Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

31 Dec

Star Trek Classic : quand l'humanisme n'a plus de frontière.

Publié par COTE André  - Catégories :  #NBC, #Star Trek, #space opera, #Science-Fiction, #classique

 

En ces temps où la franchise Star Wars est largement omniprésente, il est bon de rappeler qu'il existe d'autres alternatives. Car, oui,  si le space-opera mâtiné d'heroic fantazy s'est profondément ancré dans la culture populaire, d'autres sagas sont parvenues à poser des univers tout aussi passionnants avec, de surcroît, une longévité qui laisse rêveur. Une belle revanche quand on se souvient que l'opus initial, Star Trek – The Original Series, a eu bien du mal à rencontrer son public et que son créateur, Gene Roddenberry a dû batailler sévère pour se faire entendre.

 


Alors, il faut tout de suite remettre les choses dans leur contexte. Quand on parle de Star Trek – The Original Series (ou Star Trek – La série classique pour les francophones), on parle tout de même d'une série datant des années 60, donc d'une série dont la production design est tributaire de cette époque (et je ne parle même pas des effets spéciaux, toujours source de diverses moqueries) et dont certaines thématiques font écho à des événements qui faisaient l'actualité du moment. Sur ce dernier point, on peut reprocher aux auteurs de se montrer un brin caricatural, à ceci, il convient de souligner au moins deux choses  : et d'une, le propre de la science-fiction a toujours été d'être un prisme pour disserter autour du monde contemporain (en plaçant le récit dans une autre temporalité par exemple), et de deux, au vu des contraintes de l'époque (en plein maccarthysme quand même), aborder frontalement certaines thématiques révèlent beaucoup de choses sur l'audace des auteurs, une audace qu'il convient de saluer encore maintenant.


Bon, évidemment, je ne vous cacherais pas que je pense vous faire gentiment sourire en écrivant ces lignes vu que la série dégage un sentiment de plénitude et non de provocation à tout va. Après tout, le sujet lui-même n'appelle pas à la polémique  : le cadre dépeint est un futur utopiste où l'humanisme prévaut, où la notion de diplomatie a été élevé au rang de condition sine qua non pour gagner ses galons de capitaine (l'équipage du vaisseau Enterprise a une simple mission d'exploration), où la guerre est une alternative à éviter et où un extra-terrestre n'est pas perçu comme une menace, mais, au contraire, toujours comme un potentiel allié, voire un compagnon (ce n'est pas pour rien si le vulcain Spock – RIP Leonard Nimoy – est devenu le personnage le plus emblématique de la série), même si les différences résonnent comme un appel à la méfiance. Tout ceci a amené Star Trek – TOS à être à contre-courant de la production prédominante en son temps.

 


En effet, rien que dans son maincast, la série comporte des personnages d'origine afro-américain, asiatique et russe, alors que les tensions sociales, la Guerre du Viet-nam et la Guerre Froide battaient leur plein. Même si le schéma des histoires tourne toujours autour du même trio (le capitaine Kirk, le conseiller scientifique Spock et le médecin McCoy), le simple fait de montrer un équipage cosmopolite cohabitant en harmonie était un signe de contestation  : pour la société bien-pensante, qu'un russe ou un japonais ne soit pas décrit comme des traîtres en puissance était en soi une hérésie. Je vous laisse imaginer le côté «  poil à gratter  » que représenter Star Trek – TOS de montrer une femme de couleur et un japonais au poste de commandement (la fameuse «  passerelle  », donc dans des postes-clés) et où les solutions pour régler les conflits allaient à l'encontre des décisions prises par le gouvernement en vigueur dans la réalité, toujours prompt à l'option miliaire.


