Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

15 May

Last Resort : A la Poursuite de l'U.S.S. Colorado

Publié par COTE André  - Catégories :  #The Last Resort, #Shawn Ryan, #ABC, #The Shield

 

 

 

Il me semble que ce n'est pas la première fois que je fais cette remarque, mais rebondir après un succès n'est jamais chose aisée. La chute est même d'autant plus rude lorsque une œuvre s'est imposée comme un classique au point d'imposer de nouveaux standards. Chaque opus des créateurs est alors attendu au tournant, chacun nourrissant des attentes insensées à cause de l'impact de ladite précédente œuvre. Or, probablement en raison du cahier des charges différent d'une chaîne à l'autre, on peut avoir du mal à reconnaître la patte des auteurs.

 

 

 

 

 

Au moment où Shawn Ryan conçoit The Last Resort avec Karl Gadjusek, Ryan vient d'essuyer plusieurs annulations. En effet, créateur de The Shield (l'un des meilleurs cop show des années 2000, pour ne pas dire le meilleur) pour la chaîne du câble FX, il devient difficile pour lui de se renouveler et de retrouver le succès public : bon, The Unit a réussi à durer 4 saisons et Lie to Me 2, mais à côté de ça, Terriers et Chicago Code ont été annulées sans obtenir de saisons complètes. Annoncé en grandes pompes, The Last Resort était l'occasion pour lui de revenir sur le devant de la scène.

 

 

Malheureusement, il ne faut pas oublier que la série est diffusée sur la network ABC ce qui doit le contraindre à freiner certaines de ses ardeurs. En effet, la chaîne a un prestige « familial » (elle fait partie du groupe Disney) a priori à l'opposé des ambitions de Last Resort : le concept de cette dernière, c'est tout de même de montrer la mutinerie de l'équipage d'un sous-marin non pas envers le commandant de bord (ici, le Capitaine Chaplin, incarné par Andre Braugher, un acteur brillantissime qui compte plusieurs perles à son actif, comme Homicide et Le Justicier de l'Ombre) mais... envers son propre gouvernement. Cet équipage va jusqu'à s'installer, carrément, sur une île pour y vivre en autarcie.

 

 

 

 

 

Un tel synopsis, on s'attend à le trouver sur CBS (la remise en question des ordres dans un cadre militaire et les conflits avec sa propre morale sont des thèmes récurrents de la franchise NCIS) ou même la Fox (dans 24 Heures Chrono, Jack Bauer n'hésite pas à devenir un électron libre quitte à désobéir à ses supérieurs lorsque la situation l'exige), mais pas sur la chaîne de Castle et Grey's Anatomy. Néanmoins, il est bon de rappeler que ABC est aussi la chaîne derrière Lost, de cette manière, nous avons une piste pour commencer à comprendre quel aspect du projet a dû plaire aux directeurs des programmes : à leurs yeux, Last Resort ne pourrait être qu'un show bénéficiant d'un décor paradisiaque, qu'importe la thématique. On retrouve d'ailleurs cette note d'intention de « carte postale » dans le casting (parmi les « gueules » comme Robert Patrick, certains ont l'air de mannequin comme Scott Speedman de Felicity et Underworld, Autumn Reeser de Newport Beach et No Ordinary Family et Daisy Betts que l'on a pu voir dans Chicago Fire) et une mise en scène policée qui supprime d'emblée toute crédibilité à l'ensemble.

 

 

Or, les intentions des auteurs sont très claires dès le pilote. Si nous suivons les officiers dans les coursives du sous-marin, l'U.S.S. Colorado, et dans leur nouveau cadre de vie, les scénaristes se focalisent aussi en parallèle sur les coulisses du gouvernement : il y a, bien entendu, une conspiration que Kylie Sinclair, jouée par la charmante Autumn Reeser, se met en devoir de révéler au grand jour. Cette narration feuilletonnant met au premier plan le caractère subversif du show : le Capitaine Chaplin s'est donc désolidarisé de son autorité militaire en raison de directives qu'il trouve immorales, une aptitude que quelques-uns de ses subalternes vont lui reprocher, entraînant la menace d'une mutinerie. Ces officiers se retrouvent, dès lors, pris dans un cercle vicieux, avec la tentation de désobéir à des ordres directs (ce qui est passible de la cours martiale, la désobéissance étant assimilable à de la mutinerie), alors que l'obéissance à ces mêmes ordres les mettent hors-la-loi par rapport au code de l'Armée, vu que c'est ici leur propre supérieur qui est condamnable envers l'éthique militaire.

