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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

11 Aug

Hercule : le guide du petit Raimi illustré

Publié par COTE André  - Catégories :  #comicbookmovie, #Syndication, #Hercule, #Sam Raimi, #Kevin Sorbo, #heroic fantazy, #super-héro, #action

 

Alors, maintenant que nous en sommes en pleine vague des super-héros à la télé, il est peut-être bon de réfléchir sur ceux qui en sont à l'origine. Non non, je ne parle pas ici de savoir qui a lancé le genre entre Marvel et DC, mais plutôt d'aborder le parcours de l'un de ses chantres. En l'occurrence, je parle là de Sam Raimi, dont la trilogie Spider-Man a marqué le top départ de l'ère des comics book movie pour de bon. En revanche, je suis sûr de perdre toute crédibilité en vous révélant que, la carrière de ce monsieur, je m'y intéresse pour Hercule, une série qui constitue un point noir dans sa filmographie.

 

 

Alors loin de moins l'idée de vous convaincre que Hercule est une petite perle oubliée, elle a tout de même duré 6 saisons, a été un des succès de sa chaîne en son temps, au point d'avoir lancé quelques spin-offs, comme Xena, la Princesse Guerrière. Si elle bénéficie toujours d'un capital sympathie c'est simplement parce que, tout jeune, nous n'étions pas si exigeant qu'aujourd'hui : il fût un temps où les sérievores ne mettaient pas à la poubelle une série dès qu'elle contenait un épisode avec un plan numérique douteux. De ce fait, revoir Hercule de nos jours, fait sacrément mal à nos souvenirs d'enfance, même si la série reste représentative d'une époque où la SF et le Fantastique pullulait sur les écrans (merci X-Files) en raison de la volonté de chaque chaîne à surfer sur les succès des autres.

 

En effet, derrière cette série des années 90, on trouve un certain Christian Williams au poste de créateur, mais surtout Sam Raimi en producteur. L'un est connu pour sa carrière de journaliste qui a prêté sa plume pour quelques épisodes de Hill Street Blues et Six Feet Under, l'autre est un des réalisateurs les plus doués de sa génération. Si, à l'heure actuelle, son nom est associé à la trilogie Spider-Man, à l'époque, c'était plutôt les Evil Dead (un film d'horreur culte, où des adolescents se retrouvent la proie d'un esprit qui hante une forêt), Mort ou Vif (un western avec Sharon Stone, où un concours de duels dans une ville de l'Ouest se transforme en règlement de compte) et Darkman (où un savant devient un justicier à la suite d'un accident de laboratoire) qui lui collaient à la peau. Les fans de films d'horreur et fantastique l'avait même surnommé Sam The Man Raimi pour signaler à quel point le monsieur était un cas à part dans l'industrie hollywoodienne.

 

 

Et, l'air de rien, c'est avec Hercule que le statut du bonhomme va évoluer, au grand dam de ses aficionados. Ces derniers vont même jusqu'à renier toute implication de leur idole dans cette production alors que celle-ci comporte bien des éléments intrinsèquement liés à la personnalité du cinéaste. Oui, parce que, résumer Sam The Man Raimi à sa seule trilogie Evil Dead et au cinéma d'horreur serait un raccourci facile et mensonger. Raimi avait déjà une filmographie suffisamment variée pour que l'on évite de tomber dans cette vision réductrice : dès le lendemain du premier Evil Dead par exemple, notre réalisateur s'était essayé à la comédie avec l'excellent Mort sur le Grill, à l'inspiration très Tex Avery, où l'on voit le groom d'un hôtel affronter des bandits jusqu'à risquer la chaise électrique pour les beaux yeux de sa belle.

 

Rien que là, avec ses deux long-métrages (Evil Dead et Mort sur le grill), on constate des ambitions qui seraient, a priori, aux antipodes l'une de l'autre, alors que chacune comporte pourtant quelques pistes corroborant une cohérence globale à venir. Une cohérence aussi bien thématique que stylistique et que l'on retrouve dans la série qui nous occupe et qui explique la raison pour laquelle Sam Raimi s'est lancé dans la production télévisuelle. Il ne faut pas oublier que, derrière Hercule, c'est bien toute une franchise qui est née, avec toute la troupe qui suit le cinéaste depuis ses débuts : on trouve évidemment Bruce Campbell (aka Ash en personne), mais aussi Ted Raimi (le frangin de Sam), Rob Tappert, producteur et ami de Raimi depuis Evil Dead ; etc.

