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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

30 Jan

Gotham : quand Gordon trouve sa place

Publié par COTE André  - Catégories :  #Fox, #Gotham, #Benjamin McKenzie, #Morena Baccarin, #super-héro, #cop show, #Bruno Heller, #Donald Logue, #Mickael Chiklish

 

 

 

 

Je ne le répéterais jamais assez, les season 1 d'une série télé sont toujours problématiques pour les auteurs. Du moins, globalement, lorsque l'on se penche sur les séries fantastiques et de science-fiction, les premiers épisodes sont toujours les plus faibles. Dans le cas de Gotham, les choses sont un peu plus compliqués que cela. Si cette production de Bruno Heller se veut avant tout un cop show, elle reste affiliée à l'univers de Batman ce qui contraint les auteurs à prendre en compte toute une matière pré-existante. Cet aspect donne l'impression qu'une mythologie s'installe un peu envers et contre tous.

 


En effet, l'an dernier, Bruno Heller, à qui l'on doit The Mentalist, mais aussi Rôme, nous proposait une série aux rouages classiques, celles du cop show. Après tout, le postulat de départ n'est autre qu'un jeune inspecteur qui débarque dans une métropole, c'est le marketing (les spot tv et autres affiches teasing) qui a rappelé les connexions entre la série et l'univers censé être dépeint, via des clins d'œils et easter eggs. Il ne faut pas oublier que le titre n'est pas Gordon, mais Gotham, il est donc normal qu'il y ait des sous-intrigues autour de cette cité. Là où ça coince concerne le manque d'homogénéité entre les fils rouges feuilletonnants et la structure du cop show avec les enquêtes indépendantes.

Il faut savoir que, pour les amateurs de comics, Gotham est avant tout la ville où est domiciliée Batman, quoique, même un public qui n'est pas friand de bandes dessinées américaines peut connaître ça, vu la popularité des long-métrages sur le Dark Knight ou même des dessins animées et autres séries télés estampillées à son effigie. Il en est de même pour le personnage qui tient le show sur ses épaules : l'inspecteur James Gordon, incarné par Pat Hingle (période Tim Burton/Joel Schumacher), puis par Gary Oldman chez Nolan, ici c'est Ben McKenzy de Newport Beach et Southland qui lui prête ses traits. Le charme de la série devait provenir des enquêtes du jeune inspecteur ici rookie et de ses liens avec la mythologie des comics. Il n'y a pas à chercher bien loin, dès l'épisode pilote, la première affaire de Gordon n'est autre que le meurtre des parents de Bruce Wayne et une sous-intrigue nous montre un certain Oswald Cobblepot au sein de la mafia, les fans ayant compris que ce dernier est destiné à devenir le Pingouin, un ennemi de Batman.

 

 



L'an passé a donc sonné comme une épreuve de force pour le jeune inspecteur. Gotham City est bien décrite comme une métropôle rongée par le crime, où la police est habituée à passer tous les compromis possibles avec les politiciens locaux (le partenaire de Gordon, Harvey Bullock, est un habitué des magouilles et pots-de-vin), une situation qui ne peut qu'excéder notre jeune idéaliste en vedette. Cette nouvelle saison ne pouvait pas garder ce cap (au vu de ses relations de plus en plus houleuses avec sa hiérarchie et divers criminels aux environs, il aurait été difficilement crédible que rien n'arrive à Gordon) et se devait d'engager la série vers une nouvelle direction. Dès lors, si Gotham nous avait habitué à une succession d'enquêtes avec un mince fil rouge pour sous tendre l'ensemble, pour sa seconde cuvée, chaque nouvelle affaire semble dorénavant concerner de près ou de loin une ramification possible avec une mythologie prenant peu à peu forme : cette saison est tout de même affublée du sous-titre « The Rise of Villains », soit littéralement « le soulèvement des méchants ».

