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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

29 Jul

Jake 2.0 : le proto-Chuck

Publié par COTE André  - Catégories :  #Christopher Gorham, #Keegan Connor Tracy, #fantastique, #aventure, #teen show, #UPN, #Buffy, #TrilogieDuSamedi

 

« Sacrebleu ! Mais comment ça ressemble trop à [ mettez le nom de n'importe quelle série récente ] » Eh oui ! Le point le plus amusant, lorsque l'on se penche sur les séries oubliées depuis des lustres; est de découvrir les graines du succès des séries cultes d'aujourd'hui. C'est bien simple, dans bon nombre de productions annulées très tôt d'hier, il est courant d'y trouver des similitudes avec celles qui sont populaires en ce moment, des similitudes si troublantes qu'elles donnent à ces dernières des faux-air de plagiat. Pourtant, ce sont bien celles-ci qui perdurent et non les précédentes, comme quoi, il en faut souvent très peu pour que la mayonnaise prenne.

 

 

 

Alors, aujourd'hui, qui se souvient de Jake 2.0 ? Déjà, à l'époque, on ne peut pas dire qu'elle ait été aidée par sa programmation sur UPN. UPN est une network actuellement défunte : l'actuelle CW est née de la fusion entre la WB (la chaîne derrière Dawson, Buffy ou encore... 7 à la Maison) et elle, qui affichait des audiences catastrophiques. En France, Jake 2.0 a été reléguée en tant que série bouche-trou en pleine été, bon, là, je l'accorde, elle a eu plus de chance en ayant eu les honneurs du prime-time avec la fameuse Trilogie du Samedi et s'est baladée ensuite sur W9 et Série Club.

 

Il faut dire que Jake 2.0 arrivait à un moment qui n'était guère propice à un potentiel succès. Les traits juvéniles de Christopher Gorham lui donnait des airs de « série pour ados » or ce créneau était déjà surpeuplé avec l'incontournable Buffy de Joss Whedon, Charmed, Angel spin-off de Buffy, Roswell ou encore l'éphémère Dark Angel. À cette époque, toutes ses séries commençaient à tendre vers leur fin : malgré l'étiquette James Cameron qui avait triomphé l'an passé avec Titanic, Dark Angel n'aura duré que deux saisons ; le serie finale de Buffy a eu lieu quelques mois plus tôt et Angel voyait son audience décliner malgré sa qualité grandissante. De cette manière, Jake 2.0 semblait arrivé après la bataille.

 

 

 

Pourtant, la série avait du potentiel, au point que le pitch trouvera son public quelques années après, via Chuck de Josh Schwartz : Jake Foley, un responsable de la maintenance informatique, d'une agence gouvernementale, se retrouve pris dans un tir croisé lors d'une tentative de cambriolage ; apparemment indemne, il a, en fait, été exposé à des produits chimiques qui lui confèrent dorénavant quelques super-pouvoirs. Si nous remplaçons « technicien » par « vendeur » et « super-pouvoirs » par « mémoire d'un super-ordinateur », nous nous retrouvons avec un postulat qui n'est pas sans rappeler Chuck qui fonctionne donc sur un concept similaire : le geek/nerd qui devient super-espion à la suite d'un accident.

 

Avant de crier au plagiat, il faut savoir que Silvio Horta, le créateur de Jake 2.0 (et qui créera ensuite Ugly Betty), avoue lui-même s'inspirer de L'homme qui avait trois milliards (vous savez, la série avec l'homme bionique Steve Austin qui date de... 1973) et que l'on retrouve plusieurs aspects de teen show issus de Buffy, et, par extension, des séries en vogue à l'époque : l'infirmière, incarnée par Keegan Connor Tracy, occupe aussi la fonction de nerd de service ; Jake, comme tout agent secret, doit cacher ses super-pouvoirs à ses proches (le lieu commun de tout récit super-héroïque) et il n'ose toujours pas aborder la femme pour qui il a le béguin, tout comme Xander dans la série de Whedon.