 

 

De cette manière, avec tous ses visages familiers, il n'est pas étonnant de retrouver des thématiques elles aussi familières. Le concept de la série est bien entendu de suivre les aventures d'Hercule (le titre original est tout de même Hercules, The Legendary Journeys, donc Hercule, les légendaires aventures), mais l'angle d'approche s'avère un peu particulier et pas si anodin que l'on pourrait le croire : nous suivons notre héros dans une phase où il refusait sa place sur l'Olympe, préférant rester parmi les humains pour apporter son aide au quotidien. Le show va même très vite prendre la forme du buddy-movie en incluant Michael Hurst, le compagnon de toujours Iolaus, dans le maincast. Cela contribue à humaniser au possible notre héros alors qu'il a déjà acquis une notoriété : à l'évocation de son nom, nous sentons une réputation qui le précède.

 

Surtout, cette vision du héros dans sa vie de tous les jours ramène Hercule au même rang qu'un Ash (le héros d'Evil Dead) et docteur Westlake (Darkman) : des individus lambdas transformés en héros par la force des choses, au point d'être iconisé. Cette situation, nous l'on retrouvons tout naturellement chez le Peter Parker de Spider-Man et plusieurs autres super-héros en général qui ne choisissent pas leur statut super-héroïque mais l'assument en mémoire d'un parent défunt ou en conséquence d'une situation conflictuelle. Chez Hercule, le traitement de cet élément peut même déconcerter tant il paraît artificiel, comme un passage obligé : est-il vraiment nécessaire que notre héros perde toute sa famille à la suite d'une machination d'un Dieu ? Surtout que ce fait n'est pas mentionné dans le générique qui se contente de la simple grandeur d'âme du personnage pour toute justification au show : les humains sont donc impuissants face à des Dieux sournois et basta, cela suffit à comprendre pourquoi Hercules se pose en dernier espoir des opprimés, le seul qui a le pouvoir de se dresser contre des ennemis aux pouvoirs démesurés par rapport à leurs victimes.

 

 

Et si quelqu'un rétorque que Sam Raimi n'a jamais versé dans l'heroic fantazy (le genre auquel appartient Hercule donc), ce serait oublier que le troisième Evil Dead nage en plein dedans : c'est l'opus qui se déroule à l'époque moyenâgeuse, avec des enchanteurs, chevaliers et consorts. En fait, avec Hercule, au vu de quelques idées et plans repérés ici et là dans ses longs-métrages, on peut supposer que Raimi voulait ici rendre hommage à un artiste qui l'a influencé comme bon nombre de cinéastes : Ray Harryhausen. Si vous ne connaissez pas Ray Harryhausen, il s'agit d'un responsable des effets spéciaux dont les travaux ont marqué des générations de spectateurs avec des titres comme le 7e voyage de Sinbad, Jason et les Argonautes (dont des scènes entières d'Evil Dead 3 y renvoient) et le Choc des Titans. Autrement dit, c'est sans doute son amour pour Harryhausen qui a dû conduire Raimi à se lancer dans la production d'Hercule, histoire de se frotter à toute la mythologie que le show pouvait lui proposer.

 

Rajoutez à cela une ambiance de slapstick, autant héritée des comédies musicales que des cartoons, cette ambiance qui tire malheureusement la série vers le bas dans son ensemble (il faut bien avouer que le mélange des genres ne fonctionne pas ici) et incite les fans du cinéaste à la snober, voyant en elle un fourvoiement de la part de leur idole : comme si Hercule n'était juste qu'une tentative de Sam Raimi pour attirer l'attention d'un public familial et rien d'autres. Le problème est que le slapstick est bel et bien un versant du cinéaste qui transparaît ponctuellement dans tous ses films : la tendance de ses personnages à s'en prendre plein la tronche (avec la surenchère qui va avec, d'où le gore), la rythmique des scènes (avec bruitage à l'appui), le sens du cadrage, les relations entre les personnages qui renvoient aux comédies romantiques, et j'en passe.

 

 

De cette manière, il paraît inconcevable aux fans du premier Evil Dead que le cinéaste derrière ce film d'horreur maintenant culte puisse être le même qui soit aux commandes d'une série a priori destiné pour un jeune public. Alors, oui, Hercule est proche d'un melting-pot de toutes les influences de Sam Raimi qu'il n'a, cette fois-ci, pas eu le temps de digérer. Que ce soit ponctuellement lors d'une scène ou le temps d'un long-métrage entier, on peut déjà observer quelques références ici et là à un cinéma autre que l'horreur. Hercule apparaît donc comme un gros foutoir dont la seule ambition était de passer à la moulinette la mythologie antique aux mains des grands gamins turbulents de la bande à Raimi, ici limitée par le format et les contraintes du carcan télévisuel. Pas révolutionnaire (ou alors si c'était le cas, The Man a sacrément raté le coche), certes, mais jubilatoire, parce qu'elle a au moins le mérite d'assumer son postulat du héros quasi-invincible n'ayant pas peur de foutre des torgnoles à des monstres en caoutchouc et autres entités censées être divines..

Photo Credits : Syndication

 

 

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