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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

05 Jul

Chicago Fire : Retour de flamme

Publié par André Côte  - Catégories :  #NBC, #Chicago Fire, #New York 911, #pompier, #drama, #Dick Wolf, #Matt Olmstead, #Eamonn Walker

 

Sans que l'on ne saches trop pourquoi, certaines professions n'ont pas l'air d'inspirer les scénaristes malgré la source pratiquement inépuisable d'histoires qu'elles peuvent représenter. L'univers des pompiers et des ambulanciers a déjà donné l'excellente série New York 911 et le film tout aussi marquant BackDraft de Ron Howard. Chacun à leur manière, ils ont démontré tout le potentiel cinégénique et feuilletonnant de ces métiers, il est donc étonnant que le travail des urgentistes ne servent pas plus souvent de cadre à des fictions. Après tout, chaque année, nous sommes abreuvés jusqu'à plus soif de cop show de toutes sortes et le corps médical à lui aussi son sous-genre avec ses propres codes. De ce fait, si la profession des sapeurs-pompiers est aussi peu représentée, il est tout naturel que la récente Chicago Fire soit comparée à New York 911 qui s'est imposée comme un modèle en la matière, alors que, malgré les apparences, les deux shows ne concourent pas dans la même catégorie.

 

 

Tout d'abord, il faut tenir compte de la richesse de cette profession, richesse autant dans les valeurs humaines que dans son imagerie. La vie de ses soldats du feu se déroule en grande partie dans la caserne, je vous laisse imaginer le vivier que peut représenter ce cadre pour un scénariste. Une vie en communauté fourmille d'intrigues où chacun est contraint de se faire une place dans le groupe. Les liens d'amitié et d'inimitié sont légion, de même que les relations sentimentales puisque ce corps de métier n'est pas exempt de présence féminine : une situation qui rend possible le shipping (autrement dit, les complicités qui deviennent des romances) dans la caserne, les ambulanciers en service travaillant en binôme. L'ensemble résonne comme un appel à la solidarité, puisque le sens du devoir les force à taire les possibles tensions pour les besoins du travail en commun.

 

Quant à l'imagerie, il suffit de constater ce que peut déclencher un appel du 911, le numéro des urgences aux États-Unis. À la moindre alerte, le personnel de la caserne se retrouve à dévaler les escaliers au pas de charge, les camions partant en trombe et les sirènes vrombissantes. Une certaine idée de l'épique au quotidien, puisqu'en quelques minutes, on se retrouve saisi dans ce souffle de « branle-bas de combat ». C'est même une des choses que les scénaristes de New York 911 et de Chicago Fire ont très bien compris, puisque chaque épisode nous gratifie d'une situation périlleuse, en général un incendie ou autres accidents de voiture. En cela, on peut reconnaître que l'écriture est prévisible, mais en même temps, ce genre de passage obligé correspond à ce que l'on attend de voir dans une fiction sur cette profession. Après tout, pourquoi la regarder si ce n'est pour voir les personnages en danger. C'est peut-être un peu sadique, mais ce n'est qu'une fiction. Au passage, il est fort possible que ce soit ces moments là qui cause la frilosité des chaînes à donner le feu vert à ce type de production, vu la logistique que ces scènes nécessitent en raison des cascades avec les incendies.

 

 

Ensuite, on peut percevoir des tentatives le part des scénaristes pour que Chicago Fire se différencie de son modèle, New York 911 donc, chose qu'elle fait laborieusement. En tant que production de John Wells, New York 911 a bénéficié de l'équipe de scénaristes de Urgences, le feuilleton médical. C'est pourquoi, on pouvait ressentir des similitudes dans l'écriture et le visuel : beaucoup ont même pensé que New York 911 était une série dérivée de Urgences. Chicago Fire, par contre, est produite par Dick Wolf et est showrunnée (comprendre, dirigée) par Matt Olsmtead. Dick Wolf est le producteur de la franchise Law and Order (New York District en VF) et Olsmtead est connu pour son travail sur New York Police Blues et Prison Break. Ceci explique sans doute les maladresses des premiers épisodes. D'un côté, la série de Wells avait réussit à installer, dès la scène d'introduction, ses personnages en tant qu'archétype (certains parleraient même de cliché) tandis qu'il faut un certain temps à ceux de Chicago Fire pour se caractériser, comme un feuilleton à l'ancienne en fait. À cela, on ajoute une absence de concept fort comme New York District avec le système d'une enquête et un procès par épisode, ou Prison Break et sa tentative d'évasion en une saison.

 

D'ailleurs, c'est au niveau de l'introduction que le bât blesse. Alors que les protagonistes principaux sont à peine présentés, le premier fil rouge ne concerne même pas la vie de la caserne mais une intrigue policière qui nous éloigne de ces sapeurs-pompiers. Une fois le préambule passé, nous assistons au harcèlement d'un de ses soldats du feu par un officier de police. On concède que l'intrigue permet de mettre en avant le chef de la brigade et quelques officiers. À cet égard, la prédominance du chef Wallace Boden, incarné par Eamon Walker (un des visages marquants de Oz), est en soi une nette différence avec New York 911. Son homologue dans la série de John Wells est souvent relégué à l'arrière-plan, alors que Boden est bien une figure centrale. En fait, Chicago Fire se singularise même avec un aspect social et politique plus poussé que son modèle : Boden doit simplement gérer au mieux la vie de son équipe. Avec ce premier story-arc, les scénaristes se penchent sur le cas du lieutenant Casey et sur sa faculté à pouvoir gérer ses ennuis personnels dans son travail. Il en est de même pour chacun des protagonistes, y compris de Boden dont les décisions remises en question.

 

 

Cependant, ce bémol est très vite corrigé et permet à d'autres personnages de se faire remarquer. D'autres récits se construisent et tournent autour de l'activité dans cette caserne : les jeunes recrues persévèrent dans leurs efforts pour s'intégrer, on soupçonne l'existence d'un pyromane ou d'autres encore passent le temps comme ils le peuvent, en s'affirmant comme le duo comique du show. En d'autres termes, l'empathie que l'on recherche tant se créée tranquillement au fur et à mesure.

 

C'est le point qui peut poser le plus de problème, Chicago Fire ne se veut aucunement une série ambitieuse, mais s'installe plutôt comme un feuilleton confortable. Non pas que son visionnage soit désagréable, il dégage juste un sentiment de déjà-vu qui peut être énervant. Le casting manque singulièrement de charisme (à part Eamonn Walker, aucun ne se détache du lot), la mise en scène est correcte sans être transcendante (on s'habitue vite aux explosions censées nous tenir en haleine) et les histoires prévisibles. Au final, comme n'importe quel feuilleton, il faut attendre une dizaine d'épisodes avant de saisir où tout ça nous emmène et le peu d'ambition (offrir une série télé correcte qui ne cherche pas à transcender le genre) peut rebuter une bonne partie du public, habitué à des exigences de plus en plus élevées.

 

Photo Credit : NBC

Chicago Fire : Retour de flamme
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