D'ailleurs, c'est sans doute ce point précis (une représentation idéalisée de l'Amérique, perçu comme un melting-pot) qui a dû être une source de malentendus et engendrer un bon nombre de détracteurs dans l'Hexagone. Lorsque Star Trek – TOS débarque en France durant les années 80 (soit presque vingt ans après la fin de la diffusion dans son pays d'origine et même après la sortie au ciné du premier Star Trek – The Motion Picture), bon nombre de tensions sociales se sont apaisées et c'est le politiquement correct qui commençait à poindre le bout de son nez  : même ce que l'on appelle la vague de la blacksploitation se faisait déjà assimilée par le mainstream. Tout ceci a contribué à une mauvaise perception de la série par la majorité du public hexagonal, puisque ce qui était d'antan progressiste (la présence de minorité au sein du maincast) était devenu anodin, voire pire, déjà considéré comme un cliché puisqu'il devenait de plus en plus courant de voir des personnes de couleur dans les fictions, en raison des quotas. L'audace des partis-pris pouvait donc (et a sans doute été) perçu en simple opportunisme  : pour dire le clairement possible, en perdant son aspect «  avant-gardiste  » avec son équipage cosmopolite, la série en devenait banale en rabaissant ce même équipage à l'état de faire-valoir.

 


Néanmoins, je veux bien concéder quelques défauts qui justifient cette méprise, comme le rythme inégal ou le jeu cabotin de quelques acteurs (qui trahisse un peu une volonté de remplissage pour atteindre la durée de 50 minutes imposée par le format), qui confère toujours un certain charme à la série puisque cela contribue à son atmosphère générale. Cela fait partie de ses a-côtés avec lesquels toutes les fictions télévisuelles de ces années-là ont dû joués  : dans les années 60, les conditions de tournages n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, ne serait-ce au niveau du matériel et la grammaire de la mise en scène qui étaient des plus rudimentaire.


Mais dans ce cas, ce serait passer à côté de la richesse thématique proposée par Star Trek – TOS. C'est bien simple, en trois saisons, tout y passe  : rencontre de peuplades les plus exotiques les unes que les autres (qui a valu à la série maintes critiques puisqu'il y avait toujours une ou deux extra-terrestres aux charmes affriolants, donc des actrices qui, maquillées en rouge ou en vert, mais surtout, affublées d'un simple bikini pour tout vêtement), paradoxe temporelle, réflexion autour de l'intelligence artificielle et même remise en question des dogmes religieux puisque des rencontres avec des intelligences supérieures amènent inéluctablement moult questions sur la place de l'homme dans l'univers. Sans parler de la logique mise en exergue pour régler les conflits  : à travers le schéma répétitif du procedural show (au cours d'une mission ou d'une patrouille, l'équipage se retrouve devant un problème et doit le résoudre), la série met en valeur des préceptes humanistes pour régler ledit problème. Une approche cérébrale qui n'est, forcément, pas au goût de tous et qui explique pourquoi il a fallu tant de temps pour que la série soit reconnue  : Star Trek – TOS a eu des problèmes d'audiences, au point de frôler l'annulation dès ses débuts.

 

 


Ainsi, même si cette création de Gene Roddenberry souffre de problème de production (en particulier la saison 3 qui, en raison d'un changement de showrunner, se veut plus rocambolesque et s'avère être la plus faible), elle n'en demeure pas moins qu'elle reste à ce jour un monument incontournable de la science-fiction. Et je ne dis pas ça parce qu'elle pose les bases à toute un univers (évidemment, sans elle, pas de Star Trek – TNG par exemple), mon constat se justifie surtout en raison de l'alternative salvatrice qu'elle propose. Alors que la science-fiction est souvent synonyme de discours alarmiste sur des lendemains pessimiste au possible, la série de Roddenberry propose une vision d'espoir, une vraie bouffée d'air frais dans un monde de plus en plus sombre. Étonnez-vous après ça, que Star Trek soit perçu par des millions (allez, disons milliards) de fans dans le monde, non pas comme une simple série de science-fiction, mais carrément comme une philosophie de vie.
 

Photo Credit : NBC

Star Trek Classic : quand l'humanisme n'a plus de frontière.
Commenter cet article

Archives

À propos

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.