquêtes du Docteur Morgan ne sont pas désagréables à regarder, on a juste tendance à les oublier sitôt le générique tombé.

 

Photo Credits :ABC

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