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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

06 Sep

Defiance : Dans le Futur, rien de nouveau

Publié par COTE André  - Catégories :  #Sy Fy Channel, #Rockne S. O'Bannon, #Defiance, #space opera, #Battlestar Galactica, #Michael Taylor, #Kevin Murphy

 

 

 

Elle paraît loin l'époque où la Science-Fiction rimait avec fun et exotisme. Depuis le Battlestar Galactica de 2009, on s'éloigne de plus en plus d'une ambiance cool et décomplexée pour aligner les mêmes stéréotypes de personnages torturés et de visions pessimistes. Non pas que cet aspect était absent du genre auparavant (le post-apo n'a pas attendu Battlestar Galactica pour exister), mais cette approche est devenue quasi-systématique, et il est semble dorénavant inconcevable qu'une production dite « de Science-Fiction » n'affiche autre chose que réalisme et premier degré. Estampillé « Rockne S. O'Bannon », on aurait pu penser que Defiance aurait inversé la tendance, ce serait vite oublié que les commandes ont été laissées aux responsables du nouveau mètre-étalon de 2009 justement. Ainsi, la chaîne, Sy Fy Channel, pensait avoir trouvé sa nouvelle locomotive, la chute n'en est que plus rude.

 

 

 

À le fin des années 90, la Science-Fiction à la télévision explose via des séries comme StarGate, Babylon 5 ou FarScape, sans oublier Star Trek sur le marché international. En revanche, ce nouvelle millénaire a vu la source se tarir au point que les space-opera peuvent se compter sur les doigts d'une main. Dès lors, sur le papier, Defiance avait de quoi allécher les aficionados en raison de la rencontre entre deux producteurs issus de la franchise Battlestar Galactica et du créateur de FarScape. Nous avons donc d'un côté Kevin Murphy et Michael Taylor qui ont déjà travaillé ensemble sur Caprica, la série dérivée de Battlestar Galactica, et de l'autre Rockne S. O'Bannon, l'homme à qui l'on doit le space-opera le plus fun qui m'ait été donné de voir, le bien-nommée FarScape.

 

Cette dernière est populaire en raison de son rythme alerte, de sa liberté de ton dans une structure codée et, surtout, de ses péripéties extravagantes. Or, ce n'est pas cet aspect iconoclaste qui prédomine dans Defiance, mais plutôt un versant socio-politique. À peine effleuré dans Farscape, ce versant est présent dans d'autres productions de  O'Bannon (dans une certaine mesure toutefois), comme  SeaQuest, police des mers, où un sous-marin futuriste veille à la quiétude des océans ; et, particulièrement, Alien Nation, qui suit un duo d'inspecteurs de police, l'un est un humain, l'autre un alien dans un monde où des extra-terrestres tentent de s'intégrer à notre société. En cela, il partage quelques points communs avec Michael Taylor, un des scénaristes de Star Trek Voyager et Dead Zone, des séries où l'aspect social sont mis en avant.

 

 

 

En soi, tout était réuni pour rendre le postulat de Defiance attractif et ceci malgré ses airs de déja-vu. L'histoire prend place dans un futur où la Terre a été le théâtre d'une guerre entre humains et extra-terrestres. Nous suivons un vétéran, Joshua Nolan (Grant Browler, qui a la « gueule » de l'emploi), accompagné de sa fille spirituelle, Irisa, revenir dans sa ville natale quelques décennies après la fin du conflit. La communauté, baptisée Defiance, essaie tant bien que mal de se reconstruire grâce aux efforts de Amanda Rosewater la Maire (incarnée par Julie Benz, Darla dans Buffy et Angel), et ceci, malgré les tensions latentes entre les différentes races qui cohabitent : comme on peut s'en douter, chaque groupe a commis des actes répréhensibles et les rancunes sont tenaces. À la lecture de ses quelques lignes, il est inévitable que les amateurs pensent à Star Trek : Deep Space Nine et Babylon 5, les deux séries racontant un postulat similaire avec un endroit isolé (une station spatiale) où plusieurs communautés extra-terrestres sont contraints d'y vivre.

