Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

30 Sep

Urgences : les médecins des brancards

Publié par COTE André  - Catégories :  #NBC, #medical, #Urgences, #Noah Wyle, #Steven Spielberg, #John Wells

 

 

 

Pour beaucoup, à l'heure actuelle, l'univers hospitalier se résume à Grey's Anatomy. Je ne porte aucun jugement de valeur, il s'agit juste de rappeler que pour un autre public, ce même milieu évoque un autre feuilleton qui a été si marquant, qu'il a suscité des vocations chez plusieurs téléspectateurs. Né dans l'esprit de Michael Crichton (l'auteur de Jurassic Park entre autres), Urgences (Emergency Room en VO) raconte le quotidien des médecins de ce service si particulier. Si la série verra sa force s'étioler au fil des saisons (elle a tenu l'antenne 15 ans, quand même!), il n'en demeure pas moins qu'elle reste, encore de nos jours, un modèle à suivre.

 

 

 

Bon, il convient tout de même de remettre les choses en perspective. Du côté hexagonal, Urgences a contribué à révolutionner notre paysage télévisuel, en étant l'une des premières séries à avoir eu les honneurs du prime-time à une époque où seul M6 affichait cette tendance (X-Files bien sûr, mais aussi la Trilogie du Samedi, Lois et Clark, Docteur Quinn, etc), mais elle a aussi été la première série médicale à avoir eu un tel coup de projecteur. De l'autre côté de l'Antlantique, en revanche, Urgences a simplement été perçue comme la série qui a succédé à une autre, Saint-Elsewhere, (qui a révélé toute une génération d'acteurs, dont Denzel Washington) et semblait être une réponse en mode médical drama aux cops show du type New York Police Blues.

 

En effet, si Urgences s'est un peu perdu en se feuilletonnisant au point de lorgner le soap (les états d'âme des docteurs et infirmières revenaient trop souvent au premier plan), il est indéniable que la série voulait emboîter le pas à toute une production télévisuelle qui a imposé de nouveaux codes, ou plutôt qui soufflait un vent de fraîcheur sur les standards en vigueur. En l'état, Urgences reprenait des tics visuels et narratifs comme un tournage à la caméra à l'épaule et steadycam (pour avoir des plans amples, fluides et une sensation de « pris sur le vif ») et une pluralité d'intrigues et sous-intrigues en raison de la promiscuité des lieux, les couloirs du service des Urgences. L'impressionnante galerie des personnages (rien que le maincast en compte une dizaine et pas un héros en figure centrale avec des faire-valoirs autour) permettait aux scénaristes de rebondir d'une intrigue à une autre et de maintenir constamment en haleine des millions de téléspectateurs.

 

 

 

Or, contrairement à beaucoup de séries actuelles, tout ce déluge d'effets techniques et narratives ne servaient pas à relancer artificiellement l'intérêt du public. Au contraire, les effets en question tendaient à renforcer ce sentiment d'immersion que les auteurs voulaient atteindre. Ainsi, les personnages ne sont pas traités en icônes mais en humain faillible dont le savoir-faire est reconnu : le premier épisode s'ouvre sur le Docteur Green, incarné par Anthony Edwards, qui se réveille dans la salle de repos, il est crevé mais ne rechigne pas à commencer son service, et nous comprenons, via les dialogues avec ses collègues, qu'il s'agit d'une situation banale et qu'il est l'un des responsables. En quelques secondes, nous voilà donc plongés dans une réalité sans fard, une réalité fictionnelle bien sûr (Urgences reste avant tout une série avec des acteurs), mais dont les cas traités (autrement dit, les patients) sont inspirés de faits réels : Michael Chrichton a fait des études de médecine (c'est l'influence de cette formation qui lui a donné l'idée de la série) et Urgences a eu de nombreux docteurs en poste de consultant.

 

En fait, la force d'Urgences est d'avoir réussi à jouer sur plusieurs tableaux. Elle est bien un feuilleton classique usant des codes du genre (caractérisation des personnages, rythme enlevé, sens de la dramaturgie avec la gestion des sous-intrigues, etc) tout en exploitant la richesse de son postulat (le service des urgences est un lieu où plusieurs strates sociales peuvent se côtoyer) ce qui ancre d'office son univers dans une réalité contemporaine. Les scénaristes ne sont même pas arrêté là, car, à travers les cas des patients, bon nombre d'épisode laissent aux spectateurs le soin de s'interroger sur les thématiques soulevées, comme les problèmes déontologiques par exemple : évidemment, ce dernier point est un cliché du genre où chaque cas fait l'objet de débat entre l'éthique et la morale, mais il est toujours appréciable que des scénaristes n'hésitent pas à traiter de sujet épineux à travers des médias populaires et parvenir à traiter ces thématiques de la déontologie sans perdre de vue ses personnages est toujours une gageure en soi.

 

 

 

Surtout lorsque ceci se fait de manière intelligente, ou du moins, astucieuse. Il faut savoir que si Urgences est une production DreamWorks, donc Spielberg (qui venait d'essuyer les échecs de Earth 2 et SeaQuest au niveau science-fiction), elle a surtout été une série supervisée par John Wells à qui l'on devra plus tard New York 911 et À la Maison Blanche. Durant les premières années de Urgences, nous avons vu émerger une patte, une saveur, qui fera l'image de marque de ses propres productions : le producteur exécutif fondera, avec une équipe de réalisateurs (Christopher Chulack en tête) et de scénaristes son propre studio, Wells Production. C'est dire si Urgences a laissé des traces sur le paysage audiovisuel et que son influence ne se résume pas à avoir révélé le talent de George Clooney.

 

Car oui, l'intrigue se révèle balisé et prévisible, puisque, au final, la structure narrative globale de Urgences pourrait être réduite au seul parcours initiatique du jeune étudiant John Carter, incarné par Noah Wyle (Falling Skies), dont on voit son arrivée dans le premier épisode et qui finira médecin. Or, le feuilleton a vu défiler un nombre conséquent de personnage pour qui l'hôpital du Cook County a été un tournant dans leur carrière : tous les deux ou trois ans, nous avons l'arrivée de nouveaux internes qui apportent du sang neuf, certains perdurent et gagnent leurs galons de médecins, d'autres ne réussissent pas à passer l'épreuve ; il en est de même chez les docteurs (les titulaires comme on dit dans la série), on l'on voit de nombreux départs au fil des ans.

 

 

 

Au final, même si les dernières saisons se montrent redondantes (il est tout à fait compréhensible que, au terme de la sixième ou septième cuvée, les scénaristes peinent à se renouveler), Urgences a fait bel et bien partie des séries à avoir marqué l'Histoire de la télévision d'une pierre blanche. Même si elle n'a fait qu'emboîter le pas à ses aînés (Saint-Elsewhere, New Police Blues, etc), elle a révélé bon nombre de talents qui ont par la suite donner d'autres œuvres marquantes. Malgré quelques gimmicks énervants (les fameux problèmes de cœur qui se règlent entre deux patients), Urgences reste une série incontournable, dont la force de ses débuts ne devrait pas être entachée par sa fin longue et laborieuse.

 

Photo Credits : NBC

 

Urgences : les médecins des brancards
Commenter cet article

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.