 

 

 

Visuellement, la série ne dénote aucunement avec le reste de la production courante des années 90. Au hasard, on pense à John Doe, Dark Angel et plein d'autres encore pour les cadrages, les effets spéciaux et l'emploi des doublures un peu voyantes lors des scènes de combats. Les clichés abondent aussi, en particulier en ce qui concerne les pirates de l'informatique : sur ce point, on le concède, les choses n'ont guère évolué dix ans après. De cette manière, nous pouvons comprendre pourquoi Jake 2.0 s'est noyé dans la masse. Bon, il faut dire aussi qu'elle est une production David Greenwalt, qui a été co-executive producer sur Buffy et showrunner sur Angel (et créateur du génial Profit, ne l'oublions pas!), ce qui explique beaucoup de choses quant à l'ambiance générale de la série qui nous occupe, en particulier sur les ficelles scénaristiques utilisées.

 

Il ne faut pas s'attendre non plus à un fil rouge parcourant la saison pour finir sur un dernier épisode en forme de climax. La série a été écrite « à l'ancienne » et nous avons affaire là à ce qui devait être une première saison. Ainsi, les 16 épisodes (dont juste 12 ont été diffusés à l'époque) sont, pour la plupart, des loners, chacune des missions n'ayant que peu, voire pas du tout, de lien entre elles. Il y a bien quelques personnages secondaires pour que la série puisse tranquillement installer son univers, mais cette unique cuvée est trop courte pour les laisser s'épanouir.

 

 

Là où la série marque des points concerne le casting. Jake 2.0 est portée sur les épaules de Christopher Gorham que l'on voyait un peu partout à ce moment-là, le plus souvent dans le rôle du geek de service : son statut dans NIH : Alertes Médicales est d'ailleurs similaire à celui de Matthew Gray Gubler dans Esprits Criminels, en beaucoup moins nerd cependant. Depuis, il a rencontré le succès dans Ugly Betty (l'autre série de Silvio Horta) où il tient un rôle récurent et, surtout, Covert Affairs où il fait partie du maincast depuis 5 saisons. Sur Jake 2.0, il tient l'affiche à merveille avec une désinvolture qui lui sied bien : il faut dire que, l'air de rien, le Christopher a déjà donné la réplique à des acteurs tels que Neal McDonough (dans NIH : Alertes Médicales justement) et Peter Weller, alias RoboCop, (dans Odyssée 5, autre série annulée trop tôt) il y a de quoi avoir confiance en soi.

 

Et, évidemment, comme toute séries des années 90, nous pouvons retrouver parmi les personnages secondaires des acteurs qui ont, depuis, réussi à percer. Aux côtés de Gorham, on reconnaît Keegan Connor Tracy, que les fans de Once Upon A Time connaissent (elle y joue une des fées) et a tenu un rôle clé dans Bates Motel. Et si on est attentif, on peut apercevoir au détour des épisodes les visages de Matt Czuchry (le Cary Argos de The Good Wife), Grace Park (Boomer de Battlestar Galactica et, plus récemment, Kono Kalakaua de Hawaï 5-0) et, pour les fans d'X-Files, Steven Williams, le Mr. X.

 

 

 

Mais avant tout, Jake 2.0 est un état d'esprit. Si les teen show à tendance fantastique et SF ne faisaient que commencer à ne toucher qu'un public de niche (il suffit de voir les audiences actuelles de la CW, qui ne sont pas glorieuses comparées aux autres networks comme CBS et ABC), la hype geek commençait à toucher Hollywood (au cinéma, nous n'étions qu'au premier Spider-Man de Sam Raimi) faisant de Jake 2.0 un quasi-précurseur. En fait, la principale différence entre la série de Horta et Chuck réside dans son statut d'œuvre référentielle : dans l'une, nous sommes dans une série très premier degré où l'on peut déceler deux ou trois clins d'œils malicieux de la part des auteurs (Lee Major, le Steve Austin original, vient faire un tour le temps d'un épisode) et, dans l'autre, l'ambiance baigne dans de multiples renvois à la culture pop.

 

De cette manière, le seul défaut de Jake 2.0 est d'être arrivé soit trop tard ou trop tôt. On concède que la série a dû pâtir de l'image de marque de UPN (même Buffy en a souffert, c'est pour dire), ce qui explique beaucoup quant au funeste destin qu'elle a connu. D'ailleurs, en la revoyant aujourd'hui, il paraît difficile de croire qu'elle n'ait pas réussi à trouver son public, tant elle contenait tout ce qu'il faut pour ça. Alors, Jake 2.0, perle oubliée à redécouvrir ? Petite perle, je n'irais pas jusque là, mais à redécouvrir assurément.

 

Photo Credits  UPN

Jake 2.0 : le proto-Chuck
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