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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

10 May

Madam Secretary : L'année de tous les dangers

Publié par COTE André  - Catégories :  #Madam Secretary, #Téa Leoni, #The West Wing, #Thriller, #Politique, #Drama, #Barbara Hall, #CBS

 

 

 

 

Lors de son lancement, Madam Secretary était audacieuse à plus d'un titre. Non seulement, la série de Barbara Hall s'inscrivait dans le genre difficile de la politic-fiction, mais en plus, elle tentait d'aborder ledit genre sous un angle intimiste à la limite de la chronique familiale. Devant un tel partis-pris, il était inévitable que les débuts accusent quelques errements. Mais maintenant qu'elle a passé le cap des deux saisons, nous pouvons voir si les auteurs sont parvenus à jouer les équilibristes ?

 

 

 

Au premier abord, Madam Secretary a tout de la série casse-gueule. Déjà, le genre en soi contraint le showrunner et les auteurs à être irréprochables concernant les moyens investis à l'écran. Une grande partie de l'action se déroule à la Maison Blanche (le Président des États-Unis est même un personnage récurrent) et ce lieu est connu de tous en raison des prises de parole des journalistes-correspondants. De ce fait, par souci de crédibilité, ne montrer qu'un ou deux figurants en guise de ministre et de garde du corps ne fait pas illusion. En fait, lorsqu'une production télévisuelle quelle qu'elle soit s'essaie à ce genre, sa production design doit s'aligner sur une autre série qui s'est imposée en mètre-étalon du genre : The West Wing.

 

Cependant, comparer ses deux shows n'aboutiraient qu'à un débat stérile tant chacun affiche une identité bien différente et toucher un public qui lui est propre. D'un côté, The West Wing, ou A la Maison Blanche en VF, est une création d'Aaron Sorkin épaulé par le studio de John Wells : le studio en question avait déjà Urgences à son actif et si vous avez vu le film A Social Network de David Fincher sur la création de Facebook, vous avez une idée du savoir-faire de Sorkin. De l'autre, Madam Secretary est showrunné par Barbara Hall, connue pour cette petite perle qu'est Le Monde de Joan. Étant donné que ces auteurs ont chacun leur propre patte, inutile d'attendre de leurs séries des caractéristiques équivalentes, vu qu'ils ne marchent pas sur les mêmes terrains.

 

 

 

 

 

 

Une fois ce constat établi, il faut néanmoins reconnaître qu'au niveau de la production design, il n'y a pas grand-chose à redire tant la reconstitution de Madam Secretary est satisfaisante et n'a pas à rougir devant The West Wing. Les moyens sont suffisamment fastueux pour convaincre le téléspectateur qu'il se balade dans des bâtiments officiels. Et ce, aussi bien dans ceux des États-Unis que dans ceux à l'étranger : le titre de Madam Secretary équivaut à la Ministre des affaires étrangères en France, le personnage voyage donc souvent pour remplir sa fonction à l'international. Pour mener à bien cette tâche, elle est secondée par toute une équipe dont la présentation de chaque membre a pris une grosse portion de la première saison, afin que chacun d'eux trouve sa propre dynamique. Il en est de même pour la famille MacCord, souvent sur le devant de la scène, donnant à la série des faux-airs de chronique familiale parfois hors-sujet : ou alors, il va falloir m'expliquer l'intérêt de suivre les revirements et diverses prises de position de la fille MacCord quand la nature de ses tourments se résume à l'orientation de son parcours universitaire.

 

D'ailleurs, c'est à ce niveau que nous pouvons émettre des réserves, sur l'aspect rocambolesque des intrigues. Effectivement, ce point peut poser un problème pour une partie du public : notre héroïne, Elizabeth MacCord, interprétée par Téa Leoni, n'est pas nommée à ce poste par le Président lui-même, mais est choisie par son prédécesseur et se retrouve à la tête de ce Ministère en raison du respect d'un protocole. Ce petit imbroglio peut être perçu comme une manière d'esquiver une thématique sous-jacente (est-il crédible de voir une femme à la tête d'un poste avec autant de responsabilité?), ceci afin de ne pas aborder le lieu commun du machisme dans le milieu politique. A priori, on pouvait percevoir là une ficelle scénaristique semblable à Commander in Chief (une série sur une femme qui se retrouve au poste de Président des États-Unis suite à un concours de circonstance similaire), or les plans de Barbara Hall s'affirme d'un tout autre niveau : après plusieurs épisodes, le point de départ finit par devenir un background permettant de feuilletonniser les histoires.

 

 

 

 

Entendons-nous bien, si les premiers épisodes de Madam Secretary ont des faux-airs de série familiale avec la profession de la mère, peu commune il est vrai, comme seule originalité (après tout, les membres de la famille MacCord font bien partie du maincast et Tyne Daly, qui campe le père, est même la co-vedette du show), l'angle des récits évolue peu à peu vers un genre plus propice à nous tenir en haleine : le thriller politique puisque les relations diplomatiques, dont notre héroïne à la charge, débouchent sur des intrigues d'espionnage avec des opérations militaires vues du Bureau Ovale (l'ombre d'une nouvelle Guerre Mondiale plane) et autres agents infiltrés. Ce revirement, qui peut donc désarçonner le public de la première heure habitué à l'ambiance tranquille de l'an passé, permet à la série de prendre de l'envergure. Et cela, à tel point que le staff de notre Madam Secretary et sa famille ont maintenant tendance à se retrouver au second plan. Mais les auteurs s'emploient constamment à trouver un juste équilibre entre le rythme plus tendu des intrigues sans perdre de vue les personnages qui ont gagné notre empathie.

 

Alors certes, nous sommes parfois à la limite de la vraisemblance, mais il ne faut pas oublier que le pitch de départ (MacCord qui se retrouve catapultée Secrétaire d'Ėtat suite au décès de son prédécesseur et ami) l'est tout autant. Ledit pitch ne peut donc plus être perçu comme un simple prétexte pour arranger les auteurs mais bien un point de départ qui donne le ton du show : le précédent Ministre a-t-il été victime d'un complot ? MacCord est-elle juste un pion ? Ces sous-intrigues permettent à la série de ne pas tourner en rond autour de la thématique d' « un membre de la gent féminine occupant un poste à haute responsabilité » alors que c'était tout de même l'argument marketing sur lequel le show a été vendu lors de son lancement.

 

 

 

De cette manière, la seconde cuvée est celle où la série trouve ses marques, où la galerie de personnages s'est accrue (les fans de New York Police Judiciaire et de Preuve à l'appui auront le plaisir de revoir Jill Hennessy) et où l'intérêt ne faiblit pas. Il ne reste plus qu'à attendre la prochaine saison pour vérifier que Madam Secretary a bien trouvé sa vitesse de croisière ou si ce n'était là qu'une fulgurance passagère.

 

Photo Credits : CBS

 

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