 

Dès lors, on était en droit de nourrir les attentes les plus folles. Le héros paraît être un John Crichton (le héros de FarScape soit dit en passant) en plus âgé, son binôme avec Irisa, qui est aussi une extra-terrestre, n'est pas sans rappeler Alien Nation (même si les relations restent de l'ordre d'un père-fille et non de frères d'armes) permet de traiter autant du conflit générationnel que du choc des cultures (l'un a d'ailleurs tendance à prendre le pas sur l'autre), dans un contexte post-apocalyptique où le traitement actuel des différences ethniques est transposé, comme on peut s'y attendre, dans le sort des communautés extra-terrestres. Or, il est difficile de rassasier ceux qui ont été biberonné au genre et Defiance affiche si ouvertement ses influences (Battlestar Galactica, Mad Max, Les Fils de l'Homme,...) qu'elle apparaît comme un melting-pot.

 

 

 

Ainsi, cette impression d'être une resucée ne joue pas en sa faveur. L'atmosphère est immersive, certes, la chaîne a mis les moyens et cela se voit dans la photographie et la mise en scène où tout est fait pour que Defiance se montre digne de Battlestar Galactica, la référence incontournable donc. Hélas, l'histoire, elle, ne suit pas. Le format choisi est pourtant  confortable puisque nous nous retrouvons dans la logique d'un Alien Nation, autrement dit d'un cop show. Nolan s'installe à Défiance en tant que shérif (ce qui donne à la série un côté western futuriste) et nous fait découvrir les bas-fonds et autres intrigues politiques au sein de la communauté. Il se fait même une allié en la personne de Rosewater, la Maire. On pourrait se contenter de cette routine si les personnages secondaires étaient attachants, or aucun ne dégage une once d'empathie, la faute sans doute à une mise en scène trop brouillonne qui se contente de traiter les choses à la surface. Il est vrai que les réalisateurs ne sont pas aidés par l'attitude des scénaristes à privilégier les bavardages incessants abordant des sujets annexes au détriment de l'enjeu immédiat.  

 

On peut comprendre qu'il s'agit là, pour les auteurs, d'une manière de dévoiler les pièces d'un puzzle formant un ensemble plus vaste (on entrevoit une conspiration), mais chaque segment est si mou et peu digne d'intérêt que l'on s'ennuie ferme. De ce fait, à travers les premiers épisodes, on devine que quelques habitants hauts placés s'organisent pour reprendre le pouvoir de la ville mais le pourquoi du comment n'est jamais abordé de manière frontale et les enjeux nous paraissent si anecdotiques qu'ils nous inspirent un désintérêt profond. Pourtant, il y aurait de quoi passionner le public mais le rythme est si poussif que l'on se moque complètement de ce qui arrive aux personnages.

 

 

 

Néanmoins, il y a une chose qui vaut à Defiance de piquer notre curiosité. Elle est la première série à appliquer une démarche que l'on  qualifie de « transmedia ». Pour faire simple, parallèlement à la diffusion télé, la société Tron Wolds a lancé un jeu vidéo dans lequel les joueurs sont susceptibles d'influencer la fiction. A première vue, cela passerait par les missions accomplis par les gagnants : en d'autres termes, il semblerait que le jeu vidéo permette à la série de se construire un background. Et vice-versa puisque les joueurs pourraient se servir de la série pour avancer dans le jeu. On imagine aisément qu'un tel procédé, destiné à amener un nouveau public, les gamers, n'est pas sans poser de nouvelles contraintes. Il convient maintenant aux scénaristes de trouver leurs marques, même si on peut concevoir les effets pervers d'un tel procédé : vont-ils se retrouver obligés de caser les missions dans les intrigues ? Et est-ce que les auteurs verront leur champ de créativité réduit suite à l'évolution des événements définis par les joueurs ?

 

De toute manière, en l'état, plus proche de Mad Max pour son versant western futuriste, que du space opera à la FarScape, Defiance peine à convaincre. On serait tenté de la ranger parmi les échecs cinglants de l'année 2013, mais la chaîne a jugé bon de lui accorder une seconde chance. Il ne reste plus qu'à espérer que le changement de showrunner (Michael Taylor laisse les rênes à Kevin Murphy) soit bénéfique à cette production aux ambitions inédites. Trop mou, trop englué dans des intrigues déjà rabâchées ailleurs et trop superficiel, on se contentera de donner la mention « peut mieux faire », en espérant une reprise en main qualitatif la saison prochaine.

 

Photo Credits : Sy Fy Channel
 

Defiance : Dans le Futur, rien de nouveau
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