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le cyborgien

Sans snobisme, entre voyage dans le temps et à travers les genres, le Cyborgien tente d'agrandir votre regard.

16 Sep

Spaced : Avant Shawn, il y avait...

Publié par COTE André  - Catégories :  #sitcom, #space, #Simon Pegg, #Edgar Wright, #Friends, #Channel 4

 

 

 

 

Il y a des postulats si galvaudés, tout genre confondu, qu'ils peuvent provoquer un effet de rejet à leur simple lecture. De ce fait, pour un auteur, évoluer dans un schéma narratif usé jusqu'à la corde est un challenge ardu et parvenir à se démarquer le devient d'autant plus lorsque le point de départ est dénué d'originalité. Pourtant, un tel canevas est l'idéal pour qu'un auteur puisse attirer l'attention, ne pouvant s'appuyer que sur sa propre créativité pour sortir son œuvre de la masse. Ainsi, avec Spaced, Simon Pegg, acteur et scénariste, n'en a pas conscience, mais lui et son réalisateur, Edgar Wright, vont trouver un accueil favorable auprès d'un public autrefois ghettoïsé, au point d'en devenir, un peu malgré eux, les chantres. Nous revoici en 1999, les geeks ne sont pas encore tendance, mais cela ne va aucunement empêcher leur série de devenir une petite bombe malgré ses airs de ne pas y toucher.

 

 

 

Cela va peut-être faire un choc à quelques-uns, mais le cultissime Shawn of the Dead n'est pas le premier fait d'armes des responsables de la trilogie Cornetto. Ainsi, alors que l'on cherches toujours à définir ce mot étrange qu'est « geek », le trio derrière les Shawn of the Dead, Hot Fuzz et maintenant Le Dernier Pub avant la Fin du Monde a maintenant acquis un statut d'icône pour cette pop culture. Et ceci, pratiquement sans le vouloir, simplement à force d'utiliser des références forçant la connivence avec cette branche du public. Cette caractéristique, Edgar Wright et Simon Pegg n'ont pas attendu leur premier film au cinéma pour l'esquisser, le duo en ont donné un savoureux préambule dans leur sitcom qui ne paye pas de mine, Spaced, une courte (en tout, 14 épisodes de 25 minutes) série humoristique qui leur a ouvert la porte du grand écran.

 

Pourtant, à la seule lecture du synopsis, Spaced s'apparente à une resucée de Friends à la sauce british. On y voit deux amis en difficulté financière (Tim Bisley et Daisy Steiner, respectivement Simon Pegg et Jessica Stevenson, la co-créatrice de la série), contraint de jouer les jeunes fiancés pour répondre à une annonce. On pourrait redouter la vision pamphlétaire d'une société où les individus sont contraints de jouer un rôle pour y trouver leur place, ou un simple enchaînement d'imbroglio pachydermique où, à la fin, les amis finiraient dans les bras l'un de l'autre, en toute bonne comédie romantique. Or, c'est sans compter la personnalité des auteurs, et surtout du traitement qu'ils vont accorder à l'un de leurs personnages principaux : Tim Bisley, le dessinateur de bande dessinée, dépeint en passionné de comics et de jeux vidéo, autrement dit en geek.

 

 

 

En effet, avec Bisley, Spaced traite d'une relation particulière entre les individus et le monde qui les entoure. Une relation que les auteurs vont rendre commune à chacun des autres locataires (deux ou trois, si l'on compte la gardienne) de l'immeuble ou de leurs amis, geek ou non, juste conditionné par leur propre culture. Pegg et Wright prouvent que l'on peut traiter ce personnage de passionné (souvent source de moquerie) avec respect et tendresse, et non condescendance. Le point le plus savoureux réside d'ailleurs dans l'attribution de cette fonction de bouc émissaire à Brian Topp (joué par Mark Heap), l'artiste tellement perdu dans ses délires de performances qu'il en devient source de gag à ses dépens. On peut y percevoir là une sorte de vengeance de la part de Pegg et Wright, ce genre d'artiste étant mieux accepté par la société que les geeks, mais même là, le regard que l'on porte à Topp reste tendre. Ce dernier exprime juste un mal-être qui le rend commun aux autres et l'amène à faire parti du groupe de locataires.

 

En outre, ce que l'on peut saluer est la volonté de la série à s'écarter des chemins balisés. Contre toute attente, Spaced ne prend pas la voie de la romance malgré ce que son postulat peut faire croire : un homme et une femme se rencontre dans un pub (bar anglais, donc) et sont forcés de cohabiter dans un seul appartement. Les scénaristes balaient très vite toute notion de shipping en mettant en avant les passions et les habitudes de Tim et Daisy, chacun vivant finalement dans sa bulle malgré la promiscuité de leur habitat. Cela permet à Spaced de rendre légitime son esprit décalé, redonnant un coup de fraîcheur à un postulat vieux comme le monde.

 

 

 

Et c'est là qu'intervient l'inventivité de la mise en scène de Edgar Wright. Alors, entendons-nous bien, sa mise en scène est un modèle de dynamisme en soi. Elle est enlevée et inspirée, et ce n'est pas pour rien si le réalisateur a explosé ensuite avec Shawn of the Dead, il n'y a qu'à voir  l'usage qu'il fait des zooms, de son cadre et du montage pour se convaincre du talent du bonhomme. Ces mêmes sens du cadre et du montage que l'on retrouve dans ses longs-métrages. Mais même si son savoir-faire fait écho à un pan de toute une culture que les médias qualifient de geek (car, c'est bien connu, seul un geek peut apprécier des effets de mise en scène), il n'est absolument pas nécessaire de connaître sur le bout des doigts les œuvres que le binôme Wright/Pegg cite pour pouvoir apprécier à sa juste valeur la mécanique que le réalisateur emploie.

 

Alors oui, lesdites références forcent la connivence entre le show et une tranche du public, les geeks donc. Mais elles permettent surtout de créer un effet de décalage et ainsi de donner vie au versant humoristique et absurde de la sitcom. En aucun cas, elles ne viennent la vampiriser et n'en font une production uniquement destinée aux amateurs de jeux vidéos, de comics et de jeux de rôle. Déjà parce que la culture en question brasse des œuvres plus populaires que l'on croit (certains vont sans doute être surpris de voir que tel ou tel film fait partie de la culture geek) mais surtout, les citations sont si bien intégré au récit que la mécanique narrative fonctionne sans pour autant réaliser qu'il s'agit d'un hommage. Par exemple, un des épisodes apparaît comme une dédicace aux fans de Resident Evil, mais il n'est en aucun cas indispensable de connaître le jeu pour apprécier le segment.

 

 

 

De ce fait, ce qui est surtout admirable, c'est la volonté du duo d'éviter de fonctionner en vase clos. D'ailleurs, non seulement on assiste à la naissance du duo Simon Pegg/Nick Frost (ce dernier incarne le meilleur ami de Bisley), mais en plus, les amateurs de la nouvelle scène comique anglais y retrouveront des têtes qui leur sont familières. Cela renforce l'impression que la sitcom vogue entre deux eaux, entre le respect de sa propre culture (l'ambiance est fortement ancrée dans le milieu social anglo-saxon) et une ouverture d'esprit. De cette manière, si le binôme évolue à travers les contraintes télévisuelles, il n'empêche que l'écriture de l'un et l'inventivité visuelle de l'autre permet à Spaced de marquer la pop culture d'une pierre blanche.

 

Photo Credits : Channel 4

Spaced : Avant Shawn, il y avait...
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