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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

11 Jun

Selfie : Quand My Fair Lady rencontre Instagram

Publié par COTE André  - Catégories :  #ABC, #sitcom, #Selfie, #John Cho, #Karen Gillian, #Parks and Recreation, #Emily Krapnek

 

 

 

 

Alors tout d'abord, je vous avoue qu'il y a des séries comme ça qui me rappelle à quel point j'ai encore de grosses lacunes. Oui, on a beau être calé dans certains domaines, dès le moment où notre regard se porte sur un autre créneau horaire ou chaîne en face de notre série favorite, nous nous retrouvons en plein territoire inconnu. Dès lors, notre programme télé n'a plus les allures d'un simple guide, mais carrément d'une carte routière où la moindre erreur de jour et d'heure vous amène dans un lieu qui vous est totalement étranger.

 


Dans mon cas, si je commence à ramer pour dénicher des inédits de science-fiction et fantastique, au niveau des sitcoms par contre, je n'hésite pas à dire et répéter que j'ai toute une culture à me refaire. Ajoutez à ça que mon ordre de visionnage n'est pas non plus très judicieux et vous comprendrez ma difficulté à avoir un avis pertinent sur les séries dites humoristiques : il faut déjà que je prenne en compte que je ne fais sans doute pas partie du public-cible et qu'il me manque sans doute pas mal de référence au niveau des codes en vigueur. Tout ceci tend à expliquer pourquoi je peux me sentir hermétique aux blagues et gags des épisodes qui pourraient dépoussiérer les zygomatiques d'autres personnes.

Ainsi, je me suis intéressé à Selfie uniquement parce qu'elle faisait partie d'un duo de sitcom qui avait la lourde tâche d'être le prime-time de ABC le Mardi Soir, coincées entre The Voice et NCIS. Autrement dit, une soirée chargée, placée sous le signe du public familial. Se faire une place entre ses deux mastodontes d'audience n'est donc pas chose aisée et la moindre erreur peut être fatale : il est ainsi très dur de fidéliser avec un programme inédit qui a besoin de temps pour trouver ses marques, alors que les habitudes des téléspectateurs sont déjà prises depuis des lustres. Sinon que raconte Selfie plus précisément ? Ben, l'histoire tourne autour d'un cadre d'une entreprise qui prend sous son aile une jeune employée pour mieux l'intégrer à l'équipe.

 

 


Déjà, je concède que ce simple point de départ me paraît poussif : les motivations du cadre sont trop flous pour être convaincantes et l'on peut se demander comment une employée si superficielle – elle est obnubilée par l'image sociale qu'elle renvoie via instragram et autres réseaux sociaux, d'où le Selfie du titre – peut avoir été embauchée dans l'entreprise en question, tant elle paraît en décalage avec ses collègues. En fait, c'est ce parti-pris des auteurs qui peut, au choix, soit séduire soit rebuter, puisque l'on peut estimer que ce traitement par-dessus la jambe correspond simplement à la légèreté de la comédie. Aussi, si le pitch est dur à avaler, ce n'est que parce qu'il paraît mal amené : l'histoire de Selfie n'est autre qu'une version moderne de My Fair Lady qui adapte déjà le mythe du Pigmallion, remis au goût du jour à l'ère Internet. En soi, il y a donc des thématiques à creuser qui sont de vrais boulevards pour une comédie, comme les dilemmes cornéliens entre les apparences et l'épanouissement individuel notamment.  

De plus, à côté de ça, Selfie a quelques atouts dans sa manche. Premièrement le casting, le maincast est composé de deux stars montantes (Karen Gillian et John Cho, l'une a été une assistante du Doctor Who, l'autre est en train de devenir un visage familier du cinéma et de la télévision, au point de camper actuellement Sulu dans les récents Star Trek), ensuite, la créatrice est Emily Krapnek qui a déjà travaillé sur l'une des séries cultes de ABC, Park and Recreations et showrunner d'une autre, Suburgatory. On pourrait même dire que c'est cette créatrice qui est la vraie star du show, en raison de tout l'univers qu'elle transporte avec elle. Je parle ici de l'écriture, la production design et tout ce qui concerne la petite touche que pourrait apporter Krapnek pour différencier sa série de la production courante.

 

 


C'est donc là en toute logique que je découvre mes limites sur Selfie. Le peu que je connais de Krapnek (rien du tout pour être franc) ne me rends pas apte à savourer complètement cette nouvelle sitcom : sa manière de caractériser ses personnages (a priori, ce sont tous des caricatures, mais pourquoi Krapnek les aborde-t-elle de cette manière?), ses lieux communs (la vision de l'entreprise et les dynamiques entre les protagonistes), en gros, ce qui fait la patte de l'auteur. De ce fait, j'ai découvert Selfie sous l'angle du parfait novice et j'ai eu quelques soucis pour y déceler quelque once d'originalité.

Un exemple tout bête concerne les running gags autour du PDG et de la standardiste à l'accueil. L'un est décrit perdu dans sa tour d'ivoire, soucieux des résultats de son entreprise mais aussi de la bonne entente au sein de son personnel : vous la voyez venir l'arlésienne concernant le stress dans son environnement professionnel, où tous les remèdes se révèlent inefficaces (et pourtant, le PDG, il cherche) parce que le stress est inhérent au milieu des employés à cause de la compétitivité ambiante. L'autre, la secrétaire donc, est typiquement celle qui connaît tout sur tout le monde via les commérages mais dont on ne connaît rien d'elle parce qu'elle fait simplement partie des meubles.

 

 


Ces personnages sont des stéréotypes si courant dans la comédie US qu'ils sont devenus des clichés depuis une, voir plusieurs, décennies. Néanmoins, au vu du passif de Krapnek (le pitch de Parks and Recreation repose sur le quotidien du personnel d'un parc et loisirs, donc d'une entreprise), on peut se demander quelle est sa plus-value non seulement vis-à-vis de la précédente série (elle est bien la créatrice et showrunner de Selfie, mais elle n'a été que consultante sur Park and Recreation), mais également au regard des thématiques relatives aux réseaux sociaux. Ces dernières auraient dû servir à donner à Selfie un vrai souffle, mais, au final, on ressent comme une redite par rapport au tout venant : le concept de départ est réglé en 2/3 épisodes et tourne très vite en rond au point de ressembler à une comédie romantique lambda.

Au final, le visionnage de Selfie m'a été limite désagréable juste pour ce constat : une sitcom qui ne parvient pas à faire rire, c'est tout de même embarrassant. Alors, soit c'est ma sensibilité qui m'a empêché d'accrocher aux codes du genre (les comédies romantiques, ce n'est peut-être simplement pas mon truc), soit Krapnek a bien échoué sur plusieurs points et il est normal que je n'ai pas adhéré à sa nouvelle sitcom. Il ne me reste plus qu'à ajouter Parks and Recreation à ma liste des séries pour mieux constater l'ampleur des dégâts chez Selfie. Alors, je ne regrette pas d'avoir découvert celle-ci, j'ai juste l'impression d'avoir appréhendé un genre via l'un de ses opus les plus faibles, ce qui n'est pas un cas de figure idéal.

 

 

Photo Credit : ABC
 

Selfie : Quand My Fair Lady rencontre Instagram
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