 

 

 

 

 

Il est peu étonnant de retrouver de telles thématiques, vu le passif de Shawn Ryan. L'homme est le créateur de The Shield, une série policière où le personnage-phare est un inspecteur de police, responsable d'une équipe d'intervention, qui se révèle être le plus attachant du show alors qu'il est prêt à toutes les manigances (jusqu'à tuer) pour arriver à ses fins. En d'autres termes, cette série décrivait le cercle vicieux dans lequel s'enfonçait le personnage principal, celui-ci ayant des allures de dur-à-cuire plein de bonhomie. C'est une figure à laquelle renvoie le Capitaine Chaplin, même si ses tourments sont moindres : il aurait été plus audacieux de le voir remettre en question des ordres anodins, plutôt que des directives qui annoncent d'emblée une guerre probable, puisque ces directives auxquelles il refuse de se soumettre le mettent d'office dans une position bienveillante, rendant manichéen le propos de la série. Pour faire plus simple, les personnages sont d'entrée dépeint comme de gentils soldats refusant de faire le sale boulot de méchants technocrates (une vision simple des choses soulignée par l'imagerie « carte postale »), alors que le concept aurait pu être plus intéressant si la motivation de chacun était restée ambiguë.

 

 

La série paraît alors bancale. Alors que tout est réuni pour scotcher le spectateur sur son fauteuil (la mise en scène est efficace, les thématiques dignes d'intérêt, le rythme palpitant, le casting a déjà prouvé son potentiel ailleurs, etc.), la mayonnaise ne prend pas. Ou, plutôt, disons que moi, j'ai bien du mal à y trouver mon compte. La faute en revient sans doute à la caractérisation et au traitement de la majorité des personnages : si les acteurs font des prestations correctes (ils ont suffisamment d'expérience pour être bon tout en faisant le minimum syndical), l'évolution des protagonistes laisse, elle, à désirer. Prenons par exemple, Robert Patrick, un acteur solide au charisme impressionnant (le T-1000 de Terminator 2, c'était lui, et il se fait remarquer à la moindre de ses apparitions dans d'autres productions, comme dans Les Sopranos et X-Files), d'abord un peu cabotin dans la peau du Premier Maître de Flotte, il affine peu à peu son interprétation. Malheureusement, les scénaristes n'ont pas l'air de savoir quoi faire de lui, vu son absence de la moitié des épisodes et ses actes incohérents.

 

 

 

 

Le problème se situe donc bien dans le traitement. En soi, les intrigues ont vraiment de quoi captiver (parallèlement à la remise en question de leur propre statut – les officiers doivent-ils seulement se considérer comme des soldats, vu qu'ils agissent en déserteur -, les hommes de Chaplin se frottent aux truands du coin organisées comme une mafia tout en cohabitant avec la population locale), mais la mise en scène ne parvient pas à rendre palpable les conflits intérieurs des protagonistes, comme si elle se forçait à rester dans la superficialité de peur de choquer le grand public, cible de la chaîne. Heureusement, au vu des audiences toujours en baisse, les auteurs ont eu l'intelligence de donner une conclusion satisfaisante à leur histoire. The Last Resort peut ainsi être vu comme une mini-série agréable à regarder, qui n'a seulement pas eu le temps d'exploiter correctement son concept.

 

Photo Credits : ABC

Last Resort : A la Poursuite de l'U.S.S. Colorado
Commenter cet article

compare hotel prices 02/09/2016 12:15

Your blog is extremely brilliant especially the quality content is really appreciable.

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.