Ainsi, dorénavant, les scénaristes assument pleinement la construction d'un véritable univers en posant plusieurs trames. Si quelques sous-intrigue sont prévisibles (un nouveau politicien, dénommé Galavant, débarque et, pour de sombres desseins, veut mettre les habitants de Gotham City à sa botte), d'autres en revanche, sont appelés à éclore ultérieurement (mais quel est donc ce mystérieux laboratoire?), donnant à la série l'ampleur qui lui faisait défaut jusqu'à présent. Dès lors, plus encore que les quelques ajouts qui apportent pourtant une nouvelle dynamique (Michael Chiklis, aka Vic McKey de The Shield, a rejoint la série dans le rôle du nouveau Capitaine Barnes qui met Gordon à la tête d'une Brigade Spéciale), ce sont bien ses petites story-lines périphériques qui permettent à Gotham de rebondir aisément. Il faut dire que les auteurs ne se privent pas non plus pour construire des trames en plusieurs parties : la traque de la bande du psychopathe Jérôme se fait en trois temps, les origines de Fireflie forme un double, etc. Et je ne parle même pas de l'alchimie qui fonctionne enfin entre les personnages, que se soit entre Barnes et Goron, mais aussi entre Gordon et sa nouvelle petite amie, la légiste Thomkpins, interprêtée par la sublime Morena Baccarin, de Firefly et V – nouvelle version.

 

 


Bon, là, nous avons passé en revue les points positifs de cette reprise. Malheuseument, Gotham a toujours plusieurs lacunes dont elle n'arrive pas à se défaire. Son principal souci pourrrait même paradoxalement faire son charme ou, du moins, ce qui auraît dû faire son attrait : l'univers en question ici est donc celui de Batman et cette mythologie devrait en tout logique être appelé à éclore au cinéma, vu que Warner a déjà annoncé la sortie de plusieurs films exploitant l'univers de DC Comics. Or, les responsables du studio ont été clair sur ce point : les séries et les films ne sont pas liés entre eux. Pour tout dire, Smallville avait déjà ce problème que l'on continue de retrouver chez Arrow. Ceci implique que certains personnages et éléments d'intrigues sont, dès lors, hors de portée des auteurs pour éviter les doublons et ne pas semer la confusion chez le spectateur lambda. On peut ainsi être frustré par quelques annonces ou des évolutions de personnages : Jérôme est tout l'air d'un Joker (il a en tous les gimmicks), mais vu son sort, impossible qu'il soit le fameux antagoniste de Batman (au mieux, on peut considérer comme une sorte de proto-Joker) et Barbara Gordon, la fiancée de James, a été réécrite pour ressembler à une sorte d'Harley Quinn, un personnage qui sera à l'affiche du prochain Suicide Squad. Ces deux exemples démontrent bien que les auteurs tentent de s'émanciper de leur matériau d'origine (les comics) en évitant de reprendre des personnages pré-existant dans celui-ci, tout en insinuant des petites touches provenant de ce même matériau. En d'autres termes, ils abusent d'astuces pour ancrer Gotham dans l'univers de Batman sans être en conflit avec les long-métrages à venir.

De cette manière, les auteurs assument pleinement le côté « What if ? » de leur show. Je vous vois venir « C'est quoi un « What if ?» ? » un « What if ? » est une des tendances dans les comics à dépeindre des univers parallèles qui se différencient de l'univers classique par quelques détails fondamentales, en racontant des aventures indépendantes avec des bases comme : et si c'était Magneto qui avait fondé les X-Men et Xavier était un terroriste ? Et si c'était Mary Jane Watson qui avait été piquée par une araignée radio-active et non Peter Parker ? Et si Superman avait atterri en Russie et non aux USA? Au départ, il s'agissait d'une série de comics publiés en parallèles aux numéros réguliers. C'est à cette démarche que fait référance l'univers en plein essor de Gotham, ce qui amène cette production de Bruno Heller vers une voie plus ambitieuse : Gotham ne serait donc pas une simple réécriture des origines de Batman, mais carrément une show où le justicer Batman aurait été supplanté par l'inspecteur Gordon. Vu que l'on constate à quel point les auteurs se laissent guider par des impératifs commerciaux, je ne pense pas qu'ils aillent jusque là, mais rien n'est moins sûr. En tout cas, une chose que je concède c'est que Gotham s'améliore, bon, elle n'est toujours pas transcendante, mais on sent des efforts pour la série trouve une identité et un souffle.

 

Photo Credit : Fox

Gotham : quand Gordon trouve sa place
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