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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

30 Sep

Merlin : avant la légende

Publié par COTE André  - Catégories :  #Merlin, #BBC One, #Heroic Fantasy, #Smallville, #Anthony Stewart Head, #Colin Morgan, #Bradley James

 

 

 

Les mythes ont ceci de particulier qu'ils sont sujets à de multiples interprétations. On a un peu tendance à l'oublier mais les récits issus du folklore populaire montrent eux-mêmes des incohérences et des contradictions. Il est donc inopportun d'accuser de trahison toute nouvelle histoire qui propose une variation de la version reconnue. Avec Merlin, une série lancée en 2008 par Julian Murphy et Johnny Capps, nous abordons la Matière de Bretagne, et plus particulièrement la légende arthurienne. On y explore l'adolescence de l'enchanteur et ses relations avec un jeune Arthur. Même si il s'agit d'une série à destination d'un jeune public, ce statut ne l'empêche aucunement de cultiver des qualités propres à une bonne série.

 

 

 

Au premier abord, Merlin se contente de narrer les aventures du personnage éponyme avant qu'il ne devienne le célèbre druide allié du Roi Arthur. Or, au fil des saisons, la série est sortie peu à peu d'un état de prélude (ou prologue, ou préquelle, comme vous voulez, une « histoire se passant avant la légende », quoi) pour épouser celui d'une relecture. Certains ont même pu la cantonner à un copier/coller de Smallville avec un apprenti magicien en guise d'aspirant Superman, puisque Smallville, on le rappelle, est censé raconter les aventures de Clark Kent avant qu'il ne devienne le super-héros avec un S sur la poitrine. Certes, il faut bien reconnaître que les deux séries partagent un credo similaire.

 

Pour comprendre le rapprochement avec Smallville, il suffit de voir les nombreux écarts entre ces séries avec leur source d'inspiration : la Matière de Bretagne pour l'une, les comics US pour l'autre. La série avec le jeune super-héros nous montre des relations entre les personnages très différentes de ce qu'elles sont dans leur version papier : une amitié entre lui et son futur pire ennemi (Lex Luthor), ses sentiments à sens unique pour son premier amour (Lana Lang), sans compter l'apparition de personnages inédits (Chloé Sullivan ? Lionel Luthor?) pourtant importants dans l'évolution de Clark, semble-t-il. Du côté de Merlin, nous avons une situation similaire, puisque Arthur et Merlin sont ici des adolescents (alors que Merlin a toujours été décrit comme un vieux druide dans les légendes), se comportant comme de vrais gamins à se chamailler sans cesse, à l'inverse, Morgana, destinée à devenir la Nemesis de l'enchanteur, est présentée comme une sœur spirituelle, élevée en tant que pupille du Roi Uther auprès de Arthur, son avènement en ennemi juré n'est pas sans rappeler Lex Luthor dans Smallville.

 

 

 

Jusqu'ici, les raisons qui poussent les puristes à hurler sont nombreuses. Mis à part le fait que Merlin et Arthur soient ici des individus pré-pubères (ce qui est déjà suffisant en soi pour crier au blasphème), le royaume de Camelot ne devrait pas exister : celui-ci a été fondé par Arthur pour la quête du Graal, un objet mythique qui n'est même pas mentionné. Ensuite et surtout, l'utilisation de la magie est ici interdite sous peine de mort, Merlin est donc forcé de cacher ses pouvoirs alors qu'il devient, par la force des choses, le seul rempart de Camelot contre les forces maléfiques de Brocéliande, la forêt légendaire près du royaume. Cette situation amène une accumulation de clichés propre au récit de super-héros « contraint de dissimuler leurs pouvoirs à leur entourage »... comme dans Smallville (encore?). Sans compter la présence de Guenièvre, reléguée en servante de Morgana, qui accentue le côté romance pour adolescent déjà bien prononcé.

