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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

21 Apr

New York Police Judiciaire : 2 groupes, 1 mission

Publié par COTE André  - Catégories :  #NBC, #Law and Order, #Dick Wolf, #cop show

 

 

 

Comme cela doit être rageant pour certains producteurs de passer à côté d'un bon filon. Au firmament de sa gloire, la franchise Law and Order (que l'on a traduit chez nous par New York Police District ou New York Police Judiciaire suivant les chaînes) a connu pas moins de 3 déclinaisons sur le seul territoire US alors qu'elle était encore en cours de diffusion. Une belle revanche, surtout lorsque l'on se souvient du nombre d'obstacles que le créateur, Dick Wolf, a dû essuyer pour imposer son concept. Il n'y a pas à dire, il y a des directeurs de chaîne vraiment perspicaces.

 

 



En effet, avant d'être le méga-hit de NBC, Law and Order avait tout du projet maudit. D'abord choisi par la Fox qui commande un épisode-pilote, celui-ci se voit refuser aussi bien par cette chaîne que par CBS pour les simples motifs que, d'un côté, l'épisode en question ne propose pas ce que les diffuseurs souhaitaient (en gros, Law and Order ne correspondrait pas à l'image de marque de ses chaînes), et de l'autre, ses deux chaînes ne perçoivent pas non plus de potentielles vedettes qui pourraient porter le show sur ses épaules. Ce dernier point fait gentiment sourire lorsque l'on se rend compte que Chris Noth, qui jouait ici l'inspecteur Logan, sera révélé par Law and Order et explosera dans Sex and the City (ben oui, Mr. Big, c'est lui) et sera l'une des vedettes de The Good Wife en incarnant le procureur Florrick.

Cependant, on peut concéder que les réserves de ces chaînes étaient justifiées. Elles portaient justement sur le concept-même de la série, en tout cas, sur les partis-pris affichés par Dick Wolf. Après tout, le concept de Law and Order est ni plus ni moins que le croisement de deux types de cop show (les épisodes sont coupés en deux parties, une moitié avec les policiers, l'autre avec les avocats, c'est net et sans fioriture) où les personnages doivent s'effacer au profit des thématiques et histoires. Et ceci, littéralement, puisque tout est fait pour mettre en avant, non pas le charisme des acteurs (les rebondissements s'enchaînant si vite que les auteurs n'ont pas le temps de s'épancher sur eux), mais bien le récit, les stories, comme il est dit dans le panneau introductif : à ce titre, la note d'intention est très claire avec ce générique qui ressemble à un montage-photo de paysage urbain de New York, où quelques clichés des acteurs y sont insérés. La vraie vedette de la série, ce n'est ni les deux inspecteurs, ni le procureur, mais bien le melting-pot de la Big Apple.

 

 



C'est donc ce point précis, qui va aider la série à devenir une brouette à récompenses plus tard, mais qui a posé problème aux networks à ce moment-là. Law and Order ne repose pas sur les épaules d'un seul personnage-phare chargé d'être le repère moral des téléspectateurs, mais, au contraire, sur une galerie de personnages ayant chacun un discours bien distinct : d'un côté, des inspecteurs qui travaillent en binôme et doivent répondre à leur lieutenant et, de l'autre,  un avocat et son assistant (du moins au début, ce rôle sera confié à une femme après quelques saisons) qui travaillent pour le bureau du procureur. Chacun des protagonistes a une position différente qui nuance tout le propos du show sur les thématiques qu'elle aborde et c'est cette prédilection pour cette variété et diversité de point de vue qui a permis à son casting d'être interchangeable sans que cela n'affecte ses audiences. Chris Noth en fera d'ailleurs les frais puisque son départ après une poignée de saisons n'aura aucun impact alors qu'il se croyait la vedette.

De cette manière, si la série ne varie pas d'un iota sa formule (ou si peu, les épisodes n'obéissant pas à cette structure doivent se compter sur les doigts d'une main), ses efforts perpétuelles pour chercher de nouvelles thématiques et de nouveaux angles, sans compter son maincast constamment renouvelée (à partir de la saison 6, les têtes d'affiches de la première année ne sont plus là, remplacées par d'autres), comble allégrement les petits soucis du format répétitif. Cela paraît presque une évidence, mais Law and Order ne peut pas être apprécié avec les mêmes exigences qu'une série contemporaine. Sa saveur n'est pas due à un ou deux fils rouges qui s'épaississent autour des personnages mais à la simple impression d'immersion au sein d'un système judiciaire, perçu comme une machine à travers les yeux de nos protagonistes : l'accent est mis sur les procédures à suivre, l'émotion que cela suscite passant presque au second plan. Cette immersion est d'autant plus renforcée que les auteurs s'inspirent de faits-divers réels, ce que le texte d'introduction, vrai gimmick, ne cesse de rappeler en précisant que seuls les noms des personnages ont été modifiés.

 

 



Et là, on ne saisit pas trop pourquoi les chaînes ont affiché une telle méfiance à l'égard de Dick Wolf. Si maintenant ce producteur est connu pour la franchise Law and Order dont il tient encore les rênes (New York Unité Spéciale, une de ses séries dérivée, est toujours à l'antenne à l'heure actuelle), il n'en est pas pour autant à son coup d'essai. Wolf a fait ses armes sur Hill Street Blues, un feuilleton policier qui est, encore aujourd'hui, le mètre-étalon du genre (New York Police Blues en est l'héritière directe, Urgences lui doit aussi beaucoup et Chicago Fire – la dernière franchise en date de Dick Wolf – adopte le même modèle d'écriture) et il a aussi travaillé sur Deux Flics à Miami, Miami Vice en VO, en tant que producteur et scénariste. Avec un tel CV, difficile de comprendre les raisons qui ont amené les diffuseurs à être dubitatifs.

Alors, cette tendance à mettre les enquêtes et procès sur le devant de la scène se fait au détriment des acteurs, certes (encore que, les têtes d'affiches sont devenues des habitués à des Emmy Awards ainsi que des visages familiers du petit écran – Jerry Orback restera à jamais l'inspecteur Lenny Briscoe – ce qui n'est déjà pas si mal), mais chaque épisode s'avère passionnant à suivre, ne serait-ce en raison de l'analyse et du portrait au vitriol du système judiciaire qui est fait en filigrane à chaque affaire. Cette écriture va même devenir la particularité de la franchise dans son ensemble, vu que nous la retrouvons dans toutes ses spin-offs, avec New York Unité Spéciale en tête.

 

 



Aujourd'hui, évidemment, Law and Order peut paraître désuète en raison de  son format de cop shop répétitif à outrance en total anachronisme avec la tendance des feuilletons. Pourtant, il faut savoir qu'elle a marqué l'Histoire de la télévision américaine d'une pierre blanche en cassant le moule des standards télévisuels. Elle est aussi la preuve qu'il convient de ne jamais mépriser les bons vieux classiques et que les modèles les plus anciens sont souvent les plus solides. Elle a tout de même tenu l'antenne durant 20 saisons, lançant une franchise qui fait toujours les beaux jours de NBC (New York Unité Spéciale a quelques ramifications avec Chicago Fire) et ses épisodes supportent plusieurs visionnages, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de séries récentes. Donc, là, franchement, respect Dick Wolf !

 

Photo Credits : NBC

 

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