 

Bon, il convient de l'avouer d'emblée. Lors des premiers épisodes, je ne m'attendais pas à ce que la série redresse la barre l'année suivante. En mettant de côté les aspects que j'évoque plus haut, la première année souffre d'un problème de dynamisme et de ton. Si les acteurs font ce qu'ils peuvent pour trouver leurs marques (Colin Morgan est touchant de gaucherie en apprenti magicien,  le blondinet Bradley James aurait bien eu sa place dans Beverly Hills vu que l'acteur excelle à jouer les fils de riches tête à claque, mais c'est Anthony Steward Head – alias Giles dans Buffy contre les Vampires – qui tire son épingle du jeu en incarnant un savoureux et cruel Uther Pendragon), les scénaristes, eux, ont bien du mal à trouver leurs repères et s'emmêlent les pinceaux avec les sous-intrigues. En fait, on constate qu'à chaque épisode, un fil rouge est imbriqué dans l'enjeu du segment individuel d'une manière si poussive qu'il en résulte un aspect brouillon.

 

 

De ce fait, en jonglant sur plusieurs tableaux à la fois (la série se voulant tour à tour tragique et humoristique), les scénaristes ne parviennent pas à rendre justice à aucun des deux versants : les running gags sont énervants (à base d'humiliation de Merlin au bon vouloir d'Arthur), les personnages réduits à des caricatures (surtout Arthur, une gravure de mode sur pattes) et l'intrigue principale fait du surplace, puisque les épisodes ne sont que des segments introductifs.

 

Les choses s'améliorent nettement par la suite. Comme si les scénaristes se rendaient compte que la série réunissait tout les ingrédients nécessaires à la réussite de leur projet (la mise en scène est efficace, les effets spéciaux d'un niveau correct, et les décors ont un certain prestige puisqu'il s'agit de la vraie forêt de Brocéliande elle-même), le seul détail à faire défaut réside dans l'écriture mal-équilibrée des scénarios et, dès la seconde saison, on perçoit un meilleur traitement des personnages. Par exemple, si Arthur chahute toujours autant Merlin, le Prince gagne en profondeur en s'opposant régulièrement à son père. Le binôme Merlin/Arthur est, d'ailleurs, repensé. Auparavant, le Prince était relégué au second plan au profit de Gaïus, le tuteur de Merlin, ce qui faisait d'Arthur un boulet dans les pattes du futur enchanteur, empêchant ce dernier de donner la pleine mesure à ses pouvoirs. La série se voit alors doter d'un duo vedette peu commun : Arthur pense être le Champion du royaume (après tout, il est bien un leader charismatique, un valeureux combattant et un bon stratège), accompagné de son sous-fifre, or, le spectateur sait que le fils Pendragon n'est que le side-kick de son présent serviteur.

 

 

 

En outre, les plus attentifs peuvent se rendre compte que les auteurs jouent avec la notion de remembrance. Cette notion (qui veut dire, littéralement, remettre en mémoire) concerne en partie les textes médiévaux. À l'époque, la littérature n'existait pas tel que nous la connaissons : on ne lisait pas, on écoutait les troubadours nous raconter les histoires de preux chevaliers. De cette manière, nous admettons qu'à travers cette transmission orale, de nombreux détails ont pu passer à la trappe au cours des siècles. Ainsi, plus la série avance et plus elle se présente comme une version alternative à la légende arthurienne, les auteurs intégrant des éléments en guise de clin d’œils (les Chevaliers de la Table Ronde, la rivalité Merlin/Morgana,...) suggérant que ces éléments auraient pu voir leur importance et leur rôle modifiait au gré de cette transmission. Il suffit de voir la réécriture de la légende de Lancelot ou encore la manière dont est traitée la figure classique du vieux druide Merlin.

 

Évidemment, il est conseillé, dans un premier temps, de ne pas regarder la série avec des yeux de puriste. La première saison peut avoir un côté opportuniste à faire grincer des dents et nombreux sont ceux à réduire Merlin en un simple croisement entre Smallville et Harry Potter. Pourtant, il serait injuste de faire impasse sur cette création de Murphy et Capps, ne serait-ce en raison de la qualité du casting (Colin Morgan et Bradley James évidemment, mais aussi Anthony Steward Head et John Hurt qui apporte une classe folle à cette production en prêtant sa voix à un dragon) et de cette réflexion sur les aventures épiques. En somme, Merlin se révèle une bonne introduction à la légende arthurienne, un peu l'équivalent d'un certain dessin animée de Disney de 1963, Merlin l'Enchanteur pour ne pas le nommer.

 

Photo Credits : BBC One

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